JUSTINE, DUBOIS
(Dubois achève de boucler un porte-manteau posé sur une table qui est au côté gauche de la scène.)
JUSTINE, entrant par le fond.
Quoi! Dubois, sans délais?
DUBOIS
Hclas ! oui , ma Justine , Bientôt mon maître et moi serons loin de Messine.
JUSTINE, à part.
Que je vais m'ennuyer quand ils seront partis !
(haut.)
Quoique dès le berceau conduite en ce pays , Je n'ai point oublié que je suis née en France , I- 9
ijo LA DUPE DE SOI-MEME,
Et je remerciais le sort dont la clémence ,
Pour adoucir l'ennui qu'en ces lieux, j'éprouvais ,
Avait fait à Messine arriver deux Français.
Point du tout : ces messieurs d'une humeur inconstante,
Plantent là brusquement et maîtresse et suivante...
Il faut en convenir , nous avons du guignon.
DUBOIS , revenaiU auprès de Justine.
Ah ! que ce ton railleur est bien hors de saison ! S'il dépendait de moi, crois-tu que je partisse? Mais Selmours le commande; il faut que j'obéisse. Je sais que le valet d'un poète , souvent, Aussi bien que son maître , est fort léger d'argent : Mais comptes-tu pour rien l'espérance et la gloire D'aller de compagnie au temple de mémoire? 11 part... et je le suis.
De monsieur Bonézi Aurait-il à se plaindre ? En arrivant ici Selmours tomba malade, et reçut de mon maître Autant et plus de soins que d'un père peut-être. Depuis qu^on a cessé de craindre pour ses jours, Bonézi n'a-t-il pas vingt fois dit à Selmours : « Si Messine , parmi les villes d'Italie , u Peut d'un jeune poète enflammer le génie, « Eh bien I demeurez-y quelque temps avec nous : « J'entends que vous soyez chez moi comme chez vous ?»
DUBOIS
Il est vrai.