LETTRE DE M. LE PRESIDENT
Allard, à M. Chorier, Advocat au Parlement de Grenoble, sur la mort de Monsieur le Président de Boissieu.
LES grandes douleurs ne sont pas tot^'ours muettes, puisque celle que je ressens de la mort de nostre Illustre Amy , quelque extrême qu'elle soit, me laisse la liberté de parler. Mes larmes viennent en foule, je Tavouê, et mes soupirs qui ne cessent point devroient sans doute m'oster la parole et la force d*escrire, mais mon cœur qui veut se plaindre, et qui se plaint avec justice, ne peut me laisser dans le silence, et veut que je vous fasse ressouvenir d'une perte que vous et moy ne pouvons jamais espérer de rétablir.
Quid me alta silentia cogis Rumpere , et obductum verbis vulgare dolorem.
VirfQ. 10. iEiMid.
Monsieur le Président de Boissieu n'est plus , son corps sera bien-tost en cendre, et cet Homme célèbre par toute l'Europe ne laisse rien de luy que sa mémoire. Il est vray que selon un Historien Romain, c'est par cette mémoire quand elle est glorieuse , que l'on est distingué de tant d'autres hommes, dont le nom unit avec leur vie, mors omnibus œqtuxlis^ ohliviane apud posteras vel gloria distinguitur. Tacit. 1. histor.
Si cela est vray , il n'ept point de postérité quelque éloignée qu'elle soit qui ne se ressouvienne de Monsieur de Boissieu , et qui n'en parle avec éloge. Ses ouvrages immortels me sont des garens, de ce que je dis, Vnus dies hominum erudUorum plus patetf quam imperitï longissima œtcu. Senec. Epist. 78. Et tant
de belles et sçavantes choses qu'il a escrites obligeront ceux qui viendront après nous, de se ressouvenir de Luy.
le me persuade aisément que vous et moy ne l'oublirons jamais. Il vous a aimé et estimé, il m'aimoit, et peut estre m'estimoit-il : Où sont ceux qui nous restent qui ayent des sentimens aussi avantageux de nous, qu'il nous a témoigné d'en avoir? Nous ne voyons que des envieux liguez pour détruire nostre gloire, que des ennemis obstinez à nostre perte : nostre vertu trouve peu de protecteurs, parce qu'il en est peu qui sçache bien ce que c'est que la vertu : les gens de lettres n'ont plus d'azille certain , après avoir perdu celuy que Monsieur de Boissieu leur donnoit : ceux qu'un grand éclat environne, s'imaginent qu'on doit tout faire pour eux , et croiroient avoir fait tort à la splendeur de leur rang , s'ils avoient secouru un malheureux opprimé : la Justice le cède à la politique , et on voit souvent la triste experiance de cette belle reflexion du Poète.
Dum fueris felix multoa numerabis amicos , Tempora n fuerint nubUa solua eris, Ovidios.
Ce n'est pas qu'il n'y ait encore de grands hommes dans le Dauphiné, et même dans le Parlement et dans la Chambre des Comptes de Grenoble; mais où est le grand nombre de ceux qui protègent les gens de lettres , qui caressent les Muses , qui aiment les Livres , et qui sçavent défendre le mérite et la vertu de ceux à qui Testude et le sçavoir ont pu et ont mesme deù les avoir acquis pour amis? Ceux qui ont besoin de Nous, nous prometent tout pour avoir ce qu'ils souhaitent , ou de nostre intelligence, ou de nos soins; mais ces promesses tombent dans l'oubly à mesure que les effets en approchent : d'autres nous font agir pour nous perdre , et l'envie qu'ils ont conceuê de ce que nous nous distinguons par quelque endroit avantageux , leur met des armes en la main pour nous détruire.
Vrit enim fulgore 9U0 qui prœgravcU artea Infra se posUas,
Hont. Epist lib. S. BpisU i.
Disons donc que Monsieur le Président de Boissieu en finissant emporte toute la bonté, toute la générosité, et toute la reconnoissance des bienfaisans, et que la pratique en est presque
perdue avec Luy. Son exemple devroit neantmoins persuader à tant de gens qui ont le pouvoir de faire du bien, d'en prendre l'inclination; que leur sert leur puissance si elle est renfermée, et s'ils ne cherchent les moyens de la mettre à des usages utiles et favorables? Faut-il n'estre qu'à soy, et n'estre à personne, l'homme est méprisable quand i\ ne s'élève pas au dessus de l'homme? quam contempla rea eet homo^ nisi supra humana se erexerit, Senec. in proœm. natur. qusest. Ceux-là s'abusent qui croîent qu^en partageant leur fortune ils la perdent, omniasumma ratione gesta eliam fortuna sequilur, dit Tite Live. Ce n'est jamais s'abaisser, que de faire du bien : Si Dieu n'escoûtoit jamais que sa lustice et sa sévérité, il ne feroit grâce à personne, il montre par ce qu'il fait en faveur de tout le monde, ce que les Grands doivent faire pour ceux qui sont dans l'abaissement et dans la misère.
Pour moy je me suis souvent estonné, que la plus-part de ceux qui sont dans une grande élévation , ne veuillent rien considérer que leur rang et leur grandeur , que les autres leur soient à mépris, qu'ils fuient les pauvres et qu'ils ne fassent aucun estât que de ceux de leur Ordre et de leur Qualité. Combien y en a-t'il, mesme dans cette Ville , qui n'ont des yeux que pour voir les honneurs, des oreilles que pour écouter les louanges qu'on leur donne, et de la raison que pour recevoir un encens bien ou mal présenté. Vous en connoissez aussi bien que moy , que la vanité rend ridicules, qui déhonnorent leurs Charges par des distinctions impertinentes , et qui se flattans de leur haute naissance , étourdissent les gens de l'histoire de leurs ancestres , et ne font rien pour ajouter quelque chose à leur gloire ; avec cela ce sont les premiers à se prévaloir de leur dignité, à lancer la foudre qu'ils ont en main, et malheureusement ils ne visent qu'aux gens vertueux , qu'à leurs compatriotes , et à ceux qui ont assez d'esprit et de discernement pour developer leurs fausses maximes , et pour porter témoignage de leur emportement et de leur injustice.
Et Vous et Moy, et tant d'autres sages, sçavans et gens de bien de cette Province avons connu par une triste experiance , qu'il suffît d'avoir esté Dauphinois pour avoir esté l'objet des plus injustes persécutions et des plus cruels effets d'une politique envenimée qu'on ait jamais veu pratiquer. Où sont les Estrangers
qui ayent paru, qui n'ayent esté accueillis , bien receus et bien traitez , quand mesme il y auroit eu â\i desordre dans leur conduite? L'Illustre Monsieur de Boissieu n'en agissoit pas de mesme, ses concitoyens luy estoient chers, il aimoit sa Patrie, il sçavoit demesler le vray mérite d'avec le faux, il faisoit mille caresses aux Gens de Lettres, il protegeoit les oppressez, il soulageoit les pauvres , il rendoit ses bons offices a ceux que les malheurs et les chagrins avoient mis en déroute : c'estoit par là qu'il se distinguoit de ceux de son rang, et c'est par là qu'il s'est immortalisé. Yn Sçavant avoit bonne raison, quand il s'escrioit. Ceux qui ne font point de bien durant qu'ils vivent, quelle recompense peuvent-ils espérer quand ils ne seront plus? Philostrate. Epist. ad Charitonem.
Aussi Monsieur de Boissieu a déjà esté recompensé en ce monde de tout ce qu'il a fait d'Héroïque, de bon et de généreux, puis que Dieu luy a donné la longue «vie, qu'il promettoit aux Patriarches dans T Ancien Testament, qu'il l'a finie en grand Homme, qu'il a envisagé la mort sans terreur, et qu'il a terminé ses derniers jours dans la grande pieté qu'il avoit toujours pratiquée. Nous sçavons Vous et Moy , qu'il est mort comme les lustes meurent, et que voyant approcher son dernier soupir, il l'a donné à Dieu, avec une résignation admirable.
Il avoit 83. ans , et dans cet âge avancé , où la raison n'est pas toujours la maîtresse, la sienne ne l'a jamais abandonné, il a receu la mort en Philosophe; et comme il s'en estoit fait un espèce de plaisir pour arriver plùtost où ses bonnes œuvres l'appelloient, il se disoit :
Fortem posce animum et mortis, terrore vaeantem, Qui spatium vilœ extremum, inter munera portât. lunoàU», tttyr. iO.
le laisse écouler encore quelques jours avant que d'aller joindre mes larmes avec les vostres. Alors je tâcheray de vous consoler , et je recevray vos consolations, autant que ma douleur me le pourra permettre. Mais vous voulez bien , que puisque nostre conversation ne devra avoir que des^objets funestes, et ne devra rouler que sur des discours lugubres, nous nous ressouvenions de nos autres amis , que la mort nous a aussi osté. Quand je dis nos amis, je n'entends que de ceux qui avoient attiré toute nostre
estime et nôtre empressement par leur esprit et par leur spavoir. Nous y regreterons le généreux Monsieur de Ponnat Doyen du Parlement I dont la beUe et nombreuse Bibliothèque est un témoignage certain de l'amour qu'il avoit pour les Livres. Mr le CSonseiller de Belmont qui sçavoit si bien rendre Justice. Mr le Conseiller Rquz qui a fait tant d'honneur aux belles Lettres^ et dont l'Eloquence a si souvent servy en des affaires importantes. Mr de Veissilieu Âdvocat General, qui occupoit si dignement sa Charge. Mrl'Âbbé de S. Firmin, dont la mort fait encore gémir tous les honnestes gens de nostre Province, qm étoit l'amour et l'ornement de sa Patrie, dont le sçavoir étoit profond, et la bonté admirable. Permettez-moy de confondre les larmes que je dois à sa mémoire et à l'amitié qu'il me portoit, à celles dont mes yeux se trouvent aujourd'huy remplis par la perte de Monsieur de Boissieu. Messieurs Bonniel , dont l'érudition et la vertu étoient si parfaitement connues. Mr Videl qui avoit si bien escrit , et qui n'ignoroit rien de ce qu'un honneste homme doit sçavoir. Mr Pardessus qui apprenoit naturellement ce qu'une grande peine et un long estude pouvoient donner aux autres. Le Père Gratte lesuite l'un des plus sçavans de son Ordre. Mr de Boissat l'un des plus célèbres Académiciens François. Mr de la Garenne qui avoit sceu si bien mesler l'art de la Guerre à la pratique de la vertu , et à celle des Sciences. Mr Basset Doyen des Advocats, qui a donné au public le fruit de ses veilles et de ses estudes. Mr l'Advocat Morel, à qui la lurisprudence Canonique estoit si bien connue. Vôtre bon amy M. d'Orcieres que vous regrettes encore, et dont les malheurs n'ont presque cessé qu'avec sa vie. Mr de Lionne Doyen de la Chambre des Comptes, à qui vous et moy estions chers, et qui savoit si bien accommoder la bonté de ses mœurs, avec celles de tous ceux qui le pratiquoient. L'aimable Mr de Chaulnes , Doyen du Bureau des Finances , dont l'esprit et le génie ont esté si heureux, et qui a eu pour amis tous ceux qui l'ont connu. Mr Dauby , que le mérite avoit étably en ce Pais. Mr le Prévost Marchier, qui raisonnoit si juste. Mr Moret Chanoine à S. André. Messieurs Barrai, Livache, Armand, Morard, Perrachon, Chaleon, Disdier, Emery, Patin tous célèbres Avocats au Parlement. A^joûtons y Messieurs le Laboureur, et de Brianville qui nous ont si souvent escrit, qu'ils éstoient à Nous.
34 Lettre a gboiukr sur lk mort
n y eiha eu d'autres dont je pourrois célébrer la mémoire y et qui possible auroient esté de mes amis, si je leur avois esté comiu. Favoûe que je n'ay pas de ces qualités excellentes qui attirent souvent mesme malgré qu'on en ait l'estime de tout le monde, mais j'ay toujours révéré la vertu où elle a esté, j'ay aymé les honnestes gens, j'ay eu du respect pour ceux qui ont joint le mérite à la haute naissance , et la bonté avec un rang relevé, j'ay servy ceux qui m'ont crû capable de le faire, bien que souvent je n'en aye receu que de l'ingratitude, et que magis mcduerunt effundere sanguinem gtiam suffandere.
Vous le sçavez, Monsieur, et ces ingrats osent encore dire aujourd'huy , qu'Qs m'ont rendu service , au lieu qu'ils devroient avouer ingrati sumiM non solum injusti^ parlant avec Seneque. Senec. lib. 6. de benef. cap. IS.
Combien en voyons nous qui s'efforcent de fidre plaisir, mesme à dès personnes indifférentes, et qui vont à l'avance pour donner ce qu'on n'ose leur demander; c'est ce qu'on appelle avoir l'ame bien-faisante , et le naturel porté aux bonnes choses ; ce sont ceux qui à l'imitation de l'Empereur Tite regretent d'avoir passé le jour sans l'avoir marqué par quelque générosité, scepe enim et qui Gratiam retulit ingrattia est qui non retulit gratiu. Idem lib. 4. cap. SI.
Il en est qui ne peuvent oublier les services que je leur ay rendus , sans oublier leur nom et leur famille ; cependant je ne puis rien dire d'eux qui puisse marquer leur reconnaissance , et je puis tout dire de leur ingratitude , et mesme de leur injustice, quidam qtw plus débent magis oderunt. Lœve œs alienum débitorem facit grave inimieum. Idem Epist. 19.
Ce n'est pas ainsi qu'en a agy le célèbre Monsieur de Boissieu, je n'^y rien fait pour luy, et il a tout voulu faire pour moy ; je luy dois toute Tinclination que j'ay pour les lettres , il m'a toujours montré le chemin de la gloire et de la vertu; et bien que je ne l'aye suivy que de loin , il m'a laissé dans une carrière , que possible j'acheveray avant que de mourir, pourveu que je ne trouve plus des envieux , ou des jaloux qui m'arrestent au milieu de ma course.
n y a vingt-sept ans que j'ay rendu des visites assez fréquentes à nostre illustre Amy , pour avoir profité de ses sçavants entretiens. Il avoit la bonté de me souffrir avec patience, et de
mMnstruire avec de grands soins, quand je l'allois voir, sans y estre appelle; mais lorsqu'il m'envoyoit quérir, avec qu'elle douceur, et mesme avec qu'elle joye m'apprenoit-il des choses que personne que luy ne sçavoit.
Il estoit pour ainsi dire de tous les siècles et de toutes les Nations, parce qu'il sçavoit tout, et qu'il connoissoit tout. Ses escrits témoignent de son éloquence, Rome en peut parler, y ayant esté en qualité d'Orateur avec feu Mr le Maréchal de Crequy, nôtre Chambre des Comptes le peut dire, ceux qui l'ont veu haranguer le déposeront, et vous et moy en avons veu des marques aussi fréquentes qu'elles sont asseurées , Ole non mteUigendi solum , sed eîiam dicendi gravimme Author et Ma' gUter , c'est l'éloge que Ciceron a donné à Platon. In oratore.
n avoit d'autres vertus, il avoit d'autres qualités, il avoit d'autres avantages , ausquels les honmies médiocres ne parviennent jamais. Vous le sçavez et vous l'avez dit dans sa vie, que vous avez si bien écrite en Latin. Mais tout cela ne l'a pu affranchir de la mort, il a payé le tribut que tous les honmies luy doivent, et il a rendu l'esprit le dixième de ce mois entre les bras de Monsieur le Marquis de Sassenage son petit fils, qui n'est pas moins recommandable par son esprit et par sa bonté , * qu'il Test par l'honneur qu'il a , d'estre issu de plusieurs Illustres ancestres, et nay dans l'une des plus anciennes Familles du Royaume.
le sens en cet endroit renouveller mes pleurs, et que mesme ils sont plus amers que ceux que mes malheurs m'ont fait si souvent répendre : Tâge de Monsieur de Boissieu et sa longue maladie dévoient apparemment nous avoir préparez à un coup si rude, cela est vray ; mais je ne puis refuser à sa perte un ressentiment que ma reconnaissance luy devoit. Nous irons vous et moy quand il vous plaira finir nos plaintes et nos pleurs sur son tombeau à Vourey.
Cultivons cependant l'honneur et la bienveillance dont nous accueillent nos autres amis , portons leurs noms jusques aux derniers siècles : souffrez que ma débile plume travaille avec la vôtre à leur élever des trophées immortels , faisons que comme ils doivent vivre dans nôtre esprit, pendant que nous vivrons, ils vivent encore dans nos ouvrages pour la postérité. Nous avons Monsieur de Saint André, Premier Président en
nôtre Parlement, dont la sagesse est consommée, et qui s'est fait une habitude de protéger les gens de lettres , vous le sçavez, et je le sçay. On voit en Luy toutes les vertus d'Artus Prunier son ayeul , qui a aussi esté premier Président en ce Parlement, et dont vous avez escrit la vie , on peut dire de Fun et de l'autre ,
Jura dabant legesque mri% op&rumque laborem Partïbus œqtjutbantjustis.
Virgil. I. iCndd.
Ces vers du Prince des Poètes m'ont paru si justes, que je n'ay pu me dispenser de les appliquer icy. Oseray-je me servir des autres que ma mémoire me pourra aussi heureusement fournir? le crois que oûy; et puis qu'il ne s'agit que de parler de nos amis, qu'importe qu'un autre nous guide pour les louer, puis qu'eux mesmes nous fournissent une matière aussi riche que nous pouvons la souhaiter.
le ne doute point que Monsieur le Président de Beauchesne ne soit de vos amis^ je suis persuadé qu'il est des miens, et il m'a fait l'honneur de me dire souvent, que mes malheurs l'avoient touché.
Tumpietate gravent , ac mentiê ai forte virum , quem Conspexere.
Idem 3. Gaorg.
Monsieur le Président de la Coste est frère de l'illustre Monsieur de S. Firmin : comme ils n'avoient qu'un cœur, aussi n'avoient-ils que les mesmes amis , et ils vouloient bien que vous et moy fussions du nombre. Monsieur de la Coste continué à me vouloir du bien , il me l'a témoigné autant de fois qu'il en a trouvé Toccasion , et mesme sa bonté a esté si grande, que j'en ay veu des effets, sans l'avoir demandé.
Subitaque animum dulcedine movU,
Idem D. iCneid.
Le peu de santé de Monsieur le Président Pourroy me fait trembler, luy qui depuis si long-temps est mon amy, et qui n'a pas refusé des larmes, quand il a veu qu'on vouloit porter un poignard à ma gloire et renverser mon innocence. Comme il a
hérité de raffabiliié de son Père, et qu'il n'a pas moins esté que Luyle père du Peuple , il est certain qu'il n'a aucun ennemy, et qu'il seroit le plus heureux des hommes, s'il n'avoit point du mal; mais ce qui est admirable, c'est qie malgré ses maux, il ne cesse point de rendre justice, et qu'il peut dire
Protintu œger ago.
Idem. i.EcIog.
Si de rendre publics les bien-faits qu'on a receu des gens, en faisoit les reconnoissances plus grandes , je vous apprendrois bien des choses que Monsieur le Président de Pisançon a fait pour moy , et asseurement je n'en suis ingrat que par impuissance : il m'a rendu une exacte justice, quand je la luy ay demandée, il m'a aidé à vaincre mes ennemis , et il m'a secouru dans mes adversitez : c'est tout ce qu'on peut attendre d'un véritable amy : c'est estre véritablement généreux.
AuxUioque levare viroa vimque addere victis.
Idem t. iEneid.
Pour Monsieur le Président de Lescot , il répend tous les jours en ma personne les effets de sa bonté et de sa générosité. Vous ne devez pas vous en estonner, puis qu'il a beaucoup de l'une et de l'autre. Monsieur l'Abbé son frère est un homme de grand mérite, plein d'érudition et de pieté.
Ânibo animis anibo insignes.
Idem u. ifineid.
Monsieur le Président de Ponnat m'a souvent dit, qu'il avoit hérité de l'amitié que son père me portoit. le puis dire que si cela est , j'en suis parfaitement aimé , car feu Monsieur de Ponnat avoit pour moy une affection si parfaite , qu'à peine parmy tous les amis qui me restent j'en pourrois demesler une semblable. Monsieur son fils connoit les bons livres , et il les sçait mettre à de bons usages. Disons donc que
Uno atmlso non déficit aller Ramus aureus.
Idem 8. iGneid.
Monsieur le Président de Sayve s'acquiert tous les jours une
nouvelle gloire, par le penchant qu'il a naturellement à faire plaisir , il sçait agréablement mesler la douceur avec la fierté et les services avec la justice. le Tay veu me tendre les bras avec empressement dans un temps que mes ennemis me persecutoient, aussi luy dis-je souvent^
Feret hœc aliquam Htfi fama salutem.
Idem. I. iCIneid.
Monsieur de Feisins m*a souvent témoigné qu'il est de mes amis. M. de Rabot m*a voulu persuader qu'il est de ce nombre. Monsieur Mistral m'a fait connoistre qu'il en est effectivement,
Et no8tro doluerunt sœpe dolori.
Idem. I. iCnekl.
l'ay toujours crû qu'il suflSt d'estre nay véritablement Noble comme eux, pour avoir de nobles sentiments , et que les nobles sentimens consistoient principalement à protéger les gens vertueux, et à soutenir l'innocence opprimée.
Bien que je n'aye jamais fait plaisir à Monsieur du Bouchage , parce que je n'en ay pas trouvé l'occasion, je puis neantmoins marquer cent endroits où il m'en a fait de singuliers. Il seroit à souhaiter , que tous ceux qui se meslent de rendre justice , voulussent l'imiter , on ne verrQ|t pas un si grand nombre de plaintifs, et cette justice qui ne doit considérer qu'elle mesme , seroit moins souvent exposée à la faiblesse , ou^ à la politique des luges, qu'elle ne l'est. l'en connois qui peuvent dire ,
Manet alta mente repostum, ludicium Paridis atque spretœ injuria formas.
Idem I. ifineid.
Et qui n'auroient pas sujet de s'en ressouvenir, si des luges comme Monsieur du Bouchage occupoient seuls les Tribunaux. Monsieur du Pilhon a témoigné de la joye , quand je luy ay demandé les effets de sa justice pour mes amis , ou pour moy. Monsieur de Basemont m'a offert son amitié, et je l'ay acceptée avec la soumission et le respect que je dois à ceux qui me considèrent , sans y estre obligez , et que je puis légitimement refuser aux autres qui croient les prétendre par leur orgueil et leurs manières fieres et superbes.
Monsieur de Rivoles neveu de nôtre illustre Mort avoit estudiô les inclinations de son oncle , et il est amy de tous ceux que son oncle aimoit. l'en trouve peu qui méritent tant de Testre que Luy, et est tum dignus amari. Id. 4. Eclo;j.
le défie Monsieur delà Roche de pouvoir s'empêcher de Nous vouloir du bien à vous, à moy, et à tous ceux qui aiment les lettres, Luy qui en sçait si bien user, qui les connoit si parfaitement, et dont la profonde lecture Ta rendu l'un des plus scavans hommes de nôtre temps. Ne vous estes vous jamais apperceu de cette judicieuse distinction qu'il sçait faire des honnestes gens avec les autres, et qui luy doivent attirer cet éloge. '
Semper honos , nomenque tuum laudesque man^funt.
Idem I. Xoàà.
Monsieur de S. Priest est un des plus civils et des plus alTables hommes que je connoisse , n'estes-vous pas de mon sentiment, que ce sont là les moyens les plus seurs pour se faire des amis? La trop grande sévérité effarouche les gens , la vanité les éloigne, les emportemens rendent les maisons désertes, et ceux qui sont toujours à crier le quos ego ne sçavent jamais inspirer que la crainte, et la haine. Disons donc que l'affabilité est la vertu la plus nécessaire, et que sic itur ad entra. Idem 12. ^neid.
Monsieur de Saleon est mon amy, j'en ressens tous les jours les effets, et il n'a pas tenu à luy que mon repos ne m'ait esté redonné. est doux, agréable, et d'un accez si facile , que ses occupations domestiques le cèdent tof^ours aux entretiens qu'on luy demande.
Monsieur de la Pierre m'a toujours fait espérer qu'il me serviroit, Monsieur de la Roussilliere l'a &it.
lUe quidem ad superoa quorum se devouet aris, Aecedet fama vivusque per ora feretur.
idem !§. iCbund.
Monsieur Demtesieu est un fort bon homme ,
Cui genuB à proavis ingens clarumque patemœ Nomen erii virtutis.
Idem 19. iCneid.
Monsieur Hugon sçait parfaitement connoistre la véritable
40 LETTRE à CHOMER SUR LA MORT
manière de se &ire des amis, aussi 7 a-t'il bien réussi , et il a on charactere particulier pour cela.
Monsieur de Ghaleon est bien fait , doux , et remply de vertu , je luy suis redevable de plusieurs marques obligeantes de son amitié. le regrette toil^ours Hr de Lisle son beau père.
Monsieur de Bègues m'a dit souvent,
AuxUio tutoê dimittam opUnuquejuvabo,
IdanLiCmid.
C'est un véritable amy , qui a les inclinations toutes portées au bien y à Fhonneur, et à la douceur , qui sçait bien vivre, qui aime les honnestes gens, qui les sert et qui les protège : ce sont asseuremens de grandes qualitez ; peu les ont parce que peu les connoissent.
Monsieur du Roure a du mérite, il a bien estudié , il sçait caresser agréablement les gens et les attirera ses desseins : je l*ay toûjoi^rs veu dans des sentimens Gbrestiens, et mon estonnement est qu'il ne connoisse pas les erreurs de sa Religion.
Monsieur Pourret m'a persuadé plusieurs fois que je ne luy suis pas indiffèrent, et lors qu'il m'a connu malheureux, il m'a aussi-tost plaint, qu'il a condamné ceux qui m'ont persécuté, ou qui m*ont outragé. le luy suis redevable de mille honnestetez qui ne peuvent estre parties que d'une ame bonne et généreuse.
Monsieur de Revel Francon m'oblige de m'escrier ,
Subiit chari genitoris imago.
UmuS* iEiieid.
Puis que comme feu son père il a les inclinations excellentes , l'ame belle, un grand penchant à faire plaisir, une continuelle application à servir ses amis , et une bienveillance particulière pour moy.
Monsieur Ronmie m'a toï^jours donné des marques de son affection, et je les ay receuês avec toute la reconnoissance dont j'ay esté capable. Il est peu d'amis à qui je voulusse avoir autant de confiance qu'en luy, puis qu'on luy peut dire.
Tibi tnaxima rernm verborumque fides.
Ueo9. ifineid.
Monsieur de Beanregard est un de mes premiers amis , et à
mefture que j'ay avancé dans l'âge, il a semblé qu'il ait bien voulu augmenter son amitié. Qu'un malheureux persécuté auroit de grands secours s'il tomboit entre ses mains I II pourroit bien alors luy dire,
ffcn ego Daphnim , judice te , meluom.
Ment. Bdog.
Monsieur Copin m'a dit qu'il est de mes amis , on se laisse facilement entraîner à ce qu'on souhaite , et l'amitié d'un homme qui sçait de la manière qu'il &ut rendre la justice est toujours d'un grand prix.
Monsieur Pelisson, Mr de la Baume Chasteaudouble , Mr de S. Richard^ etMr des Hoches , sont encore quatre Conseillers au Parlement que je crois de mes amis. le tâcheray par mes soins, par mes services , et par mes respects à maintenir les bons sentiments qu'ils peuvent avoir en ma faveur.
Messieurs Bertrand Âdvocat General, Vidaud Procureur General , et Perrot autre Advocat General au mesme Parlement , seront asseurement connus à la plus éloignée postérité, si mes ouvrages peuvent aller jusques-là. Fay cela particulièrement à dire d'Eux en ma faveur, que je leur ay toujours esté parfaitement connu , et que ma vertu leur a donné des sentiments de compassion dans le temps qu'on leur en vouloit donner de cruauté et d'injustice. S'ils avoient toujours esté fidellement escoûtez et consultez, on ne verroit pas si souvent des Illustres malheureux trdner languissamment leur vie; et le mente qui chez Eux est sans cesse un bon solliciteur , ne seroit pas méprisé , s'ils estoient crûs aussi souvent que la vérité et l'innocence parlent dans leur bouche.
Possible que vous vous estonnez de ce que je n'ay point parlé de Messieurs de Pupetieres, Barrai, de Saint Marcel, et de la Martelliere, que vous sçavez oestre parfaitement de mes amis, et qui méritent qu'on parle toï\jours d'eux avec éloge , soit qu'on considère leur intégrité en leurs mœurs, leur exactitude à rendre justice, et leurs inclinations pour les honnestes gens : Mais je veux bien les distinguer des amis que ma vertu , ou quelque peu de réputation , que j'ay dans le monde peuvent m'avoir donnez , d'avec ceux qui m'aiment possible , parce que j'ay l'honneur de leur appartenir. Ils ne sont pas du nombre des .
parens , qui ne sont propres à rien , et qui se sentent fatiguez et importunez, quand on leur demande quelque service ; ceux-cy n'en font pas de mesme, ils ont toujours esté à Favance^ à m'offrir leur crédit et leurs salutaires advis, et ils m'ont esté de toute l'utilité que j'ay souhaitée. Leur élévation n'a pas esté un obstacle à leur bonté , ils m'ont veu abbattu , et ils ne m'en ont pas moins estimé , ils ont sceu débrouiller toute ma vertu , des nuages espais que la malice de mes ennemis y avoient opposez , ils m'ont tendu la main , quand ils ont appréhendé ma cheute , et ils m'ont généreusement offert des secours qui m'ont consolé dans mes disgrâces.
Hic ego namque twu aortes areanaque fata Dicta meœ geruiponam lectoaque sacrato Almaviroa,
Idem 0. iCneid.
le passe à la Chambre des Comptes , et ma bonne fortune veut que je n'y trouve aucun ennemy. le vous avoué que cette remarque me plait, et que je m'en fais une gloire , puis que ce Corps n'est composé que d'Ofûciers illustres, par leur sagesse , et par leur sçavoir.
le ne veux pourtant pas que Messieurs de Sautereau premier Président, deFerrieres et de Quinsonas, autres Presidens, me reprochent de n'avoir pas rendu un témoignage public , qu'ils m'honnorent particulièrement de leur amitié : c'est un avantage si peu commun, que je dois le mettre au nombre de ceux que ma mauvaise fortune m'a laissez. On peut dire d'eux , que leur amitié est sans interest, qu'ils font du bien , parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Vniversa propter semet ipsos operantur. Salomon Prov. c. 16. Monsieur du Vivier a quitté cette Chambre, où il estoit aussi Président, et dans une retraite heureuse, il s'attache bien moins aux affaires de sa maison, qu'à la lecture de ses livres.
Pose me flater , que dans le Bureau des Finances , tous ne m'y veulent pas du mal , quelque sijget qu'ils ayent de se plaindre de moy, pour avoir disputé en faveur d'une Charge que ma mauvaise fortune m'avoit procurée, des droits dontrils ne veulent pas convenir. Comme je n'ay plus d'interest en cette dispute, je ne vois pas qu'ils en ayent à continuer leur froideur en mon endroit. II me semble que je vois Messieurs de Morard, Vincent ,
Vial, Garnier, Perrachon, Catilhon, Gharbonneau, Charencyi Pelisson, Penon, et quelques autres, à qui la raison a toi^jours servy de guide qui m'assurent de leur amitié, je la reçois avec respect, et je tâcheray de la cultiver.
Messieurs de Petichet^Vibaillif de Graisivodan,et Basset luge de Grenoble, qui occupent leurs Charges avec tant d'honneur et de probité, m'ont toujours asseuré que j^avois part à leur amitié, et mesme ils me l'ont fait connoistre en plusieurs occasions. Monsieur Reynaud Lieutenant au mesme Bailliage a parfaitement bien estudié , il est de mes amis à teneris unguiculU : les autres officiers du Bailliage m'ont fait toujours connoistre qu'ils en sont aussi.
le ne sçay si j'oseray en chercher dans l'Election , dans un Bureau où ma mauvaise étoile m'avoit donné la première place, que vous en semble Monsieur? Demélez-les si vous pouvez , il ne s'agit icy que des amis d'estude , vous les sçavez parfaitement connoistre. En voila assez. le vous assure neantmoins que Monsieur Disdier ne me désavouera pas, si je dis qu'il a de l'affection pour moy.
le voudrois faire comme Monsieur Loysel en ses Opuscules , qui a immortalisé les noms des Advocats du Parlement de Paris, qui estoient de son temps; mais une lettre, qui déjà n'est que trop grande, ne me permet pas d'en agir de mesme pour ceux de nostre Parlement. l'en veux pourtant célébrer qui méritent de Testre par leur érudition , et par l'amitié qu'ils me portent : les autres me pardonneront si je ne dis rien d'eux , puis que cet Ouvrage n'est proprement qu'un Catalogue de mes amis, et que je ne dois pas y mesler ceux qui ne m'ont jamais dit, ou fait connoistre qu'ils en fussent. le suis persuadé de leur mérite , de leur sçavoir, et de leur éloquence, et la postérité apprendroit possible leur nom avec plaisir, mais les registres du Parlement parleront poux Eux. le passe donc à mes véritables amis, et vais vous les nommer. Mrs Bolian, Vial, Verdecy, Martin, Moret le père, Boccon, Valet, Perrin, Durand, de Nantes, Mathieu, Duclot, Garcin, de Lemps, Blanlus, de Bfichel, Morel, du Beuf, Rolland, Clapasson, Brenier, du Molard, Michel, Drogat, de Langes, de Lorme, les deux Viens , Moret le fils, loubert , et Doge.
jEtemumque tenent per acBcula nçmen.
Virf. 6. ACueid.
4i LETTRE A GHORISH SUR LA MORT
Ne dirons-nous rien de nos amis estrangers de ceux dont le sçaYoir et l'érudition ont fait naistre notre commerce de lettres, à qui nos ouvrages n'ont pas déplu , et qui nous aiment de cette affection désintéressée , que l'envie ne peut jamais détruire. Pour moy je sçay que j'ay des obligations infinies à Messieurs du Bouchot y d'Hozier, de Ruff'y , de Gauffhdy Conseiller au Parle* ment d'Âiz, de Sainte-Marthe Conseiller en la Cour des Aydes de Paris 9 Pelisson M« des Requestes, Abbé Ménage , de Gran* demont, Meraud, et le lay Conseillers au Parlement de Paris, de Pons et de Chastebras en la Cour de Monoyes, Guyon Doyen de la Rote d'Avignon, d'une famille originaire de Dauphiné, et qui florissoit à Valence, il y a deux cens ans, de Gaignieres, lustel fils de l'Historien de la maison de la Tour en Auvergne , de Baricourt Secrétaire de Monsieur le Maréchal Duc de la Feûillade, de Refuge, le Pays qui ne connoit pas moins l'amitié que l'amour, au bon homme Palliot , au Révérend Père de la Chaise Confesseur de Sa Majesté , aux Pères Bonheurs , Menestrier , S. lust , et du Naud lesuites , à Monsieur de Marville Professeur en l'Vniversité de Valence , dont le mérite et le sçavoir Vous sontconnus, à Mr le Comte de Saint Tronquet de l'Isle au Comtat Venessin, à Messieurs les Abbez de la Roque, l'un autheur de plusieurs Livres, entr'autres de l'histoire de la Maison de Harcourt, et l'autre qui l'est du fameux ouvrage du loumal des Sçavans, à Mr de Vizé qui escrit si eloquemment son Mercure Gallant, et du Perier qui fait si bien les Vers Latins et François, et qui sçait si agréablement louer le Roy.
Revenant en Dauphiné , voulez-vous bien que nous y fassions une reveuê parmy les Ecclésiastiques et les Religieux ; je suis persuadé que vous et moy y avons autant d'amis qu'il y en a qui aiment les lettres. Nous y trouverons Mr Pourroy Prévost d'Oulx, Mr Moret Prévost de l'Eglise Collégiale de S.André, Mr de Galle Chanoine en la mesme Eglise , qui a esté Advocat Greneral au Parlement, Mr Milleran Chanoine en la mesme EgUse, Mr l'Abbé de Bressac, Mr l'Abbé de Burcio, Mr RufBer Curé de cette Ville, Mr de Comiers Prévost de Temans, les Pères Quenel, Lamy etiousse Prostrés de l'Oratoire, tous les Pères lesuites, le Père Pescheur Prieur des FF. Prescheurs, qui achevé si heureusement les Prédications de son Garesme devant le Parlement et la Chambre des Comptes, le Père Meney du
mesme Ordre, qui a eu toute sa vie un grand soin de ramasser des Livres , et qui les connoit si bien , le Père Berulle Cordellier , les Pères Hansuel etLaurent Augustins Déchaussez, ettant d'autres qui se signalent par leur pieté et par leur sçavoir.
Vous sçavez aussi bien que moy, que la Noblesse de cette Province est une des plus anciennes du Royaume, mais possible TOUS ne sçavez que je m'y suis acquis un grand nombre d'amis par les recherches que j'ay faites de son ancienneté, de ses avantages, de ses prérogatives, de sa gloire, et de son éclat : dont j'ay rendu des témoignages asseurez, par les Généalogies que j'ay données au public. Croirez- vous neantmoins que parmy ceux que j'ay tâché d'obliger et d'igoûter pour ainsi dire quelque nouveau lustre à leur race, il s'en est trouvé qui m'ont payé d'ingratitude , qui m'ont abandonné dans mes malheurs, et qui m'ont rendu de mechans offices, dans le temps qu'ils pouvoient en justice soutenir mes interests, contre les persécutions de mes ennemis. Mais ce n'est pas dans une lettre pleine de reconnoissance, que je dois mesler mes ressentimens, je leur ay déjà donné tout ce qu'ils ont souhaité de moy , avec raison , dans une Epistre chagrine, et je ne sçay si avant que je meure, je ne découvriray point des choses, qui feront honte à ceux qui ont si mal reconnu mes honnestetez, mes soins, et les veilles que j'ay appliquées à relever leur gloire et leur famille chancelante, l'espere que ceux qui viendront après moy me sçauront gré des édairdssemens que j'auray laissé de lUistoire de nostre temps , et que ma Chronique libre et véritable ne sera pas un des moindres plaisirs de nos successeurs. l'oseray l'appeller scandaleuse à la manière de celle de Louis XI. le sçay l'empressement que vous avez de la voir? mais ce désir mourra avec vous si vous ne me survivez ; car asseurement personne n'en aura connoissance qu'après ma mort. Alors on verra possible bien des gens fâchez de leur injustice, de leur mépris, de leur vanité, de leur politique , et de leur ignratitude ; et s'ils ne sont plus , leurs enfans pourront dire que le plus bel endroit de la vie de leur père, n'aura esté celuy, où ils auront eu des demeslez avec moy. On vient de me dire que Mr le Bret nostre nouvelle Intendant a regreté Monsieur de Boissieu, et en a dit du bien. Rien n'est suspect d'une bouche comme celle-là , qui sçait si bien rendre justice , et c'est un grand avantage d'estre loué d'un Homme,
qui n'a pas moins hérité du sçavoir et de l'esprit du célèbre Cardin le Bret son ayeul, que des biens de sa famille.
Bon soir, je finis pour aller me promener avec Monsieur Marcellier et Mr Galfard deux de mes bons amis , qui me sont venus voir, et m'apporter s'ils peuvent , quelque consolation sur la mort de Monsieur de Boissieu. le suis à Vous, et de tout mon cœur.