‹ Œuvres diversesChapitre 1 sur 281 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

PLÔN-NOURRIT et Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS

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Le nom de sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantai n'éveille pas l'idée dune femme auteur, d'une religieuse qui, à l'exemple de sainte Thérèse, aurait composé des ouvrages destinés à la publicité. La Fondatrice de la Visitation, en effet, n'a pas écrit une seule page en vue de l'impression. Comment donc les opuscules qui composent le présent volume appartiennent-ils très-légitimement à la Sainte, et par quelle voie nous sont-ils parvenus? Voilà ce qu'il nous faut expliquer brièvement; après quoi, nous aurons à signaler la valeur ascétique de ces opuscules, et à marquer le caractère de chacun.

Sainte Chantai n'a point, à proprement parler, fait œuvre d'écrivain; mais elle a fait œuvre de fondatrice, œuvre encore de directrice des âmes; elle a excellé dans le gouvernement de son Ordre et dans la conduite spirituelle des religieuses soumises à son autorité. Or, pour l'administration générale, comme pour la direction particulière, son action s'exerçait surtout par des exhortations, des conseils et des entretiens, en un mot, par une parole vivante et animée. Mère de la Visitation, elle était chargée d élever sa famille encore au berceau, de présider au développement de sa vie religieuse. Dans sa tendresse maternelle, elle n'ignorait pas

uni PItKVACE.

qu'elle devait le pain de l'âme aux filles que le Seigneur lui avait données, et elle leur distribuait, sous bien des formes, une nourriture aussi douce que fortifiante. C'était pendant les récréations, ou bien dans les réunions prescrites par la règle, que la sainte Fondatrice servait à ses enfants ces repas spirituels.

Les récréations étaient mises à grand profit pour l'édification et pâture du petft troupeau. Au jardin, pendant l'été, dans une salle, en hiver, les religieuses entouraient leur Mère dune vivante couronne; et, bientôt, la conversation était lancée par l'une ou par l'autre des Sœurs sur un sujet de spiritualité, à la grande satisfaction de tout le cercle et de sainte Jeanne-Françoise toute la première. La digne supérieure applaudissait à une pareille initiative; elle aimait à être provoquée par ses religieuses, à être mise par elles sur le chapitre des observances régulières ou des vertus propres à leur Institut. « Je ne suis pas grande prédicatrice, leur » disait-elle un jour, je ne sais presque parler qu'en répon- » dant. » La Sainte, qui était le pivot de la conversation, ne la laissait pas languir. Assaillie d'observations et de demandes, elle faisait face à tout, elle avait réponse à toutes les questions, éclaircissement pour tous les doutes. Sur tout elle répondait avec son grand bon sens, avec cette science des choses spirituelles qu'elle avait puisée auprès de saint François de Sales et au pied du crucifix. Pendant ces causeries d'un intérêt si vif et si élevé, les heures s'écoulaient trop rapidement au gré des Sœurs, qui toutes se retiraient récréées pour l'esprit, pour le cœur et pour l'âme. C'était sur une moindre échelle, mais avec non moins de charme et de pro-

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fit, une imitation des Conférences si connues des anciens

solitaires.

Aux jours où la communauté se réunissait au Chapitre, la Sainte, qui présidait rassemblée, prenait la parole, et, au milieu de ses filles silencieuses et attentives, elle traitait un sujet spécial. C'était un point de perfection religieuse qu'elle développait, une des vertus propres à son Institut qu'elle présentait sous différents aspects; c'était encore des considérations sur un mystère, sur une fête de l'Eglise, ou bien encore des avis relatifs à la correction de quelque défaut... De leur côté, les novices avaient quelquefois le bonheur d'entendre la zélée Fondatrice. En s'adressant à elles, sainte Chantai s'attachait surtout à les débarrasser de l'esprit du siècle, pour leur inculquer l'esprit religieux; elle arrosait de sa parole ces jeunes plantes qui devaient embellir les jardins de l'Epoux céleste.

Pendant ces réunions, véritables festins de l'âme, pas une miette qui tombât par terre , pas une parole de l'incomparable Mère qui ne fût recueillie , an moment même et sur place, dans le cœur de chacune des religieuses. Ce n'est pas tout. Après les assemblées, comme après les récréations, plusieurs des Sœurs prenaient la plume, et, sous l'impression toute fraîche de ce qu'elles venaient d'entendre, elles fixaient sur le papier ce qui les avait le plus frappées, ce qui répondait le mieux à l'état présent de leur âme. Or, comme les impressions et les goûts ne pouvaient se ressembler en tout chez les différentes religieuses qui prenaient des notes, tel passage, omis par les unes, était recueilli par les autres.

Il en résultait que ces différentes rédactions se complétaient

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les unes les autres, ce qui a permis de reconstituer, à peu près dans leur intégrité, les Entretiens et les Allocutions de sainte Chantai. Rappelons encore ceci : parmi les Sœurs qui rédigèrent les notes en question, figurent les supérieures les plus illustres de l'Ordre, et surtout la Mère de Chaugy. C'est dire assez avec quelle exactitude furent recueillies les paroles de leur Bienheureuse Fondatrice. Au reste, nous avons de cette fidélité une preuve matérielle : en conférant les anciennes copies, nous trouvons les passages parallèles reproduits d'une manière à peu près identique.

L'authenticité des Exhortations et des Entretiens, au sens que nous venons de marquer, ne saurait être contestée. Ces ouvrages émanent donc de sainte Chantai ; son nom , qu'elle n'y a pas mis elle-même, y a été apposé, à bon droit, par les religieuses qui ont été les premières à jouir de leur contenu. Pour le dire en passant, la provenance singulière de ces opuscules, la voie par laquelle ils nous sont parvenus, leur donne un piquant intérêt.

Tombés de la bouche de la vénérée Fondatrice , ils ont été pieusement recueillis par ses filles spirituelles. Après être demeurés de longues années dans le demi-jour du cloître, où ils ont fait les délices de plusieurs générations de religieuses, les voilà qui sont livrés au grand jour pour l'édification de tous. Mais ce qui nous recommande par-dessus tout ces OEuvres diverses, c'est la valeur qu'elles empruntent au mérite de celle qui les a, non pas écrites, mais parlées pour la plupart.

Sainte Jeanne-Françoise de Chautal fut initiée à la perfection religieuse par saint François de Sales. Dès qu'elle

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eut rencontré sur sa route l'évêque de Genève, dès qu'elle se fut placée sous sa conduite , sa vie entra dans une phase toute nouvelle. Associée par la Providence avec cet illustre prélat pour rétablissement de la Visitation, elle puisa dans son commerce les trésors d'une merveilleuse sagesse. Pendant dix-neuf ans, elle reçut les leçons de ce maître si habile dans la science des Saints, pendant dix-neuf ans, elle vécut à son école, sous sa discipline: pendant dix-neuf ans elle fut dirigée par ce conducteur angélique, formée par lui à la pratique des plus sublimes vertus. Cette femme, que le ciel prédestinait à devenir la reine abeille de la ruche, qui devait envoyer de ses religieuses dans les pays voisins de la Savoie , cette femme d'élite , l'évêque de Genève l'entoura de soins nonpareils. Or, telles étaient les dispositions de cette âme éminente, telle fut sa correspondance aux enseignements de l'incomparable prélat ainsi qu'aux grâces de l'Esprit-Saint , que la spiritualité n'eut bientôt plus de secrets pour elle, la perfection pas de hauteur qu'elle ne connût parfaitement pour l'avoir fréquentée. Un fait, pris entre plusieurs, nous servira à mesurer les progrès qu'elle fit durant ces années si fécondes. Saint François de Sales composa pour les religieuses de la Visitation, et spécialement pour la Mère de Chantai, le Traité de l'Amour de Dieu, ce chef-d'œuvre delà plus haute mysticité : cela dit tout à quiconque a lu un pareil ouvrage.

Et comme religieuse, et comme supérieure del a Visitation, sainte Jeanne-Françoise procède de saint François de Sales , elle appartient à sa famille spirituelle, dont elle fait la gloire. Elle s'est nourrie des paroles et des œuvres de celui qui lui

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fut un père tendre et un maître sans pareil; elle s'est imprégnée de son esprit et Ta communiqué à la Visitation, où nous le voyons aujourd'hui vivace comme aux plus beaux jours. On peut le dire en toute vérité, c'est François de Sales qui parle par la bouche de la digne Fondatrice, qui écrit par sa plume, qui gouverne par son moyen. C'est de lui quelle s'inspire , lui dont elle invoque l'autorité, dont elle se propose, à elle-même et à ses Sœurs, les illustres exemples. Cette filiation, le lecteur n'aura pas de peine à la constater, en parcourant ce volume.

Cependant, le Seigneur faisait passer la Mère de Chantai par la rude école du calvaire; le jardin de l'Epoux semblait produire pour elle moins de roses que de ronces et d'épines. Assauts de l'enfer, sécheresses spirituelles, désolations de l'âme, éclipses intérieures plus ou moins prolongées, les épreuves de tout genre ne lui furent pas épargnées. Au milieu de ces vicissitudes, cette âme si forte apprenait à compatir aux misères de ses filles spirituelles; elle acquérait cette expérience personnelle que rien ne saurait remplacer dans le gouvernement des autres et le maniement des esprits. Ensuite, son maître par excellence n'était autre que l'Esprit- Saint. Cet Esprit de lumière et d'amour, elle l'avait installé dans son cœur comme sur une chaire; et, lui remettant les rênes de sa volonté, l'oreille ouverte à ses moindres inspirations, elle lui disait souvent : Parlez, Seigneur , parce que votre servante écoute. Or, un jour, sous l'inspiration de ce directeur intime, elle fit vœu de pratiquer, en toutes choses , ce qui lui paraîtrait le plus parfait.

Après avoir été à si bonne école, après y avoir puisé la

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science théorique et pratique des choses de Dieu , la digne Fondatrice pouvait parler avec autorité , diriger ses Sœurs dans les voies de la perfection religieuse, remplir vis-à-vis d'elles un rôle qui revêt la dignité d'un ministère. Ainsi la grâce avait combiné son action intérieure avec l'influence extérieure de saint François de Sales, pour réaliser en elle le type parfait d'une supérieure , pour en faire une maîtresse aussi ferme que prudente, une directrice dont les lumières égalaient les hautes vertus. D'elle on pouvait dire aussi : « Elle a ouvert la bouche pour parler les paroles de la sagesse. » La sagesse, cette qualité qui remplace toutes les autres, la sagesse brille d'un vif éclat dans les OEuvres de la Sainte. Ce caractère, qui en constitue le mérite et la valeur, a été bien saisi, parfaitement exprimé par les théologiens que la Congrégation des Rites chargea d'examiner les écrits de la Mère de Chantai. Ils affirmèrent d'abord que ces écrits ne renferment aucune erreur contre la foi et les bonnes mœurs, aucune doctrine nouvelle, aucune opinion contraire au sentiment commun et à la tradition de l'Eglise; ensuite, ils ajoutèrent à cette déclaration des témoignages officiels que nous ne saurions mieux faire que de citer ici.

Le premier, le révérend père Alexandre Bussi, supérieur général des Pères de l'Oratoire de Saint-Philippe de Néri , déclara qu'il lui semblait, en lisant ces écrits, voir saint François de Sales ressuscité et l'entendre parler, tant ils lui avaient paru remplis de douceurs et de suavités spirituelles, ce qui lui fit dire hardiment (ce sont ses propres paroles) a qu'ils sont comparables à ces plantes aromatiques dres- » sées par les maîtres parfumeurs dont il est parlé dans les

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v Cantiques. J'y ai surtout reconnu (ajoute-t-il) des ensei- » gnements excellents de prudence , de mortification , d'hu- » milité, d'obéissance et d'observance régulière, et, l'âme » saisie d'admiration et de joie, je me suis félicité moi-même « en disant : J'ai trouvé la femme forte. 3> Je ne m'étonne » donc pas si dans le saint Ordre qu'elle a fondé , sous 5) la direction de saint François de Sales, son maître, 5> l'on voit fleurir merveilleusement l'observance régulière j> et la vertu. »

De son côté, le révérend père Monsinat, procureur général et plus tard Général de l'Ordre des Minimes, déclarait aussi qu'il avait reconnu et admiré, dans ces écrits, les productions dune âme divinement éclairée et conduite par le Saint-Esprit. « Elle (sainte Chantai) satisfait si parfaitement » (dit-il) aux doutes que ses religieuses lui proposent, qu'elle » semble n'avoir rien omis de tout ce que la piété et la pru- » dence chrétienne, ou la perfection religieuse , pouvaient » désirer, pour répandre dans leurs âmes l'intelligence et « l'amour des Règles, Constitutions et Coutumes de son 33 Ordre. On y voit briller les traits les plus admirables de la 33 prudence et de l'humilité chrétienne, du zèle pour la mai- 33 son du Seigneur et pour le salut des âmes , du renonceî) ment à soi-même, de la confiance en Dieu, de la pauvreté 33 évangélique, de la patience, de la force d'esprit et de toutes 33 les autres vertus; de sorte que chacun trouve dans ses 33 écrits, et des remèdes pour les blessures de son âme, et )3 des moyens pour s'affermir dans les voies de la sainteté, 33 accompagnés, les uns et les autres, de si doux attraits » pour animer à la piété, que plus on lit, plus on dé-

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» couvre de trésors cachés, et plus on goûte de douceurs » ineffables. »

Il ne se peut rien dire de plus élogieux. Ajoutons que ces témoignages motivèrent l'approbation donnée par la Congrégation des Rites aux écrits de la vénérable Fondatrice.

On a dû le remarquer, le P. Bussi signale l'influence profonde que l'évêque de Genève exerça sur notre Sainte. Cette influence, que nous avons marquée nous-même, il ne faudrait pas l'étendre au delà de ses limites réelles. Associés pour l'établissement delà Visitation, saint François de Sales etsainte Jeanne-Françoise furent rapprochés et unis par l'action de la grâce plus que par la conformité de leur caractère. L'évêque de Genève, en effet, semblait reproduire, dans une image vivante, la mansuétude et la bénignité du Sauveur, tandis que la Mère de Chantai apparaissait comme la personnification de la femme forte. Or, pour sa perfection propre comme pour l'intérêt des religieuses qu'elle devait conduire, il était bon que celle-ci passât sous la discipline du suave prélat. Dans ses rapports avec ce père si bon, si tendre, tout en savourant le miel de sa doctrine, cette religieuse si ardente, si énergique, si généreuse, tempéra les qualités de sa puissante nature; elle assouplit la fermeté de son caractère, elle apprit à connaître la mesure et le frein pour sa propre conduite et pour celle des autres. En un mot, les ressorts de cette grande âme , sans rien perdre de leur force , contractèrent, à l'onction de l'huile , plus de souplesse et de flexibilité. Ici, comme toujours, la grâce perfectionna la nature, sans l'absorber, sans la détruire.

Mais, où la personnalité de sainte Jeanne-Françoise de

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Chantai se trouve à peu près entière, c'est dans la forme de ses ouvrages ; elle s'accentue d'autant plus vivement de ce côté, que, dans le laisser-aller des récréations, ou même dans la gravité des allocutions réglementaires, elle n'avait pas à se préoccuper de style. Sous ce rapport , elle ne procède nullement de saint François de Sales; sa manière de concevoir et de s'exprimer ne sent point l'école salésienne. Les fleurs naissent sous la plume de l'évêque de Genève; ses écrits en sont émaillés. Ce prélat, d'une doctrine si riche et si sûre, revêt la plus haute théologie de formes heureuses , qui la rendent accessible à tous; il exprime les pensées les plus profondes avec des comparaisons frappantes de vérité, avec de gracieuses images qui éclairent l'esprit en le charmant. Chez lui , tout sourit et tout brille, tout est large et abondant. Lorsqu'on passe de ses ouvrages à ceux de sainte Chantai, le contraste est frappant. La religieuse s'exprime d'une manière sobre, coupée, dépouillée d'ornements. A ce langage, nous reconnaissons un esprit grave, pratique, avec une légère teinte d'austérité. Chez elle, l'imagination est tenue à l'écart; la parole est au ferme bon sens, à la grave expérience, au zèle de la mère pour le progrès de ses filles spirituelles dans la vertu. Les fruits abondent, mais les fleurs sont rares; et encore celles qui apparaissent de loin en loin, sont-elles cueillies dans les parterres de saint François de Sales, ou dans le jardin de l'épouse du Cantique des Cantiques. Le dépouillement intérieur de la grande religieuse se reproduit en quelque manière dans son langage. Les beautés littéraires, les grâces de l'imagination ne brillent pas ici d'un grand éclat; à la place, vous trou-

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verez d'excellents avis, de fortes peintures du cœur humain, les maximes mortifiantes et crucifiantes de l'Évangile proposées avec une vigueur sans égale. Les opuscules de sainte Chantai reflètent d'autant plus fidèlement son âme, que ces écrits sont le produit spontané de ses idées et de ses sentiments. L'énergie de la pensée, le relief et la pointe de l'expression , ces qualités que nous admirons en plus d'un endroit, sont bien de la femme forte que nous connaissons. Et puis, combien de pages où le zèle ardent et les chaleureuses exhortations décèlent la grande sainte, l'éminente supérieure? Certes, et cela soit dit à l'honneur de la mère et de ses filles : sainte Jeanne-Françoise n'épargne pas ses religieuses; elle y va, à leur endroit, d'une maîtresse main. Ce n'est pas elle qui voilera la croix, qui émoussera la pointe des épines; ce n'est pas elle qui adoucira les reproches au moyen de circonlocutions timides ou de périphrases embarrassées. Qu'elle rencontre sur son chemin, dans une maison de la Visitation, l'esprit du monde, et elle le flagellera d'importance; elle lui dira son fait en termes forts nets. Ecoutons plutôt : « // ny a rien, dit-elle, qui me soit plus insup- » portable que de voir quune fille de la Visitation veuille être » soigneuse de son point d'honneur; car n est-ce pas une chose » monstrueuse? Quoi! mettrions-nous notre honneur dans des » Jadaises ? »

Un beau jour, dans l'octave de Pâques, s'adressant aux novices, elle leur disait : « Mes Sœurs, je vous recommande » soigneusement deux choses : premièrement, il faut que vous "travailliez courageusement et fidèlement à votre perfection; » secondement, il faut laisser faire les autres, vous laissant

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» écor cher , dépouiller et plier comme on voudra Il faut vous

» laisser plier comme on plie un mouchoir . » Voilà des expressions qui se peignent, ou mieux, qui s'enfoncent dans lamémoire de manière à n'en plus sortir. Citons encore un passage : «0 Dieu! dit la zélée supérieure, s'il faut demeurer » encore çà-bas, que ce soit pour y pratiquer de solides vertus. » Nous marchons beaucoup trop en enfant; cela me fâche. Il faut » que les filles de cet Institut pratiquent les actes des vraies, » héroïques et grandes vertus. Il faut rompre ou faire.... »

Cependant il s'en faut bien que la fermeté de la supérieure étouffe, dans sainte Jeanne-Françoise, la tendresse de la mère. Dans l'occasion , elle épanche des trésors de sollicicitude sur les membres de sa famille religieuses. Elle montre à ses filles spirituelles de quel amour suave et puissant elle les aime dans le Seigneur , et par la compassion qu'elle ressent pour leurs peines, et par les douces consolations qu'elle leur adresse, et par les mille moyens dont elle s'avise pour les soulager dans l'âme et dans le corps.

Sur cet exposé et ces échantillons , on dira peut-être que l'ascétisme de sainte Chantai ne saurait convenir à tous; que, destiné au cloître, il ne doit pas en sortir. Autant vaudrait dire qu'il faut renvoyer aux héros chrétiens la lecture des Actes des Martyrs, réserver aux monastères

Y Imitation de Jésus-Christ, le Combat spirituel et môme

Y Evangile. Evidemment, cette fin de non-recevoir est une inspiration de la pusillanimité humaine. Oui, il y a toujours avantage à fréquenter meilleur que soi, à recevoir la leçon da plus généreux et plus parfait que soi. Et puis, un abîme ne sépare pas les gens du monde des habitants du cloître, car

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enfin, les uns et les autres viennent se rencontrer sur le ter-

rain des commandements de Dieu et de l'Eglise, avec cette seule différence que les religieux et les religieuses ajoutent aux devoirs communs à tous les chrétiens, la pratique des conseils évangéliques. Au fait, tous, qui que nous soyons, ne devons-nous pas nous unir à Dieu, le principe de notre être, par la foi, l'espérance et l'amour? Tous, ne devonsnous pas recourir à lui, par la prière , comme à la source de tout bien? Quel est l'homme qui soit exempt de la milice chrétienne, qui n'ait pas à lutter contre lui-même, à vaincre ses mauvais penchants? Trouvez une position où l'amour du prochain, où la douceur, la patience, l'obéissance, le travail, l'empire sur le corps et ses mauvais instincts; où le soin de son âme, de son salut, de sa perfection relative, soient de nul emploi, ne trouvent aucune application? Mais

c'est de quoi il est fort question dans ces opuscules Cela

étant, ce volume ne regarde pas si spécialement les religieuses , qu'il ne puisse profiter beaucoup à tout genre de lecteurs. On peut dire même qu'il n'est pas une page d'où les personnes du monde ne puissent tirer un enseignement utile, une salutaire influence.

Ces considérations n'ont pas été étrangères à la détermination prise par la supérieure et les religieuses du premier monastère d'Annecy, de livrer au public les OEuvres de leur sainte Mère. Pour cette publication, elles se sont autorisées aussi de ces paroles de saint François de Sales leur Fondateur : « Je voudrais, dit-il dans un de ses Entretiens, que tout » le bien qui est en la Visitation fût reconnu et su d'un chacun. » Nous n'hésitons pas à comprendre les ouvrages de sainte

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Chantai dans ce bien que l'évêque de Genève désirait voir porté à la connaissance de tous.

L'abbé Migne, il est vrai, a donné une édition des OEuvres de l'illustre Fondatrice. Mais il sera bien permis aux Filles, de cette grande Sainte, à ses héritières directes, de se montrer difficiles à cet endroit, de ne pas se contenter d'une édition incomplète et défectueuse à bien des égards. D'abord, l'éditeur a eu le tort de rajeunir le style de la Sainte, de lui faire parler le langage du dix-neuvième siècle. Ensuite, il s'est permis de mêler les Exhortations avec les Entretiens, de morceler et de tronquer quelques-unes des Allocutions. Ces procédés, réprouvés par les règles élémentaires de la critique , ont introduit une confusion et un désordre auxquels les religieuses de la Visitation avaient à cœur de remédier. Dans ce but, elles se sont entourées des manuscrits que renferment leurs archives d'Annecy, et de ceux qu'elles ont pu tirer d'ailleurs. Elles ont examiné les diflérentes copies, elles les ont collationnées avec un soin scrupuleux; en un mot, elles n'ont rien négligé pour restituer à leur sainte Mère la langue qu'elle a parlée, pour donner de ses OEuvres diverses une édition sincère, aussi parfaite et aussi complète que possible.

Grâce à leurs actives recherches, cette édition est enrichie de plus de vingt Exhortations ou d'Instructions aux novices, et de cinquante Entretiens ou de fragments d'Entretiens inédits.

Les OEuvres diverses comprennent d'abord : 1° le Petit Livret de la Sainte; 2° Questions de sainte Chantai à saint François de Sales et Réponses de ce dernier; 3° les Papiers intimes;

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ensuite, 4° les Exhortations; 5° les Entretiens ; 6° les Instructions aux Novices; 7° les Méditations ; 8° enfin la Déposition de la Sainte pour la béatification et canonisation de saint François de Sales.

1° Le Petit Livret est un recueil d'avis que sainte Chantai avait reçus de saint François de Sales, verbalement ou par écrit. D'après les Mémoires de la Mère de Chaugy , ce résumé fut commencé par la Sainte en 1605, aux fêtes de la Pentecôte, lors de son premier voyage en Savoie. L'original de cet écrit n'existe plus, du moins il a été impossible de le trouver. La reproduction insérée dans ce volume a été faite sur une très-ancienne copie, conservée dans les archives du premier monastère d'Annecy. L'abbé Migne a publié le Petit Livret sous le titre de Maximes diverses. Probablement', par suite de feuillets détachés et déplacés, les choses ont été mêlées de telle sorte, que des pages du commencement ont été rejetées à la fin. L'ordre primitif a été rétabli.

A la suite du Petit Livret , sont placées les résolutions et pensées, fruits de deux retraites faites par la Sainte. Ce fut dans Furie de ces solitudes, celte de 1616, que Notre-Seigneur l'appela à la plus haute perfection, par le détachement le plus complet.

2° Questions de sainte Chantal a saint François de Sales et Réponses de ce dernier. La Sainte adressa ces Questions par écrit à son céleste directeur, qui lui répondit par la même voie. Ce dialogue sublime peut se rapporter à l'année 1616, année où, comme nous venons de le dire, le Seigneur appela son épouse au dépouillement parfait et au martyre d'amour. En reproduisant ces Questions et ces Ré-

xxii PRÉFACE.

pûmes, on a voulu faire assister le lecteur aux leçons données par le saint directeur à cette âme d'élite.

3° Les Papiers Intimes renferment une série de résolutions, d'élans vers Dieu, d'actes d'amour et d'abandon entre les mains de l'Epoux céleste. Ces pages , que l'on dirait tracées par un séraphin, furent écrites par la Sainte à l'issue d'une de ses retraites, probablement en 1616. Ces papiers , exclusivement à son usage, elle les portait toujours sur elle; elle voulut être enterrée avec ce témoignage de son ardent amour pour Dieu. Inutile de dire quel intérêt s'attache à ces feuillets que nous a rendus le tombeau de sainte Jeanne Françoise.

Ces trois opuscules jettent un grand jour dans cette âme héroïque; d'autre part, ils nous la montrent dans ses rapports avec saint François de Sales, son habile maître. C'est donc à dessein qu'ils ont été placés en tête de ce volume; ils introduisent naturellement aux OEuvres de cette Sainte glorieuse et bien-aimée.

Les Exhortations, les Entretiens et les Instructions aux Novices constituent la partie la plus étendue des OEuvres de sainte Chantai; ajoutons celle qui lui appartient le plus en propre. Nous avons dit plus haut comment ces Exhortations et ces Entretiens ont été recueillis; comment il a été permis de combler les lacunes que présentent les rédactions qui en furent faites; comment, au moyen de ces rédactions, diverses pour l'étendue , mais à peu près identiques dans la reproduction des passages parallèles, on a pu reconstituer les instructions données par la zélée Fondatrice aux premières religieuses de la Visitation. Signalons, en passant,

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une pièce qui a été pour cela d'un grand secours : nous voulons parler d'un manuscrit provenant de l'ancien monastère de la Visitation de Verceil (Piémont). Ce manuscrit, beaucoup plus correct et complet que tous ceux qui circulent aujourd'hui dans les monastères, fut donné, paraît-il, aux Sœurs de cette ville par les fondatrices de la Visitation de Turin, qui l'avaient apporté d'Annecy, en 1638.

4° Les Exhortations ont été faites par la Sainte au Chapitre de la Communauté, ce qui leur donne un caractère plus grave qu'aux Entretiens. Ces Exhortations ont été recueillies surtout par la Mère de Chaugy, laquelle avait le talent de conserver le texte de sa vénérée Fondatrice, sans y mêler son propre style.

5° Les Entretiens reproduisent les conversations que la Mère de Chantai avait avec ses Sœurs, soit pendant les récréations journalières, soit aux conférences mensuelles qui se tiennent dans les maisons de la Visitation, à l'exemple des anciens solitaires. Ces Entretiens sont, comme de raison , d'un langage simple et familier : simplicité, familiarité charmantes qui respirent la candeur et l'innocence de la colombe, De plus, ils ont l'avantage d'être éminemment pratiques, d'offrir des détails aussi précieux qu'abondants sur les observances religieuses et les secrets de la vie spirituelle.

6° Les Instructions aux Novices, le titre le dit assez, étaient adressées à celles qui faisaient l'apprentissage de la vie religieuse. La sainte Fondatrice fut chargée du noviciat pendant les dix huit premiers mois de la Visitation. Mais, dans ces premiers commencements, on ne songea pas à recueillir

xxiv PREFACE

ses paroles. Il y a donc bien peu de ses Instructions aux novices. Celles qui restent proviennent des conférences qu'elle faisait plus tard, en présence de la maîtresse des Novices, en vue surtout de former cette dernière à son emploi.

Le présent volume contient les six premiers opuscules; les Méditations et la Déposition de la Sainte paraîtront dans le volume suivant.

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