SCENE PREMIERE
LE ROI, FÉDÉRIC
FÉDÉRIC
Me sera-t-il permis à présent de demander à votre majesté quel a été le motif du parti singulier qu elle a pris ?
LE ROI
Un motif assez important; écoute. Si ma décision a été prompte, ma réflexion n'en a pas moins été sérieuse. Quel est mon but ici? de m'assurer du cœur d'Éliska. Je n'étais pas sans espoir de réussir, quand le duc, prenant une revanche assez légitime, s'est présenté ici sous mon nom. Ma première pensée a été de dévoiler sa feinte; ma seconde a été de l'appuyer. Sans le savoir, il sert en effet mes projets à merveille. Le duc vient en ces lieux, ainsi que moi, pour la jeune comtesse. Si ses vœux, comme roi, sont rejetés, et si elle leur préfère les miens , comme simple duc de Ra-
litz, alors, bien évidemment, je jouirai du plus doux avantage que les rois puissent envier aux particuliers, de l'assurance d'être aimé pour moi-même.
FÉDÉRIC
Prenez-y garde ; le duc paraît aimable , et le titre de roi aux yeux des femmes.. ..
Mon sort, du moins, sera bientôt fixé. J'engagerai le duc à faire ses propositions; je réitérerai les miennes, et la belle Eliska prononcera. Toi , va m'attendre , et sois sûr que, quoi qu'il arrive, nous partirons d'ici aujourd'hui même. ( Fédéric sort. ) Ail! voici notre comte philosophe; il me néglige un peu pour sa majesté.