ACTE I, SCÈNE VH. 3ai
COURVILLE
Oui, vous croyez?... Eh bien! soyez plutôt malade.
ARMAND
Comment ?
COURVILLE
Nous sommes seuls; tenez, parlons sans peur : Ayez la fièvre , et moi je paierai le docteur.
ARMAND
Plaît-il ?
COURVILLE
Ne plaidez pomt, et ma reconnaissance...
ARMAND
Ah! j'entends! vous voulez acheter mon silence.
COURVILLE
Acheter ! moi ! fi donc ! Mais quoi ! je sais fort bien Que dans ce monde- ci l'on ne fait rien pour rien ; On cherche à s'arrondir... Accepter n'est pas prendre; Promettre son silence, enfin, n'est pas le vendre.
ARMAND
Me connaissez-vous bien pour me parler ainsi?
COURVILLE
Mais vous êtes pour nous trop dangereux aussi.
ARMANir.
Ah! vous me croyez donc homme à gagner ma cause?
COURVILLE
J'en tremble.
ARMAND
Et pensez-vous que ce fût autre chose Si je ne la plaidais?
COURYILLE.
Parbleu! quel préjuge!
Le cher Duclos perdrait avant d'être jugé.
Eh quoi! je lui serais, monsieur, si nécessaire, Et je balancerais à plaider son affaire ! Et je m'exposerais à faire publier Qu'on peut pour quelque argent?...
COURYILLE.
D'abord on peut nier.
Mais, qui d'ailleurs sur vous forgerait cette histoire?
ARMAND
Vous l'avez bien pensé... d'autres peuvent le croire. Ah! dût-il de mes jours m'en coûter le bonheur, Je préviendrai ce bruit fatal à mon honneur. La cause de Duclos est désormais la mienne. Et je la plaiderai sans que rien me retienne.
COURYILLE, d'un Ion à demi fanfaron.
Et si l'on vous priait de ne pas la plaider?
ARMAND
J'en rirais. On ne peut pas plus m'intimider , Monsieur, que me séduire, et de vos bonnes grâces Je-suis aussi touché qu'ému de vos menaces.
COURYILLE.
Oui... parbleu! nous verrons; je suis entreprenant...