ACTE III, SCENE III
RONÉZI.
Après?
DUBOIS
Chez le premier commerçant de la ville.
BONÉZI.
Le premier commerçant! vous seriez bien habile, Je crois, d'en citer un qu'on plaçât avant moi.
DUBOIS
Et si c'était chez vous qu'elle fût, monsieur?
BONÉZr.
Quoi!
Chez moi ! sans mon aveu ! mais quelle audace extrême!
DUBOIS
Et comment vouliez-vous?. .Vous sentez bien vous-même. . . Le besoin... le danger... Une femme... l'honneur... Ah! si vous aviez vu ses combats... sa pudeur!...
BONÉZI.
Eh ! qui donc l'empêchait de rester chez sa tante ?
DUBOIS, d'un ton larmoyant.
Hélas! l'événement a trompé notre attente: Nous en sommes encore ébahis, consternés... La tante!... Elle nous a fermé la porte au nez.
BONÉZI.
Oh ! la bégueule!
DUBOIS
Alors la scrupuleuse amante Se reproche sa fuite, et pleure, et se lamente , Refuse de nous suivre, et Selmours... Ah ! Selmours!... Si je n'eusse été là , c'était fait de ses jours !...
Vous jugez de l'effroi de la jeune personne,
« Eh bien! Selmours, dit-elle, à vous je m'abandonne,
« Si monsieur Bonézi, cet ami sans égal,
« Pour lequel j'ai vraiment un respect... filial,
« Consent en sa maison de me donner asile,
« Là, me réfugiant comme en un port tranquille,
« Je conclus notre hymen; mais autre part, jamais.»
Y consentira-t-il ? (reprend Selmours.)
BONÉZI, hésitant.
Eh! mais...
DUBOIS, vivement.
« N'en doutez pas, lui dis-je, il y va de sa gloire; « A Ricardo croit-on qu'il cède la victoire? f( Quel que soit votre sort, il doit le partager. 'c Dans le péril lui-même il sut vous engager; « Il vous en tirera. »
BONÉZI.
Sans doute, mais j'espère...
DUBOIS
Ah! j'en étais bien sûr: n'êtes-vous pas leur père?
BONÉZI.
Oui vraiment.
DUBOIS
N'ont-ils pas agi par vos avis?
Seront-ils malheureux pour les avoir suivis?
BONÉZI , voulant sortir.
Non, et je vais leur dire...
DUBOIS, lerelenanl.
Ah ! monsieur, votre vue...