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EXPOSE

Le 21 février dernier, les ouvriers terrassiers employés au creusement de la rigole de TArroux mirent à découvert un paquet de longues lames de silex taillé. Avisés de cet événement, MM. les ingénieurs du canal du Centre se transportèrent sur les lieux, recueillirent les objets trouvés, et constatèrent les circonstances de la découverte.

Le rapport dressé à cette occasion par M. l'ingénieur en chef doit naturellement servir d'introduction à la présente Notice. En voici la teneur :

« Le point où a été faite la trouvaille de douze fers de )) lance en silex taillé (neuf ont été remis aux ingénieurs, » trois ont été brisés ou détournés par les ouvriers) est situé » entre TArroux et la route de Digoin à Gueugnon, à » 320 mètres environ de la rivière, à 130 mètres environ

1. Publié sous le titre Les Silex de Volgu (Saône-et-Loire), Rapport à la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône, par F. Chabas, 1874, in-4% Chalon-sur-Saône, imprimerie et lithographie de J. Dejussieu, rue des Tonneliers, n* 5, 24 p. et 4 pi., dont deux en héliogravure.

» de la route, en amont des bâtiments de la ferme de » Volgu, commune de Rigny.

» C'est en ouvrant une tranchée de 4 à 5 mètres de pro- )) fondeur, au pied d'un faible coteau, que la pioclie a mis )) à découvert, à 1 métro seulement au-dessous de la surface » du sol, le précieux dépôt qui y avait été laissé ou enfoui » il V a bien des siècles. En cet endroit, le terrain actuel est » à environ 11 mètres au-dessus de Tétiage de TArroux, et » par conséquent les silex se trouvaient à environ 10 mètres » au-dessus de cet étiage. Malgré cette hauteur, la grande )) masse de la tranchée de Volgu ne traverse que des l)ancs » de gravier et des bancs de sable, qui sont évidemment )) des terrains diluviens anciens; mais la partie supérieure, » celle dans laquelle a été faite la trouvaille, est formée de )) sables argileux plus ou moins aquifères, et il se pourrait » qu'elle appartint à des alluvions plus modernes proveï) nant des coteaux supérieurs.

)) Dans le talus mis à nu par les fouilles, le terrain est tout ù à fait homogène à l'emplacement de la trouvaille, c'est- )) à-dire que rien n'y indique qu'à une époque quelconque » il y ait eu en ce point une station, un foyer, ou même » une excavation artificielle ultérieurement comblée.

» Les silex ont été trouvés placés côte à côte sur leur )) tranche et non à plat, mais légèrement inclinés ; ils for- )) maient un paquet disposé dans sa longueur selon la » direction qu'a suivie la tranchée. Ils étaient si serrés les » uns contre les autres, a déclaré le chef de chantier, qu'il » n'y avait pas plus d'un millimètre de limon entre deux » lames contigués; la terre qui entourait le paquet était » fort adhérente, et il a fallu, après avoir essayé de la laver, » l'enlever avec une lame de couteau, comme on enlèverait, )) a dit le surveillant, une couche de rouille sur un mor- » ceau de fer ; sous l'effort de la lame de couteau, la terre » s'est détachée d'un seul coup comme une pellicule.

» Sur le même talus, à la même profondeur de 1 mètre.

A VOLGU, PRÈS DIGOIN 411

» et à 3 mètres seulement de distance (en aval), on a trouvé » deux débris d'une meule romaine, en lave de Volvic, se )) raccordant parfaitement entre eux et formant environ la » moitié de la meule. Ces deux fragments ont été conservés » pour rester avec les silex.

» Enfin, on a trouvé aussi, exactement dans les mêmes )) conditions, plusieurs débris de poterie faite au tour et » quelques morceaux de briques qui seront également con- » serves. On n'a d'ailleurs rencontré dans les mêmes fouilles » aucune trace de métaux, ni d'os d'animaux.

)) Dans la localité on rencontre à la surface du sol une )) grande quantité de silex taillés par éclats, tels que cou- )) teaux, grattoirs, pointes, etc. Toutefois, les lames de )) Volgu ne semblent pas dépendre des mêmes dépôts, et » il ne paraît pas qu'il y ait beaucoup de chances d'en trouver » d'analogues en faisant de nouvelles fouilles. Cependant, )) quand on songe qu'on n'aurait pas rencontré le paquet de » silex si Taxe de la rigole eût été reporté seulement de » 0™ 50 du côté de la rivière, on peut être tenté de pro- » longer encore la fouille du côté du coteau. »

A ce rapport se trouvaient joints :

1° Une carte de la localité, comprenant tout le tracé de la rigole de l'Arroux et l'indication des points où des trouvailles archéologiques ont été faites ;

2° Le profil en travers de la tranchée, à l'endroit où était enfoui le paquet de silex (voir pi. I).

A la nouvelle de cette découverte, notre honorable viceprésident, M. Jules Chevrier, en sa qualité de directeur du Musée de Chalon, s'est mis en rapport avec MM. les ingénieurs pour obtenir que les objets trouvés fussent conservés dans le Musée de la ville qui est le siège de l'administration supérieure du canal du Centre, et il offrit, tant au nom du Musée qu'en celui de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône :

1° De subvenir à toutes les dépenses nécessaires pour

412 DÉCOUVERTE d' ARMES lEI^ SILEX

indemniser les ouvriers et les agents qui ont concouru à la trouvaille ou pourvu à la conservation des silex, et pour couvrir les frais d'emballage, transport, déplacement, etc.

2° De rédiger et de publier un nri<5^moire détaillé sur la découverte, et de faire mouler los silex, tant pour les bureaux du Canal que pour les Sooîétés savantes qui pourraient désirer en posséder des fac-similés.

Sous la condition que les silex ser-aion.t délivrés au Musée de la ville de Chalon-sur-Saône -

Ces propositions ayant été agrééos, la Société d'histoire et d'archéologie les a validées par son. vote, et elle a aussitôt chargé une Commission de deux membres d'examiner le lieu de la découverte, en vue de rocneîllîr tous les renseignements possibles et d'étudier la. question d'opportunité de nouvelles recherches.

C'est pour remplir cette mission qxxe, M. Henri Batault et moi nous nous sommes transportés, le 7 mars courant à Yolgu M. l'ingénieur en chef ^.x o^nal du CeutTeTa; bien voulu nous accompagner. "Vr-kî^î i ^ v/cu"c d,><iu observations : ^^^"^ *« '"^«""^^ ^« "°«

DÉTAILS TOPOGRAPHIQU^Q ï=.-»,

*^*' OÉO LOGIQUES

Le hameau de Volgu est sitvaé limite la plaine formée par les a.11^^ -^ ^^ coteau qui environ trois cents mètres dix ^^ *^^vions de T Arroux, à coteau, qui s'élève près de La A^iu ^® ^"® rivière. Ce

de 291 mètres, n'offre dans tovx-^^^^^ jusqu'à l'altitude pentes assez douces ; il est cou j>^ ^^ ®^^ étendue que des

ravin profond, au fond duquel oovii ^^^* de Volgu par un d'eau dont le débit va se perdro d/^ encore un mince filet

Le terrain consiste en sables atr*^-^^ l'Arroux.

d'origine granitique, mélangés d^ ^^yix, graviers et détritus sions variables, qu'on exploit^ ^^^^^Houx roulés de dimen-

sions variables, qu'on exploit^ t^^^^

routes. Les gisements principa»vx:x ^c>vir Tempierrement des

^ Ces galets sont sur les

A VOLGU, PRÈS DIGOIN 413

hauteurs du coteau, où on les trouve en abondance à la surface du sol ; plusieurs carrières sont aussi ouvertes audessus de Volgu, près de la route, et même au-dessus du talus d'escarpement. En cet endroit, la couche qui les fournit a plus d'un mètre de puissance. Actuellement les fouilles pour le creusement de la rigole se font encore à Volgu même, et M. Tingénieur en chef nous a fait remarquer au fond de la tranchée l'existence d'une couche de ces mêmes cailloux, tandis que dans les fouilles du terrain supérieur on n'en a rencontré qu'en très petit nombre et dans des dimensions moindres.

Ce terrain est évidemment do formation clysmienne; mais depuis le dépôt qui s'en est formé sur la fin de l'époque tertiaire, il a été lavé et raviné de telle sorte que des matériaux meubles sont venus se superposer aux gros galets vers le bas du coteau. Ainsi pourrait s'expliquer la couche de sables argileux, puissante de 4 mètres 50, qui recouvre les galets dans la tranchée de la rigole. Cette couche, quoique composée en grande partie de matériaux tertiaires, est donc très vraisemblablement de formation plus moderne, mais, dans tous les cas, elle se trouve comprise dans le terrain quaternaire. Du reste, lés définitions géologiques ont peu d'importance au regard de notre objet spécial ; nous n'en parlons que pour bien établir les conditions du terrain dans lequel ont été trouvés les silex à 1 mètre de profondeur ^ .

Nous n'avons remarqué, parmi les silex roulés de la localité, dont des millions de spécimens sont entassés sur la route, brisés en fragments tels qu'on les répand pour l'empierrement, aucun échantillon de nature à être comparé,

1. Au point de vue géologique, la localité est très intéressante ; le terrain que nous avons décrit repose directement sur le grès qui recouvre le terrain houiller. Ni les formations secondaires, ni une partie des couches tertiaires n'y sont représentées. Le savant Ch. Lyell y aurait trouvé une confirmation de ses idées sur la non-universalité des formations.

414 DÉCOUVERTE d' ARMES El>î SILEX

pour la texture et la transparence, aut sîle-x des lames de Volgu. Tous sont opaques, anguleia:»^, remplis de cavités formant parfois géodes, et quelquefois romplîes de nodules de silex cristallisé en pointes et div^or-soment coloré; tous sans exception sont enveloppés de la or-otito grise de texture grossière qui est caractéristique dos silex de la craie; souvent un petit silex plus ou moins rond est empâté dans un plus gros; quelques-uns ont des xones rubanées concentriques, de courbes variées, dont les plus centrales indiquent assez exactement les formes génér-ii.les du galet entier'- Cette observation pourra être utilisée i>oVir l'étude de ^'^ formation de ces silex, dans lesquels on peut souvent observer la silice à différents états do to^^ture et de nuance agglomérée autour d un noyau central .

Le point essentiel à noter, c'est rivio 1*-*.=^ i j t- i

y^ 4. .. . .,,. . , M i*^*^' los lames de \olgu

nont pu être taillées dans le silex do i-, i i-.. .

t .f j ^ j 11 ^*^ localité, qui ne

fournit pas, du reste, de blocs asso>- r-r^^^-^ . \^\

permettre l'enlevage de Urnes l„„g„o« d^ àe^T «%E^tt

mètres. *^ ^^ ^^"^^

CIRCONSTANCES DE LA TROUVAILLE ET rfcï=»^^

'^EISORU^TION 13ES S11.^X

Le lieu où le paquet de silex avî^it '^ • pied du coteau (en A de la carte) est, o ^ déposé vers le dit, à dix mètres au-dessus de l'c^tiiT^^ei V^^^^^^^s Tarons environ six mètres au-dessus du point ci^ * ^ 1 Arroux et à d'iiui les hautes eaux de cette rivièi-o, r^ ^ '^'teignent aujourqu'à Tépoque de leur enfouissement l*c^^, P^ut en conclure localité n'était pas sensiblement dîff^^^ géologique delà

aujourd'hui. C'est grâce à leur asseix\l;>|. ^ ^^ ^^ qu'il est leur position presque verticale dans i^ ^^ ^^ faisceau et a et fragiles lames ont dû leur étonnais te^ ^ol que ces minces circonstance prouve suflfisamment qii'H ^^^^^^^^vation. Cette accidentelle, mais enfouissement int^xx-t* ^ ^^ non pas T)erte qui devaient être d'un grand prix à rotj>^^^^^l de ces objets

^^^, vu leurs dimen.

A VOLGU, PRÈS DIGOIN 4l5

sîons exceptionnelles et la perfection de leur fabrication. Si les lames eussent été posées à plat, le poids seul du terrain superposé aurait suffi pour les rompre. Elles nous sont parvenues fralclîes, . sans patine, sans frottement, âpres au toucher comme le silex fraîchement éclaté. La terre qui les enveloppait s'était introduite dans leurs intervalles et les avait préservées de tout contact étranger. La terre même du sol ambiant, qui contient une argile grasse, a pu suffire pour procurer ce résultat. Du moins, le surveillant des travaux, qui a débarrassé les silex de leur gangue, nous a affirmé n'avoir pas constaté dans cette gangue de particularités de nature à la faire présumer d'une autre origine.

L'endroit où ont été trouvés les fragments de meule ^ et les fragments de poterie, dont deux seulement sont figurés sur notre planche IV*, est à trois mètres au plus du gîte où étaient les silex (le surveillant dit même seulement 2™ 50), et à la mémo profondeur de 1 mètre au-dessous du niveau du sol. Sur ce point et sur une longueur de quatre ou cinq mètres se produisent dans cette berge des suintements abondants, qui, au moment de notre visite, avaient détrempé la surface de la banquette et occasionné quelques éboulis. Pour répondre aux intentions de la Société, nous fîmes abattre sur environ huit mètres de longueur le talus de la banquette, de manière à explorer le terrain au droit des lieux du dépôt des silex et de la meule, et à au moins deux mètres au delà, en amont comme en aval. Cette exploration n'amena sous nos yeux aucune trace archéologique. La pioche n'abattit que le sol naturel, dans lequel se rencontrèrent deux fragments bruts de silex roulé et un petit éclat de silex blond, de taille douteuse, qui avait pu glisser du sol supérieur où se rencontrent quelques rares silex taillés.

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