POUR DIANE
Jeleconnois enfin, adorable inhumaine, Je perds en vous servant el mon temps el ma peine; D'un amour sans pareil j'ai beau me coïKnmier, Votre eœiu", ma Philis, n'est pas fait p.oiir m'aimer. Unautre plus heureux, moins amoureux peul-être, Trouvera le secret de s'en rendre le maiire : Oui, ce cœur insensible à mes tendres soupirs, Succombera peut-êlre à de foibles désirs. Que dois-je devenir, (pic faut-il que je fasse? Vm l'état où je suis, consei. lez-moi de grâce. Où mon csprii flollanl se doil-iî arrêter? .le ne puis vous flécinr, je ne puis vous (piitler. L'.t toutefois enfin ii faut bien l'un ou l'autre, Ou me rendre mon cœur, ou me donner le vôtre. Amour d'iu) même nœud ne peut-il nous lier? Mais non, !i'y pensons pins, il fai\l vous oublier. Il faut, il faut songer à g'.iérir ma mémoire De l'aimable poison que vos yeux m'ont fait boire.
I! faut (1c mon esprit les bannir, ces beaux yeux;
11 faul bannir encor ce ris si gracieux,
Celle bouche, ce leint, celle gorge d'albâlre,
Dont depuis six moissons mon cœur esl iiloiàlre.
Oui, divine beauté ([ui me siUes charmer,
Il faul faire un efTort pour ne plus vous aimer.
0 dieux! que cet elîbrt me sera difficile!
Et je ne doute pas qu'il ne soit inutile :
Mais si mon triste cœur revient jamais à moi,
Il ne rentrera plus sous l'amoureuse loi:
Rebuté pour jamais d'aller de belle en belle,
i.e res!e de mes jours il me sera fidèle :
Il ne nourrira plus d'inutiles désirs,
F,l fera trêve eufiu avec(|ue les soupirs.
Pour vous, le ciel vous garde une auire destinée,
Philis, i! vou^s réserve aux douceurs d'hyméuée '.
Puissiez-vous y trouver mille conleutemenls,
Et que pour vous les jours ne soient quedes moments.
Donc un heureux époux vous tiendra dans sa couche.
Sans cesse il pâmera sur cette belle bouche,
Et sa main téméraire, et son indigne main,
Osera profaner les lys de votre sein.
0 loi qui dois jouir de ces chères délices,
Qu'as-lii fait aux deslins pour l'être si propices?
1 11 est évident que cette élégie fut composée lorsqu'on se préparoit à marier Mademoiselle de Joyeuse.
Fut-il jamais anianl plsis forlinié que loi? Posséder ce Irésor, c'est être plus qu'un roi. MaPlii!is,si le oicl eiU joint nos deslinces, Et sous un même joug asservi nos années, Que j'eusse eu de respect pour vos divins appas! J'aurois baisé, je crois, la trace de vos pas; Toujours mes humbles vœux vous eussent révérée; Si vous l'eussiez voulu, je vous eusse adorée. Votre volonté seule eût réglé mes désirs; Le plaisir de vous plaire eût fait tous mes plaisirs. Et par mille beaux vers les filles de mémoire Auroienl de nos amours éternisé la gloire. Mais je n'apprendrai pas à la postérité Ni mon malheur, Pliiiis, ni votre cruauté. Cependant à mes voeux soyez douce ou rebelle, Rien ne peut m'empêcher de vous être fidèle.
STANCES
FOUP. LE MARQUIS Î)E LR>ONCOUnT^
Faut-il que je vous quitte, et qu'un cruel devoir Me prive si longîemps du plaisir de vous voir, Beauté dont mon anie est ravie?
1 Poésies choisies de Sercy, t. v, p. 315.
40 POKSIES
Que mon aslre me voU d'iiii œil p'i'iu de courroux ! Avei; bien moins d'eiTorl jequilleroisla vie Que je ne m'éloigne de vous.
Vons qui brûlez des feux dont mon cœuresl épris, Que vons êles b.enreux ! vous pourrez voir Iris,
Tous les soirs vons irez chez elle.
Vous n'en obtiendrez pas l'heur où vous aspirez, Et toujours vos désirs la trouveront cruelle;
Mais pour le moins vous la verrez.
Estimez connue il faut un liien si précieux. Pour moi, je ne ^aispas de plaisir sor.s les cicnx
Que je compare à celte joie.
Jamais de voir Iris mes yeux ne sont lassés : A loi'.lc heure, en tons lieux, encor que je la voie,
Je ne la vois jamais assez.
Pour un an, toutefois, je songe à la quitter; Mais vouloir de ces lieux si longtemps m'absenicr,
ÏN'est-ce pas une erreur oxîrcmc?
0 Dieux! qu'un an d'absence e.4 long jiour un anianl, Loin de celte beauté, l'aimant comme je l'aime,
Peut-on vivre un jour seulement ?
Non, cela ne se peut ; vons avez trop d'appas, Iri<, et je sais trop, quand je ne vous vois pa^, Combien je souffre le martyre.
DE MAucnoix, 41
Si jevous perds un an, je vous iterds pour loiijoiirs, C'est fait (Je moi sans doule, el vous pouvez bien dire ; A.kidon a fini ses jours.
ÉPIGRAMME
Ce petit noble, ou soi-disant, Tait grandement le suffisant, Et nul ne le vaut, ce lui semble.
Quant à moi, je ne pense point Qu'on puisse être un sot de tout point Jusqu'à ce (pie l'on lui ressemble.