‹ Œuvres Diverses publiéesChapitre 1 sur 192 · LETTRE A M. LE D' LEPSIUS · texte numérisé non relu

LETTRE A M. LE D' LEPSIUS

atteinte à mes sentiments amicaux à son égard, ni à la haute estime que j'avais pour son mérite éminent.

En examinant les différents textes sur lesquels on a cherché à fonder des évaluations astronomiques, j'avais reconnu la valeur exceptionnelle du tableau de la marche des étoiles, qui a été relevé dans les tombeaux des Ramsès à Biban-el-Molouk. J'admettais en conséquence que des calculs de quelque valeur avaient pu être tentés sur l'étude de ce monument. Je ne connais pas le travail de M. Biot, mais je vois, dans un mémoire spécial inséré par M. le Page Renouf {The Chronicle, January 25, 1868), que le savant astronome français s'est servi d'une appréciation complètement erronée de la signification du monument. Il serait fort à désirer que M. le Page Renouf autorisât la reproduction intégrale, dans la Zeitschrift, de ce mémoire, dans lequel la logique et la science de bon aloi marchent de pair. Je le cite ici pour montrer de quelles délicates précautions doivent être entourées les supputations astronomiques fondées sur l'interprétation des monuments égyptiens. Je m'étais montré difficile, j'en conviens, mais pas encore assez. C'est ce que vient de me prouver M. le Page Renouf, et je m'en félicite autant que je l'en félicite lui-même.

Je ne puis quitter ce sujet sans parler d'un nouvel élément d'appréciation chronologique suggéré par M. W. Pleytc; nous devons à cet égyptologue zélé une bonne publication des Papyrus Rollin, de la Bibliothèque impériale de Paris ; il y a joint des explications sommaires fort intéressantes, et un traité sur les chiffres égyptiens extrêmement commode. Les documents de comptabilité présentent un intérêt qui n'a pas encore été suffisamment apprécié, et que des publications, telles que celles de notre habile collègue d'Utrecht, mettront facilement en relief. Je ne pense pas toutefois que le Papyrus 1889 fpl. XIX de la publication) soit intéressant, parce qu'il donnerait une date précise de la coupe du blé. A la première ligne de ce document (à laquelle

SUR l'inscription de TAKELLOTHIS II 7

il paraît manquer un groupe ou deux), je lis seulement : L'an II, le 7 de choiak, jour d'enlever les blés du grenier

de Memp/us pour faire (sans doute de la farine ou du

pain). La suite indique les quantités enlevées ce jour-là, ainsi que les 14, 21 Choiak, 4, 14, 24, 27 Tobi, etc. J'engage mon estimé confrère à revoir cette partie de sa dissertation.

Veuillez agréer, etc.

F. Chabas.

Les

cr(^^f^^its monuments qui représentent Honis sur les

^osée ^ ®® rencontrent en assez grand nombre dans les

àea ff^^^lics et dans les collections particulières; ce sont

sciiLf?^^ (ie pierre, sur lesquelles la scène principale est

dejlr®' ^t accompag-née ou non de scènes accessoires et

Levrfl ^^tiviments de ce g-enre que possède le Musée de

M îf ^^t ^té livrés à rétude dans le grand ouvrage de

*• ie x^r ^ >^^^ tjattscne van fiet nederlandsche

sacu""^ ^<xn Oudheden, te Z.eyden . Aucun autre que je ^^> n'^ ^.. Ki'^- maïs y^^ P" consulter avec fruit des ^,>ag^1^ L œ^ies des stèles du Musée Britannique, T ^^ sxiis redevable à robligreance de 1 habile directeur de cet é-»-.^i,. ^ -n/T «îirnuel Birch ; un estampage du

M'isèQ dr^^T""^'' ' H^to^raphie provenant du Musée

^^^wtS ^"^"'^ ^1";°^ -P? d'tm grand secours'.

Gè^r^r "^ r* '''/f 1 vto «ne grande négligence, les ^^^^^4 2"°'°' ^T. ^ontzixients sont presque toujours ^^^ ^-^rr^ct::: iS 1%^ prlx-^*^-^ ^ ^^^^^ habituellement

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10 HOIiUS SUR LES CROCODILES

tronquées ou dénaturées par des abréviations, des suppressions ou des confusions de groupes, qui jettent l'investigateur dans de grandes perplexités. Pour arriver à des résultats certains, dans tous les passages difficiles, il est absolument indispensable de consulter un grand nombre de variantes. Telle est au surplus la règle à suivre pour Tinterprétation de tous les textes mythologiques; mais il n'en est aucun qui exige ce travail comparatif, au même degré que les monuments dont je m'occupe. Les exemplaires que j'ai eus à ma disposition ne m'ont pas suffi pour élucider tous les points obscurs. Toutefois, je crois avoir saisi l'intention réelle de ces monuments, ainsi que le sens de leurs inscriptions. A l'aide d'autres exemplaires, mes collègues pourront, je l'espère, compléter mes traductions et les améliorer dans quelques détails. Ce serait dans tous les cas rendre service à la science que de publier les types les plus corrects de cette classe de stèles ' .

§ 2. Description.

La scène principale représente le jeune Ilorus, nu, debout sur deux ou sur un plus grand nombre de crocodiles: sur sa tête juvénile, ornée de la tresse caractéristique de l'enfance, est superposée une seconde tête, énorme, hideuse, avec de saillantes oreilles d'animal. Quelquefois, de la grande bouche entr'ouverte sort une langue pendante; quelquefois ce détail manque; le plus souvent la face est hérissée d'une barbe touffue et droite, mais parfois aussi la figure est imberbe; dans ce cas, elle est labourée de rides et de plis profonds. La tête, habituellement dépourvue de cheveux, est, ou découverte, ou coiffée d'une espèce de bonnet très aplati.

1. Un grand desideratum serait aussi la publication de la fameuse stèle Metternich, qui jusqu'à présent est resté* le domaine exclusif d'un petit nombre de privilégiés.

Placée sur la tête enfantine, cette figure repoussante semble calculée tout exprès pour faire contraste. Le jeune dieu tient les bras étendus à droite et à gauche; de ses mains il saisit les différents types des animaux malfaisants : des serpents, indiquant tous les reptiles; des scorpions, pour les insectes; une espèce de gazelle, pour les animaux cornus; un lion, pour tous les carnassiers. Les crocodiles, les plus dangereux ennemis des Égyptiens parmi les animaux, sont placés sous les pieds du dieu. Cependant, cetto espèce est parfois indiquée par un lézard ajouté aux animaux saisis par les mains d'Horus.

Ces animaux se débattent sous Tétreinte du jeune dieu : les serpents se dressent, le lion se retourne la gueule ouverte. Très souvent les crocodiles font le même mouvement et relèvent la tête d*un air menaçant.

A droite, sur une enseigne, se voit Tépervier d'Horus- Soleil, quelquefois remplacé par Ilorus ithyphallique à tête d'épervier disque; à gauche, une autre enseigne représente une fleur de lotus surmontée de deux plumes.

Tels sont les traits habituels de la scène principale; souvent le monument ne contient pas autre chose; d'autres fois, le champ de la stèle est parsemé de figures représentant des divinités variées, qui, toutes, comme celles d'Horus, tiennent des serpents ou d'autres animaux malfaisants : on y distingue diverses formes d'Horus, Thoth, Neith, Khons, Isis, Ptah, Selk, Neb-hotep, Oer-Hakou, etc.

Enfin, le bas de la stèle, sa face postérieure et ses bords sont souvent couverts de légendes, qui nous en font connaître la destination.

§ 3. Explication.

La scène d'Iiorus sur les crocodiles n'a pas encore, à ma connaissance du moins, été expliquée .clairement; on a voulu V chercher un symbolisme ayant trait aux plus hautes

conceptions de la mythologie égyptienne; je crois que le problème est beaucoup moins compliqué. Ces petits monuments sont tout simplement des talismans que les Égyptiens plaçaient dans leurs demeures, ou transportaient avec eux, pour être à l'abri des animaux malfaisants. Un grand nombre des petits monuments répandus dans les musées ont dû avoir un usage analogue.

L'emploi de ces sortes de talismans remonte fort avant dans le Nouvel-Empire; peut-être même est-il beaucoup plus ancien encore. Mais, en ce qui touche spécialement les stèles d'Horus sur les crocodiles, je ne crois pas qu'il en existe d'antérieures à la XXVP dynastie; presque toutes sont des basses époques, ce qui explique la grande incorrection de leurs légendes.

La scène figurée sur ces monuments en montre bien la puissance magique : un enfant nu foule aux pieds les crocodiles et maîtrise sans effort les lions, les serpents, les scorpions et les animaux à cornes; par son attitude tranquille et sa figure souriante, il semble se jouer des efforts de ses redoutables captifs. C'est précisément cette sécurité que le talisman devait procurer à ceux qui le possédaient.

Cette puissance magique était l'effet des formules qui accompagnent la scène; on en trouvera la traduction plus loin. Pour le moment, je me borne à faire remarquer qu'elles suivent la marche que j'ai indiquée dans mon explication du Papyrus magique Harris. Elles se composent de trois parties distinctes:

1° Une invocation à la divinité dont on veut emprunter le pouvoir ;

2® La mention de quelque fait mythologique dans lequel ce pouvoir s'était manifesté; ces mentions sont surtout puisées dans les événements de la guerre d'Horus et d'Osiris contre Set;

3^ Enfin, une injonction indiquant leffet magique à produire.

Dans les stèles d'Honis sur les crocodiles, le dieu invoqué est le vieilli gai rajeunit à son heure, le vieillard qui redevient enjant: On sait que c'est le dieu soleil qui est ainsi désigné par des textes nombreux. Dans Tune des inscriptions du temple d'Edfou, publiées avec tant de soin et de zèle par M. Dûmichen, ce dieu est appelé : vieillard le soir, enfant renouvelé le matin \

Pour ce motif, la vie humaine a été comparée par les Égyptiens à la course diurne du soleil; chaque homme, après sa mort, était, comme cet astre, précipité dans les profondeurs de l'occident, et, comme le soleil aussi, il devait, s'il ét^it justifié, se lever semblable au jour renaissant.

L'arrivée à l'occident, c'était la mort; les heures, que précédaient immédiatement l'occultation de l'astre, formaient la vieillesse du soleil, que l'on assimilait symboliquement à la vieillesse chez les humains.

C'est pour ce motif que le dieu enfant le matin et vieillard le soir est figuré, sur nos monuments, avec sa double face ; cette tête énorme et grimaçante qui surmonte la scène, c'est celle qui remplace chaque soir la tète juvénile du dieu; il ne s'agit ici ni du dieu Bès, ni d'aucun autre dieu que d'Hor us-Soleil lui-même, cet Horus qui n'est autre chose que le soleil pendant sa course diurne, et que les Grecs avaient assimile à Apollon*.

La vieillesse, môme celle des dieux, est ordinairement représentée sous la forme d'un vieillard très courbé, appuyé sur un bâton qui soutient sa marche. Mais, dans les stèles d'Horus sur les crocodiles, le personnage du dieu n'est pas dédoublé; sa jeunesse seule est représentée sous la forme humaine complète, sa vieillesse n'est indiquée que par la tête du vieillard.

Pour bien faire sentir le contraste, les artistes égyptiens

1 • Dûmichen, Alt. Temp, Inschr,, 1. 1, pL 34. 2. Hérodote, liv. II, chap. clyi.

semblent avoir cherché à atteindre Tidéal du grossier et du laid, pour l'opposer à la grâce souriante et enfantine. L'examen de quelques-uns de nos monuments prouve qu'ils y ont souvent réussi \

Malgré leur respect pour les vieillards, les Égyptiens se représentaient l'âge caduc sous des couleurs bien tristes. Je rappellerai ici le sombre tableau qu'en trace le Papyrus Prisse :

(( Voici le chef devenu vieux; l'infirmité est survenue; » la décrépitude a remplacé la fraîcheur; la faiblesse tient » (l'homme) étendu chaque jour; les yeux se rapetissent; » les oreilles deviennent sourdes; le courage est usé; plus » de calme au cœur; la bouche se tait, elle ne parle pas; le » cœur s'amortit, il ne se souvient plus, il manque de la » dilatation de la joie; ce qui est beau devient laid; tout » goût s'éloigne. Ce que fait la vieillesse de l'homme est )) haïssable en toute chose ; le nez s'en va, il ne respire plus, » d'épuisement. »

On voit que le vieux moraliste du temps des pyramides a chargé aussi fortement son pinceau que les auteurs de nos monuments relativement modernes; ce qui caractérise la vieillesse dans la description comme dans le symbole, c'est l'altération profonde des traits; ce qui est beau devient laid; c'est ainsi que la gracieuse figure du jeune Horus se transforme, pour représenter la vieillesse du dieu, en un masque hideux.

§ 4. Légendes.

Il existe deux formules différentes. L'une et l'autre s'adressent au même dieu, mais sous des désignations différentes, et elles sont destinées à produire les mêmes effets.

1. Voyez notamment le n* 1049 du Musée de Leyde; Leemans, lor, laud,, pL 13, I A.

» Arrière I ne levez pas vos têtes, vous qui êtes dans les » eaux, lorsque Osiris passe devant vous pour se placer » dans Tattou.

» Son Œil est plus fort que vous !

» Son fils est sur son trône !

» Que vos bouches soient murées !

» Vos gosiers ^ transpercés I

» Arrière, toi, l'ennemi!

» Ne lève pas ta tête contre celui qui est sur les eaux.

» C'est Osiris le jour où il monte sur sa bari pour voir les » dieux de Kher, les seigneurs du ciel inférieur.

» Arrête ! pour être immolé ;

» Ne viens pas, crocodile Haou, vers Osiris qui est sur » les eaux, ayant l'Œil d'Horus auprès de lui.

» Renversez vos têtes !

» Soyez placés sur vos dos I

» Que vos bouches soient scellées par le dieu Phra !

» Que vos gorges soient transpercées par la déesse » SekhetM

)) Que vos langues soient coupées par Thoth !

» Que vos yeux soient aveuglés par Hakou ' !

» Ces quatre grands dieux qui furent la sauvegarde » d'Osiris, de celui qui était sur les eaux\ »

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