ACTE III, SCENE III. 4(J
core rester; mais, quelle que soit la durée de mon règne, je me suis bien promis d'être le plus débonnaire des rois de ma dynastie.
Puisque votre majesté est si indulgente, elle excusera cette demande qui n'avait pas paru trop déraisonnable au capitaine de ses gardes.
( II montre le roi. ) LE DUC, au roi.
Ah!... Est-il vrai, monsieur le duc, que vous ayez encouragé monsieur le comte à demander la place de premier chambellan ?
LE ROI
Il est vrai, sire; je le lui ai conseillé.
LE DUC
Eh bien! je veux vous consulter aussi ; me conseillez-vous de la lui donner?
LE ROI
Puisque votre majesté m'honore à ce point, j'ose lui conseiller de donner cette place à monsieur le comte.
LE DUC
En ce cas, et à votre recommandation, je la lui donne , ou plutôt il la tiendra de vous , et elle n'en aura que plus de prix à ses yeux.
Ah! sire, les expressions me manquent pour vous témoigner...
LE DUC
C'est monsieur le duc qu'il faut remerciej'.
4()'2 LA REVANCHK,
LE ROI , à part.
Je suis fort content de mon représentant; il a beaucoup d'esprit et de mesure.
LE COMTE , prenant la main du roi.
Monsieur le duc connaît mon amitié pour lui; ce service y ajoute encore, et je veux, pour le reconnaître, hâter le mariage qu'il désire.
LE ROI
Un moment, monsieur le comte; je ne suis pas sûr du consentement de mademoiselle votre fille.
oh! vous l'obtiendrez.
LE ROI
Et puis, je pourrais, par hasard, avoir tel rival...
Un rival !
LE ROI
Oui, un rival, que vous et elle pourriez fort bien me préférer; un rival que je n'attendais pas, (d'un ion impératif.) et qui va sans doute se déclarer.
Que dites-vous?
LE DUC
La vérité, monsieur le comte; je ne prétends point le cacher :j monsieur le duc, et ce rival, c'est moi.
Vous, sire ! ( à part. ) Est-il possible !
LE DUC, au roi.
Je sais, monsieur le duc, <:|uc vous avez à la main
actk m, s ci: NE m. 463
do la jeune comtesse des droits plus puissants que les miens.
Dans le fait, je la lui ai promise.
LE DUC
Il est vrai que mon rang actuel peut me donner sur vous un grand avantage; mais la fortune a ses vicissitudes. L'amour d'ailleurs ne se mesure pas sur les rangs; aussi , quelque envie que j'aie de former cette union , je doute s'il ne serait pas plus sage à moi d'y renoncer, et je serais bien aise d'avoir là-dessus votre sentiment.
LE ROI
Sire, la question est délicate; cependant j'y répondrai avec franchise, et sans considérer mon intérêt personnel. Vous désirez épouser Éliska?
LE DUC
Vivement.
Eh bien ! sire, je crois que, loin d'y renoncer, vous devez, pour toucher son cœur, profiter de tous les avantages de votre rang. De mon côté, si votre majesté daignait me permettre une rivalité si brillante...
LE DUC , souriant.
Oui, je vous la permets.
LE COMTE , à part.
Voilà une singulière conversation !
LE ROI
De mon côté, dis-je, je ne négligerai rien poiu' dé-
cider Éliska en ma faveur. Je sais le péril auquel je m'expose; mais, si je triomphe, j'en aurai plus de gloire; et, tout rang h part, vous êtes un rival assez dangereux pour qu'on soit flatté de vous combattre et honoré de vous vaincre.
LE DUC , prêt à se jeter aux pieds du roi .
Ah! Si...
LE ROI, l'interrompant.
Qu'avez-vous , sire?
LE COMTE, bas au roi.
Il a... Vous lui avez parlé trop librement peut-être.
LE DUC
Ça, monsieur le comte, vous ne parlerez point contre le duc en faveur du roi ?
Sire, je voudrais que votre majesté... D'un autre côté, la promesse que j'ai faite à monsieur... ( à part. ) Quel parti prendre?
LE ROI, à part.
Yoilà notre philosophe dans un grand embarras!
Sire , j'aperçois ma fille.
LE DUC
Je vous laisse; j'ai des raisons pour que monsieur le duc lui parle le premier.
LE COMTE , bas au roi .
Allons, mon cher capitaine, tâchez de réussir!
LE ROI , riant.
Oui, il me semble que cela vous fera grand plaisir.