PREFACE DE LA RE^'ANCHE
Je n'ai dans la Revanche qu'une moitié de paternité; j'avouerai cependant que j'ai pour cette pièce une prédilection, ou, si l'on veut, une faiblesse plus grande peut-être que pour celles de mes comédies où je n'ai point eu de complice.
Je me trou -e donc fort embarrassé d'en faire en conscience un examen critique, d'autant que la faiblesse de mon spirituel ami M. Creuzé de Lesser étant, je le sais, au moins égale à la mienne pour cet ouvrage , la sévérité que je m'efforcerais de mettre par bienséance dans mon jugement blesserait son cœur paternel plus queje ne veux et ne dois, et cela sans aucune utilité pour lui. Car enfin , ce n'est pas lui qui comparaît aujourd'hui volontairement au tribunal du public; c'est moi qui m'y présente de mon plein gré; et si mon ami est satisfait de la première sentence rendue en 1809, il n'est
pas juste que je lui fasse payer les frais d'appel en
Il y aurait bien un moyen de me tirer d'embarras; ce serait de prendre pour mon compte et de déclarer miennes exclusivement toutes les fautes qu'on peut reprocber à la Revanche et de laisser à mon ami le mérite exclusif de ce qu'il y a de louable dans l'ouvrage; mais sa générosité ne s'arrangerait point de ce partage et c'est un autre procès que nous aurions ensemble.
Que faire donc reproduire les feuilletons des Débats^ de la Gazette de France, du Journal de Paris, du Moniteur^ etc., etc., enfin copier ici tout simplement les éloges et les critiques du temps? Non , diront mes lecteurs, nous voulons un examen àe la Revanche tout nouveau, ou du moins qui soit nouveau pour nous; et, si vous n'avez pas le courage de le faire vous-même comme vous l'avez fait pour vos quatre premières comédies, cherchez, de l'aveu de votre complice (puisque c'est ainsi que vous vous nommez entre vous), cherchez un critique impartial qui vous supplée dans cette partie de votre préface, mais tâchez surtout d'en trouver im spirituel et qui nous amuse.
Spirituel et qui vous amusel Ah! vraiment! J'ai en portefeuille une lettre qui, sous ce rapport, aurait bien de quoi satisfaire mes lecteurs; mais l'impartialité, l'y trouvera- 1- on ? Cette lettre est d'un homme dont je m'honore d'être le parent et
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l'ami; qui, dans les grands emplois qu'il a occupés, comme dans la noble retraite qu'il s'impose aujourd'hui, a toujours pris à cœur ma fortune politique, mes malheurs privés, mes succès, mes peines et mes plaisirs; qui, en i8i5, m'a fait secrétaire-général des Postes... — C'est donc M. le comte Beugnot qui est l'auteur de cette lettre ? Impartiale ou non, copiez-la, sans en retrancher un mot de malice ou d'éloge. Tout est piquant, sortant d'une pareille plume. — La voici; elle est écrite de Dusseldorf , où il était Ministre :
Dusseldorf , le i5 septembre 1809.
J'ai lu, mon cher cousin , la pièce de la Revanche , et je ne la jugerai pas avec autant de sévérité que vous l'avez supposé. Je me suis d'abord dépouillé du manteau de cousin; j'ai examiné l'ouvrage comme s'il était d'un auteur qui me fiit entièrement inconnu, et je vais vous rendre compte de (juelques réflexions que cet examen m'a suggérées.
Vous avez justement pensé que je plaçais la comédie d'intrigue au-dessous de la comédie de caractère; mais en jugeant l'une ou l'autre, il faut tenir compte des lieux, du temps et des circonstances qui les ont vues naître. Or, je crois qu'aujourd'hui une comédie d'intrigue est le meilleur ouvrage qu'on puisse produire sur la scène, et je dis le meilleur pour ne pas dire le seul. Je m'explique.
Quand un peuple est arrivé à ce point de civilisation où les plaisirs de l'esprit prennent une grande place dans la société, il en a bientôt trouvé la source la plus féconde dans la peinture des vices et des travers des hommes ; et, par un reste de sa malice originelle, il en transporte le tableau au lieu le plus apparent, sur le théâtre. A cette époque, et lorsque chacun est frappé et charmé de cette lumière nouvelle, el qu'elle excite une fermentation vive dans les
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esprits , il doit se trouver, et il s'est trouvé partout des hommes supérieurs qui se sont emparés de la matière, dans ce qu'elle a de plus abondant et de plus riche; mais elle s'épuise enfin, car en dépit des moralistes chagrins , nos vices et nos travers ont aussi des bornes, et il faut tomber d'accord que la mine des vices est déjà avancée, lorsqu'on a passé en revue l'hypocrisie, l'orgueil, l'avarice, la fureur du jeu, l'envie , et qu'on pourrait enfin, comme chez nous, parcourir, à une exception près, les sept péchés capitaux , une bonne pièce à la main. Mais à la suite de ces vices à peu près inhérents à l'humaine nature, viennent encore, eten assez grand nombre , les travers qui se reproduisent chez tous les peuples avec de légères modifications, tels que la prodigalité, l'indiscrétion, la vanité, l'intempérance, la manie du bel-esprit et beaucoup d'autres manies dont on s'est emparé d'autant plus vite qu'elles ont nécessairement un côté plaisant ; avantage que les vices n'ont pas toujours. Sur ces deux points je ne suis pas de l'avis de M. de L'Empirée, ou plutôt je crois que son vœu est rempli, et qu'il nous reste fort peu de choses à dire; et si, par hasard , il restait quelque chose , il ne faudrait pas le dire , comme je vous le ferai remarquer plus bas.
Après les vices et les travers viennent les ridicules : matière inépuisable en France, et d'autant mieux qu'elle se reproduit avec la plus admirable facilité, et toujours sous de nouvelles formes. C'est à ce Protée que nous sommes redevables de cette foule de pièces pleines de sel, d'esprit et de grâce, mais qui malheureusement vont se perdre dans le même oubli que le sujet qui les fit naître. Ainsi le style du Cercle est énigmatique pour le plus grand nombre des auditeurs; Turcrtreî n'est plus pour nous qu'une tradition, et le Bourgeois Gentilhomme est aussi loin dans le passé que Y Eunuque de Térence.
Mais au moins résulte-t-il de ce que je viens de dire qu'il y a toujours des ridicules à peindre; ceci mérite encore explication. J'ai plus d'une fois entendu reprocher à M. Picard de rester au jffo/iîrf étage et de ne pas savoir descendre au premier; et j'ai
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toujours demandé aux critiques de lui faire donner la clef du pre- Tuier, par celui qui l'a dans sa poche, par le ministre de la police générale. Le ministre la refuse et il a raison. Notre gouvernement est très bon; mais il est nouveau, mais les hommes qu'on y attache ont beaucoup de cotés faibles ; que si on les abandonnait à la muse comique, il serait à craindre qu'on ne passât tout naturellement de la critique des hommes au mépris des choses. Ceci suffit déjà pour expliquer la sévérité du magistrat et le silence des auteurs qui en est une très raisonnable conséquence; ensuite tout homme est ridicule en France , ou personne ne l'est. Tout homme est ridicule, si vous le jugez d'après ce sentiment exquis des convenances généralement répandu avant la révolution ; personne n'est ridicule, si on suppose l'absence et (comme cela peut être encore) l'inutilité de ce sentiment. Un colonel peut impunément aujourd'hui jurer, même en compagnie, et la femme d'un maréchal de France ne pas savoir écrire; cela n'empêche pas le colonel et le maréchal de bien battre l'ennemi. Voilà, quant à présent, l'essentiel, et on ne voit pas trop ce qu'on gagnerait à les faire comparaître à un vieux tribunal dont ils ne sont pas justiciables; mais on aperçoit très clairement ce qu'on y pourrait perdre. Je ne sais d'ailleurs ; mais en considtrant l'espèce des auditeurs d'aujourd'hui, et abstraction faite de ce penchant à la moquerie qui est bientôt satisfait, je ne sais, dis-je, si une pièce de théâtre, où on rapprocherait un de nos grands du jour de ce qu'il aurait dû être dans la même position avant 1789, obtiendrait un succès durable. Les idées, et par suite la langue, et par suite encore les opinions et surtout les préjugés, sont si différents ! Je me rappelle que, vers 1780, une femme connue pour des malices de société, qui la rendaient un personnage redoutable , invita à souper un homme de la cour , mauvais railleur avec sang-froid et méthode, comme il y en avait alors; elle eut le malheur de se tromper d'une lettre dans l'orthographe de l'invitation, et au lieu d'écrire souper par un S , elle l'écrivit par un C, ce qui exprimait l'action de Couper. Mon homme arrive, prend à table la place du milieu, coupe une premieie pièce, une seconde,
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une troisième, parait sourd aux prières que lui lait la maîtresse de la maison de se reposer un peu sur son maître-d'liôtel, coupe toujours sans dire mot, et lorsqu'au dessert la maîtresse inquiétée le voit attaquer de ces assiettes sédentaires qui sont là pour la parade plus encore que pour l'usage, elle lui demande raison de cette ardeur tranchante. Mon homme alors déploie froidement son billet d'invitation et le montre à sa voisine en la priant de faire passer. Sur le refus de la voisine de droite , il le fait circuler avec plus de succès à gauche. Le trait parut si violent qu'on n'osa même pas en rire. Le lendemain il faisait l'entretien de tous les cercles ; le» uns trouvaient le trait abominable; les autres, en convenant qu'il était plus que rigoureux, l'excusaient par le caractère connu de celle qui en avait été victime. La ville en parlait si haut que la cour s'en mêla aussi. La dame courut cacher sa honte aux champs; le découpeur fut envoyé à son régiment. Voilà une affaire d'état pour une méprise assez légère. Telles étaient les mœurs du temps ; rien, absolument rien, décidément rien de tout cela n'est applicable aujourd'hui. Le roué de l'aventure ne serait qu'un sot , la dame ne s'en soucierait guère, et les assistans se moqueraient de lui, pour avoir perdu à couper le temps qu'il aurait dû employer à bien boire et à bien manger.
Je crois donc qu'il faut attendre que la société , qui ne porte encore que d'une manière gauche les livrées de la politesse, en ait rep:is l'esprit et s'en soit imposé la loi. Alors on reviendra à ce sentiment des convenances dont j'ai parlé plus haut, ou il s'en formera un nouveau, non pas aussi scrupuleux, aussi délicat que le premier, mais peut-être plus sérieux et plus digne. Alors malheur à celui qui n'en suivra pas les lois ; le moment sera arrivé de le livrer à la scène. Mais , mon cher cousin , je suis trop vieux pour assister aux premières représentations, et encore que vous ayez quinze ou vingt ans de moins que moi, je doute que ce soit l'une de vos pièces qu'on représente alors.
Il ne faut donc pas faire de comédies? Je suis loin de le dire, car je crois que, poiu- trouver grâce à nos débiles yeux, Molière cl
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Racine ont besoin et de pièces nouvelles et d'acteurs nouveaux. Il nous faut des nouveautés pour excuser la représentation du Misanthrope ou à' Iphigcnie, et plus d'une fois la Jeunesse de Henri V a contraint d'entendre les Plaideurs ou le Médecin malgré lui. Une ressource reste encore ; c'est la comédie d'intrigue ; et on en peut tirer un fort bon parti pour nous ramener à cet esprit de politesse que je regrettais tout à l'heure.
Il s'agit d'être sévère sur le choix du sujet, de le prendre même un peut haut, de suivre les préceptes du grand maître Nicolas, dans l'exposition et le développement , et surtout de professer un respect particulier delà langue; il faut enfin s'efforcer de donner de bons exemples, en attendant qu'on puisse donner de bonnes leçons. Que si on intéresse par le choix du sujet, que si on attache par son développement, si on plaît par le style, on aura accompli l'œuvre du démon, autant du moins qu'il est permis de le faire aujourd'hui. Or la Revanche me paraît remplir ces conditions.
Le choix du sujet est heureux; que vous et votre ami M. Creuzé l'ayez inventé, ou que vous l'ayez déterré dans quelque méchant roman, c'est la même chose pour moi. Le lapidaire n'a pas créé non plus la pierre brute sur laquelle il s'exerce, mais il a fait d'une matière raboteuse et décolorée un diamant poli et qui charme les yeux. Le sujet une fois adopté, il était difficile de le bien distribuer en trois actes, sans retarder ou précipiter la reconnaissance. Vous y avez mis beaucoup d'art et d'intelligence du théâtre. Il faut y regarder de près, etaved'envie de découvrir des scènes de remplissage , pour en trouver deux auxquelles on pourrait à la rigueur adresser ce reproche. L'intérêt, ménagé avec sagesse, y est bien gradué, jusqu'au dénouement, si naturel et si facile qu'il s'échappe du sujet, pour ainsi dire, sans qu'on s'en aperçoive. Le dialogue était fait pour effrayer et ne pouvait être tenté que par des esprits fins et délicats. Cette partie est excellente, nul reproche; tout à louer. Vous avez marché entre deux écueils opposés avec un bonheur qui suppose beaucoup de talent. Le roi n'est jamais abaissé , et le sujet qui a pris sa place reste toujours à la sienne. Tous deux
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pensent, agissent et parlent avec noblesse et un sentiment parfait des convenances. Le style est donc bien approprié au sujet. C'est de l'atticisme véritable, ou plutôt c'est de l'esprit français et du bon coin.
Le style est remarquable d'un bout à l'autre par une élégante simplicité dont fort peu d'auteurs seraient aujourd'hui capables. Enfin il y a dans la pièce de l'esprit à pleines mains, et point d'efforts, point de recherches, point de marivaudage ni de faux brillant à la mode, qui est pire que le marivaudage même. Je ne connais personne dans la république des lettres qui ne dût s'honorer d'une production aussi élégante et aussi estimable.
Mais sévère avec un ami d'un vrai talent et d'autant plus sévère qu'il a plus de talent, j'avouerai maintenant que les personnages secondaires laissent à désirer. Puisque la comédie d'intrigue doit instruire aussi, on doit conserver à chaque personnage la couleur des lieux et celle du temps. Or, aujourd'hui même et comme au temps des croisades, les grands seigneurs de Pologne ne se disent point philosophes parce qu'ils ne le sont pas du tout, et ne lisent pas Aristote parce qu'ils ne s'en soucient guère. C'est donc une tache à mes yeux que ce mot de philosophe et de philosophie qui va circulant de la bouche du père dans celle de la fille et in«me de la suivante; car Franceska s'en mêle aussi. Il était préférable, selon moi, de faire du père un grand seigneur qui professe très haut le système qu'il vaut mieux être maître chez soi que valet à la cour, commander à des vassaux que de fléchir sous des favoris, qui parle avec vigueur de son existence noble, tranquille, indépendante, et qui mette au don de la main de sa fille la condition sine qud non que son gendre n'ira point à la cour. Il naissait de cette opposition des scènes excellentes entre le père et le roi, tandis qu'en général les scènes où le père comparaît n'ont une teinte comique qu'en abaissant le personnage peut-être au-dessous de ce qu'il était permis de le faire dans une œuvre si remar(iuable par sa politesse. Qu'à l'arrivée du roi ce père eût perdu toute sa fierté, lien de si naturel et de si commun; mais il fallait ménager la tran-
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silioii. Ici elle est brusque à l'excès et finit par enlever au personnage ce qui lui restait de dignité. Vous avez trop de goût pour avoir voulu faire du père le plaisant de la pièce, et cependant le caractère douteux et incertain de vos couleurs le laisserait croire.
.le passe sur le personnage de Henry qui n'est là que pour un objet et qui le remplit bien. Peut-être, comme fils de la maison, auriez- vous pu lui donner quelque chose de mieux à faire; le peindre comme un jeune homme aimable et étourdi, toujours prêt à laisser échapper le seciet; l'intérêt en eût augmenté et ce rôle aurait eu plus de relief.
Je ne sais pas pourquoi vous avez fait naître Didier en Hongrie, car vous n'en faites pas du tout un valet hongrois; mais, soit qu'il parle ou qu'il agisse, il est bien et fort naturellement un valet gascon, et, qui pis est, un Crispin. Jamais valet hongrois n'est entré en scène avec des phrases, des exclamations, du saisissement; lamais il ne lui a passé par la tête de demander des éclaircissements à personne ou pour rien; c'est un cheval à deux pieds, qui porte une lettre à l'endroit qu'on lui indique, périt ou tue plutôt que de n'arriver pas, et quand il est arrivé, boit, s'enivre et s'endort; ne lui en demandez pas davantage. Ce Didier est encore le sujet d'une petite faute; à la scène ix du premier acte, Franceska demande au roi, qu'elle croit être le duc, s'il est content de Didier i ce qui suppose qu'elle a eu le temps de savoir que Z)?V/ier est entré au service du duc et que le duc a eu le temps aussi d'éprouver son service au point de répondre s'il est content ou non ; et à la scène xi du même acte Didier révèle à Franceska qu'il n'y a pas dix jours qu'il est au service du duc. Je ne m'arrête sur cette misère que pour vous prouver, mon cher cousin, combien j'ai fait d'efforts pour vous trouver en faute et que j'y ai bien peu réussi.
Quant à Franceska, elle n'a de Polonais que le nom; vous en avez fait une soubrette française. En pénétrant un peu davantage dans les mœurs du pays, vous auriez remarqué que les servantes de Pologne se rapprochent plus des maîtresses que des valets, et
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(juau temps des croisades les Nérine n'étaient pas encore découvertes. Ici , je devine; vous vous êtes défié du public ; vous avez rru avoir besoin de ce genre de comique, et vous avez à dessein placé dans la cargaison un peu de contrebande française. Je crois , messieurs les auteurs, que vous vous êtes trop défiés de vos moyens; la Revanche ne peut pas exciter le rire comme Scapin et le Légataire ;^q ne le doit pas; mais je suis sûr qu'alors qu'on la joue un sourire aimable est sur les lèvres de la bonne compagnie et je crains que Francesha-Nérine et Didier-Crispin ne lui donnent quelquefois des distractions.
Pour ne pas terminer par un irait de satire , j'ajouterai que le rôle A'Eliska me paraît bien tracé , qu'il a du naturel, de la mesure et de la grâce, etc., etc.
Beugnot.
L'auteur de la lettre qu'on vient de lire critique avec une politesse exquise et une raison merveilleusement assaisonnée, la couleur française que nous avons donnée à quelques-uns de nos Polonais. Il aurait pu étendre cette critique à toute la pièce. Les personnages de la Revanche ne sont en effet guère plus Polonais , quoique la scène se passe en Pologne, que notre spirituel critique n'est allemand dans son style, quoiqu'il nous écrive du fond de l'Allemagne. Le sujet même de notre comédie, c'est-à-dire l'intrigue, a quelque chose de français; aussi aurions-nous voulu placer la scène en France. Mais nous l'aurait-on permis ? Mettre un Roi de France en comédie , quand on ne tolérait cette licence dans la tragédie qu'à condition d'y sacrifier le plus souvent, ou la vérité de l'histoire,
OU la vraisemblance dianialique, ou le simple bon sens! Nous n'y songeâmes même pas^.
(i) Quelles lenteurs, quelles difficultés n'éprouva point la représentation de la belle tragédie des Templiers, de M. Raynouard ? Et, après la représentation, par quelles satires officielles, par quelles misérables intrigues n'essaya-t-on pas d'en atténuer l'immense succès? Heureusement ces contrariétés n'empêchèrent point M. Raynouard de composer d'autres ouvrages tirés de même de l'histoire de France ; mais il ne songeait à en faire jouer aucun. Un incident singulier et que je crois fort peu connu le fit pourtant sortir de son honorable retraite.
M. de Fontanes présidait alors le corps législatif; mais il avait voulu conserver à ce corps quelque importance et quelque dignité ( voyez au 11^ vol. le discours prononcé à l'Académie Française pour la réception de M. Villemain). Un pareil président ne pouvait plus convenir. Par qui le remplacer? On essaya de mettre sur les rangs un candidat d'une grande naissance; cette tentative échoua contre l'attachement qu'on portait à M. de Fontanes, attachement fortifié par l'esprit d'opposition qui perçait déjà et qu'on manifestait toutes les fois qu'on pouvait le faire à scrutin secret.
M. de Fontanes ayant été réélu candidat, et M. Raynouard étant le seul des quatre autres qui eût véritablement un nom, ce fut sur celui-ci que Bonaparte jeta les yeux.
Ne le connaissant point, il se le fit présenter par un de ses ministres , sous prétexte de lui parler de son théâtre , et particulièrement des États de Blois , mais dans l'unique but de le toiser et de s'assurer s'il convenait à ses vues.
Il faut croire qu'il ne lui convint pas, puisqu'il ne l'éleva point à la présidence. Quoi qu'il en soit, l'entrevue fut piquante. On parla d'abord des Templiers ; l'auteur fut tour à tour complimenté et critiqué. On conçoit que l'homme qui a dit à l'auteur d! Agamemnon : «Votre Clytemnestre n'est qu'une bavarde»; qui»
A défaut de la France, pouvions-nous porter notre scène en Italie? Pas davantage, car nous
trouvant mauvaises toutes les pièces de Voltaire, disait à M. de Fontanes: « Tenez, soyez de bonne foi : Oreste, Brutus , tout » cela est détestable ; cet automne , dans mes moments perdus , lije veux refaire ces deux pièces , et vous vous chargerez des « versai; on conçoit, dis-je, que cet homme-là dut trouver quelque chose à reprendre aux Templiers , et que M. Raynouard n'en fut ni surpris ni blessé. On le blâma surtout d'avoir voulu intéresser à une corporation célèbre par ses richesses et sa dépense. » F'os H Templiers , lui dit le prince, cela mangeait le diable , an lieu « taie moi, Empereur, qu'est-ce que je coûte au peuple? qu'est-ce « qu'il me faut par jour? Un verre d'eau et de sucre. »
On en vint aux États de Blois. Bonaparte témoigna le désir d'en entendre au moins quelques scènes.- On m'a assuré que, parmi beaucoup de conseils étranges donnés par le despote au poète , il s'en était trouvé d'assez bons pour être adoptés librement par telui-ci. De ce nombre est, dit-on, la suppression du personnage de Henri III.
Il V avait alors dans le rôle du roi ou de la reiue ces trois
Quand le destin des rois dépend d'un coup d'état , La justice qui craint qu'un coupable n'échappe , Détourne ses regards. . . la politique frappe.
Bonaparte, interrompant le poète, lui dit naïvement, et toujours en présence du ministre : » C'est bien , très bien; mais il « fallait faire dire cela à un ministre. »
Quelque temps après cette entrevue, la pièce fut jouée à Saint- Cloud. Cette représentation offrit un spectacle vraiment curieux. L'auteur y assistait, modestement confondu dans la foulé. Quoique placé tout près de lui, j'avoue que c'est un autre spectateur (|iii excitait ma curiosité. Il était en effet piquant de voir comment
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écrivions la Revanche à la fin de 1808. Or, depuis trois ans, la couronne d'Italie avait été acceptée^ par celui qui avait déjà accepté la couronne de France; et, sur cette seconde couronne, étaient écrits ces mots : Noli me tangere, ou Gare à qui me touche ! menace adressée aux écrivains autant peut-être qu'aux rois de l'Europe.
Dans le royaume de Naples ? Mais la couronne des Deux-Siciles n'avait-elle pas été donnée et acceptée, par décret impérial du 20 mars 1806?
En Hollande? Mais , dès le 5 juin de la même année (1806), cette quatrième couronne n'avait-elle
Bonaparte serait affecté du personnage de Henri IV et des allusions qu'on espérait trouver dans la pièce, déjà connue par plusieurs lectures particulières. Malgré l'immobilité apparente qu'il conserva quelque temps , il fut aisé de remarquer qu'il n'était pas content de l'ouvrage et qu'il l'était encore moins du public; dans l'impossibilité d'applaudir ou de siffler, le parterre de la cour a sa manière de témoigner son mécontentement ou son approbation. Toutes les paroles de Henri IV excitèrent des murmures flatteurs qui semblèrent à Bonaparte autant d'épigrammes contre lui-même, ou autant de regrets favorables aux Bourbons. Il me parut surtout avoir peine à se contenir, pendant la scène où le brave Grillon refuse d'assassiner Guise. Selon son usage, dans ses mouvements de colère concentrée, il prit du tabac huit ou dix fois avec une espèce de contraction nerveuse, et depuis ce moment il ne parut plus écouter la pièce. En sortant il fit défendre aux comédiens de la jouer à Paris.
(i) Voyez dans le Moniteur la séance du Sénat-Conseivateur du 18 mars 180.S.
pas été donnée et acceptée à la condition de n'être qu'une annexe de la couronne de France*.
Voilà déjà, de bon compte, quatre royaumes qui, vu leur nouveauté^ étaient interdits à la muse comique. Où donc irons-nous faire agir et parler nos personnages?
En Espagne, nous dira-t-on. Eh! vraiment oui! c'était là notre affaire ; toutes les convenances s'y
(l) Ce fut une véritable comédie que cette séance des Tuileries, où une députai ion hollandaise vint supplier Napoléon de donner de sa main paternelle un roi à la république de Hollande, et de porter son choix sur le prince Louis, son i'rère. Le simple récit de cette séance, inséré au Moniteur du lendemain, est assurément une des pièces les plus curieuses de cette époque féconde en curiosités. Mais voici une anecdocte qui, pour n'avoir pas trouvé place dans le Moniteur, n'en est pas moins authentique et qui peut-être n'en amusera pas moins mes lecteurs; je la tiens d'un témoin irrécusable , d'une personne attachée de cœur et par ses fonctions à la cour du nouvel intronisé. Celui-ci avait un fils, beau , spirituel et déjà aimable (c'est celui qui, depuis, est mort du croup en Hollande); Napoléon l'aimait beaucoup; il le prenait souvent sur ses genoux et se plaisait à lui faire réciter les fables de La Fontaine qu'on lui avait apprises. Le matin même du jour où la députation hollandaise allait être reçue en audience publique: Allons (dit l'empereur à son neveu), quelle fable vas-tu me réciter aujourd'hui? Et l'enfant, dans son innocence, se met en train d'obéir.
Les grenouilles se lassant De l'état démocratique , Par leurs clameurs firent tant Que Jupin les soumit au pouvoir nionarcliique.
L'empereur, qui ne riaitgut'ie, faillit en mourir de rire.
trouvaient; et, en choisissant qqWq terre classique des intrigues amoureuses ^ pour y développer Tintrigiie de la Revanche nous n'aurions pas fait un grand effort d'esprit, car c'est en Espagne que Federici'^ a placé la Bugia vive poco , c'est-à-dire le drame même dont nous avons fait une comédie. Mais est-ce que, le 5 mai 1808, Charles IV et Ferdinand Vil n'avaient pas cédé librement et volontairement, comme chacun sait, tous leurs droi ts à la couronne d'Espagne au modeste et généreux souverain qui réunissait déjà sous sa domination la France, l'Italie , les Deux-Siciles et la Hollande?
Et de cinq!
Le lecteur comprend sans doute à présent notre embarras. Il nous excuse et peut-être même il nous plaint. Pour nous, aurions-nous l'impertinence de nous plaindre, quand nous avons vu en 181 1 un homme bien plus illustre que nous, un grand prophète, en un mot le vénérable Mathieu Lansberg, en proie aux mêmes perplexités? Après avoir, six mois d'avance, composé son almanach de 1812, avec tout l'art et toute la science dont il est capable , il envoie l'épreuve au directeur-général de la librairie qui ne lui répond point. Pressé par le temps (car le 1" janvier appro-
(i)Federici,auteurde vingt ou trente ouvrages dramatiques dont quelques-uns sont remplis d'intérêt; c't-st à lui que M. Scribe a emprunté le sujet de Valérie { La Cieca Nntn ).
chait), il arrive de Liège à Paris et va trouver son censeur. Pendant huitgrands jours, porte close ; il entre enfin. « — Vous êtes bien hardi, lui dit le directeur, de vous présenter devant moi ! — Mais , monsieur, il y a trois mois au moins que mon almanacli est soumis à votre approbation, et j'ai cru — Votre almanach! je l'ai lu et je ne l'approuverai point. — Oserai-je, monsieur, vous demander pourquoi? — Pourquoi ! je veux bien vous le dire : parce que vous avez l'insolence d'y pronostiquer une peste à Paris. A Paris! étes-vous fou ? à Paris, capitale de l'empire et résidence impériale! Prophète de malheur! vous voulez donc que l'empereur meure de la peste? — A Dieu ne plaise, monsieur! et, si ce n'est que cela qui vous fait retenir mon almanach, je puis à la rigueur placer ma peste à Madrid. — A Madrid, où règne un frère de l'empereur! — Eh bien! monsieur, à Milan. — A Milan! ville libre et impériale ! capitale du royaume d'Italie! Y pensez-vous? — Eh bien! monsieur, à Rome. — Malheureux! c'est bien pis! Oubliez-vous que Rome a un roi au lieu d'un pape, et que ce roi est le fils de l'empereur? — Mais, monsieur, où voulez-vous donc que je place ma pauvre peste, car enfin il m'en faut une, et mon almanach ne peut s'en passer? — Il s'en passera, à moins que vous n'envoyiez votre peste en Angleterre, où probablement l'empereur ne tentera plus de faire une descente. »
DE LA REVANCHE. SSg
Et le prophète de Liège fut oblige de céder en i8i ijCommenousen 1809, aux. nécessités du temps, nécessités un peu gênantes pour les auteurs dramatiques, car nous avions à peine fini la Revanche que la guerre contre l'Autriche nous fit craindre l'invasion de la partie de l'ancienne Pologne, où nos personnages s'étaient réfugiés.
Grâce à la paix, nous ne fûmes pas obligés de déménager, et notre comédie, polonaise par les noms et par les costumes , mais au fond toute française, après avoir été approuvée par la censure, fut représentée le 1 5 juillet 1 809, avec un grand succès. Le vainqueur de Wagram voulut la voir à son retour; il la fit jouer à Fontainebleau et s'en amusa beaucoup. « — Ce qui m'a plu davantage dans la pièce, dit-il à M. de Fontanes, c'est que la dignité royale n'y est jamais compromise, bien qu'on la croie à chaque instant au moment de l'être. Quel est l'auteur?— Ils sont deux. — Pourquoi donc ont-ils gardé l'anonyme^? — Je l'ignore. C'est peut-être parce qu'ils sont tous deux membres du Corps législatif 2. — Belle raison! est-ce que j'ai défendu aux membres de ce corps d'avoir de l'esprit? Qu'ont-ils de mieux à faire? n'ont-ils point par hasard assez de loisir? Enfin, leurs noms? — MM. Creuzé
(i) Nous ne nous étions fait nommer ni au théâtre ni sur l'affiche.
(2) M. Creuzé était député de Saône-et-Loire et moi de la Haute Marne.
et Roger. — Ali!... eh bien.' c'est égal ^ leur pièce est jolie et je la reverrai avec plaisir. » Cest égal voulait dire : Quoique je n'aime guère ni l'un ni l'autre. Nous le savions; nous lui rendions la pareille; et peut-être que s'il se fût plaint de notre peu d'amour pour lui on n'aurait pas même pu lui répondre, comme le comte de Narbonne en parlant de sa mère : Sire , ils en sont restés à l'admiration. Cette admiration, si elle avait eu un commencement que nous sommes loin de désavouer, était bien voisine de sa fin. A peu d'exceptions près, telle était l'opinion de tout le corps législatif dont nous faisions partie, et où siégeaient alors MM. Lainé, Raynouard, et autres hommes détalent et de cœur, que Napoléon avait de bonnes raisons d'aimer encore moins que nous. Le maître ne s'abusait point à cet égard. Un jour de séance d'ouverture, je faisais partie de la grande députation. Placé tout près de notre président, M. de Fontanes, je l'entendis qui, saisissant un moment de repos, disait à demi-voix à l'empereur, en nous montrant : « Sire, ils sont tous bons. — Oh ! ( lui fut-il répondu surle-champ), ye n'aurais qu'à leur lâcher la parole, nous en verrions de belles! Mes cinq cent mille hommes ne suffiraient pas pour me défendre. »
Au suiplus, ce despote, dont la domination s'étendait à tout; qui, peu content d'avoir asservi presque toute l'Europe, avait menacé l'Asie, qui, maître d'un empire immense, se plaignait un jour
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à M. de Fontanes de ne régner que sur la matière tandis que le pape régnait sur les âmes; qui regrettait de n'être pas né dans le siècle d'Alexandre oii il eût pu se donner pour le fils d'un Dieu, et, qui plus est, le faire croire; cet ambilieiix insensé* fut du moins exempt d'hypocrisie, et, pour mon compte, je lui en sais gré. Je pense à cet égard, comme à beaucoup d'autres, ce que mon ami, M. Creuzé , a si parfaitement exprimé dans un petit volume 2 où il y a plus d'esprit et de raison que dans quarante gros volumes de notre histoire: « La plus mauvaise et la plus cruelle des plaisanteries, c'est d'être enchaîné et vexé au nom de la hberté. »
J'ai promis à mes lecteurs, dans la préface de V Avocat^ que dans celle-ci j'essaierais de tracer le tableau de la littérature pendant les dix premières ann^^s du dix -neuvième siècle. Mais doisje tenir parole? N'ai-je pas déjà, dans mes diverses préfaces, parlé des auteurs et des ouvrages
(1) Je ne sais si M. Parceval Deschènes, géomètre et poète, frère de l'académicien à qui nous devons les poèmes des Amours Epiques et de Philippe-Auguste, a terminé un joli poème burlesque dont voici le début:
« Je chante ce héros dont la baute fortune « Ayant pris le soleil , ira prendre la lune ; << Et qui , bientôt monté par-delà Syrius , « S'élèvera si haut qu'on ne le verra plus.
(2) De la liberté.
59 j PRÉFACE
les plus remarquables de cette époque? Le Rapport de Chénier fait à l'Institut, à l'occasion des prix décennaux, est-il assez incomplet ou assez empreint de partialité pour qu'il soit nécessaire de le compléter ou d'en réfuter les jugements? Enfin , cette littérature qu'on appelle aujourd'hui impériale, dans le dessein de la rabaisser, a-t-elle si grand besoin de champions et ne se defend-elle pas assez bien par ses œuvres ?
Toutes ces réflexions, que mes lecteurs ontpeut-^ être déjà faites, me déterminent à résumer le tableau que je voulais esquisser en une seule question que j'adresse à la conscience des jeunes détracteurs de celte époque. Est-ce une littérature digne de leurs dédains que celle qui a vu naître (entre autres productions qui ne mourront pas si tôt qu'on veutbien le dire) quatre grands ouvrages de Delille, la tragédie des Templiers, les meilleures comédies de Picard, les discours de M. deFonlanes, le Génie du Christianisme et les Martyrs ?
Mais serait- il juste de me borner à cette question ? Non , et je demande la permission d'en faire une seconde.
Après une révolution qui, des idées, avait passé dans le langage, combien n'était-il pas à désirer qu'il s'établit promptement, pour soutenir et encourager les bons écrits, connne pour juger et proscrire les mauvais, un tribunal équitable et sévère, un Iribiuial (|ui protégeât incessamment la règle,
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les bienséances, l'ordre et le goût en toutes choses contre l'invasion prolongée de la licence universelle?
Or, ce tribunal, ce jury que les hommes de sens appelaient de tous leurs vœux, cette Critique enfin qui est aujourd'hui une de nos illustrations littéraires, à quelle époque de notre histoire s'est-elle élevée plus haut et a- 1- elle rendu plus d'arrêts solennels et salutaires que durant les dix années dont nous parlons? A quelle époque la raison s'exprima-t-elle avec plus d'énergie , de politesse ou d'esprit que sous la plume des Fontanes, des Donald, des Esménard et des Fiévée, dans le Mercure de France; des Dussaut, des Hoffman, des Feletz, des Geoffroy, dans le Journal des Débats; des Nodier, des Suard, des Michaud, des Auger, etc., etc., dans là Biographie? Si le dix-huitième siècle eut à se glorifier de La Harpe, rendons hommage aussi à cet excellent critique; mais comment refuser sa reconnaissance à ses successeurs immédiats , à ceux qui, au dix-neuvième siècle, revenant pour la plupart de l'exil , ou sortant à peine des bastilles de la terreur, ont voué leur talent au rétablissement des saines doctrines et de l'honneur des lettres, et qui, dans cette œuvre de régénération , ont donné à la fois le précepte et l'exemple ?
PERSONNAGES