ACTE I, SCÈNE IV
BONÉZI.
Elle aime le poète?
CIMILLA, tendrement.
Ah! mon père, beaucoup.
BONÉZI.
Bon ! je m'en doutais bien ! Mais s'il avait su plaire , Pourquoi partir?
JUSTINE
Peut-être il craignait que le père Ne refusât sa fille.
BONÉZI.
Et par quelle raison?
JUSTINE
Par les mêmes que vous.
BONÉZI.
Belle comparaison!
Ricardo dès long- temps a-t-il promis sa fille? A-t-il vingt commerçants fameux dans sa famille? Un commis à la douane est-il donc d'un métier A craindre avec Selmours de se mésallier?
JUSTINE
Sa fortune...
BONÉZI.
Est dix fois au-dessous de la mienne:
Encore est-ce à mes frais qu'il a grossi la sienne; Car cette veuve, enfin, qu'il m'a soufflée... Aussi Je la lui garde bonne, et le hais... Dieu merci! Nous nous voyons pourtant: nous nous brouillons ensemble Le matin; et le soir l'intérêt nous rassemble...
i48 LA DUPE DE SOI-MÊME,
Mais , corbleu! j'en suis las; et si quelque moyen Se pre'sentait jamais de me venger... là... bien... Ses mauvais tours...
(à pan).
Eh ! mais , un seul peut les lui rendre : Je n'ai qu'à lui donner un poète pour gendre.
(baut.)
Fais-moi venir Selmours.
CAMILLA, à pari.
Ciel! quels sont ses projets?
BONÉZI , rappelant Justine.
Non, Justine, demeure... Eh! Fabrice?