L'humilité n'est autre chose que le mépris et démis
sion de soi-même et de sa volonté, et d'aimer son néant, misère et abjection; de souffrir et de vouloir doucement, gaiement et amoureusement qu'on nous tienne et traite pour ce que nous sommes. C'est aller bien avant que d'en venir là, car cette connaissance de nous-même n'est que le premier degré de l'humilité; l'humilité produit aussi la générosité et confiance en Dieu.
22. — La vraie humilité tend au mépris de cette estime propre, et nous fait aimer d'être tenue pauvre, ignorante, petite et imparfaite, dans l'oubli de toutes les créatures. En un mot, nous ne serons jamais humble que lorsque nous nous tiendrons nous-même pour des petits néants; et lorsque nous serons parvenue à ce degré d'aimer d'être tenue et de nous estimer nousmême comme la souillure de la maison, nous serons très-humble et très-grande devant les yeux de Dieu.
23. — La connaissance de nous-même ne consiste point dans le sentiment de notre pauvreté et bassesse, ni à faire de grandes considérations sur icelles, mais à le croire comme une vérité de foi : je veux dire que nous devons croire en la pointe de notre esprit avec une grande certitude de foi, que nous ne sommes rien, que nous ne pouvons rien, que nous sommes faibles, infirmes, fragiles et imparfaites, remplissant notre entendement de cette croyance, et affectionnant notre volonté à aimer notre pauvreté et misère.
24. — Les biens immenses des richesses de Dieu ne se donnent et ne se dispensent qu'aux âmes pures, c'est-à-dire humbles et basses qui sont dénuées de leur propre estime.
25. — Si nous nous abaissions avec une profonde humilité de cœur, le Tout-Puissant s'abaisserait jusqu'à nous et nous
remplirait de son esprit et de sa grâce : c'est ce qu'il fait en nous donnant Jésus-Christ pour vrai maître de l'humilité, et qui ne se plaît que dans les âmes humbles , petites et anéanties ; si nous l'écoutons bien, nous entendrons les leçons divines qu'il nous donnera; mais si nous ne l'écoutons point, il ne daignera plus se communiquer à nous, et malheur s'il cesse de nous apprendre î
26. — Il faut anéantir les pensées de complaisance et vaine satisfaction, s'humilier et chercher son abjection, donner la gloire à Dieu de tout et reconnaître que de nous-mêmes nous ne pouvons rien; en un mot, il faut être fidèlement fidèle et humblement humble : cela veut dire qu'il faut, en toutes choses, ne chercher que la gloire de Dieu, ne rien faire quct pour lui plaire, rien pour nous ni pour les créatures, mais tout pour Dieu. • ,
27. — C'est une belle sainteté qu'une profonde humilité et soumission, accompagnée d'une sainte joie, dans la vie commune.
28. — La pratique de notre bienheureux Père, de ne rien demander et de ne rien refuser, est au-dessus de toutes sortes de pratiques d'humilité. Il est vrai que Dieu veut que nous soyons extrêmement humble , mais par les voies qu'il a choisies pour nous, et non par celles dont nous ferons élection. Employons donc bien les mépris, les calomnies et toutes les occasions que sa Providence nous présentera, tant en nousmêmes que de la part des créatures, et soyons assurées que c'est l'unique moyen d'avoir l'humilité véritable et solide que Dieu veut de nous.