DAPHNIS, TIRCIS
TIRCIS
Dapliiiis, de nos hameaux l'ornement et la gloire, Ton bonheur est si grand qu'à peineon b; peut croire! On diroit que l'orage épargne les guérols ; Tes greniers sont comblés des présents de Cérès; Pomone en les vergers fait régner l'abondance ; Tes vignes n'ont jamais trompé ton espérance ; El jamais dans nos prés tes heureuses brebis N'ont assouvi des loups les gioulons appétits : Enfin la belle ii is, la compagne fidèle, A quitté pour toi seul le titre de cruelle. Quand, laissantànos chiens le soinde nos troupeaux, Nous dansons sur le soir au son des chalumeaux,
Hfi POÉSIES
F.sl-il une bergère en toute la prairie Qui (l'iin jneil si léger foule l'herbe fleurie? Pour elle nos bergers poussent de vains soupirs, El fatiguent leurs cœurs d'inutiles désirs. ]\Iais, lorsque de ses airs la douce violence Interrompt de nos bois le paisible silence, Les oiseaux éveillés, attentifs à ses chants, Prêtent sans la troubler l'oreille à ses accenls ; Les ruisseaux pour l'ouïr ralenlissenl leur course, Et semblent à regret s'éloigner de leur source. Berger, heureux berger, l'amour des immortels, Peux- tu de trop d'encens parfumer leurs aulcls? Tant de félicités accompagnent la vie, Qu'un dieu même auroit droit de le porter envie.
Il est vrai que mon sort, même parmi les dieux, !Me peut avec raison faire des envieux. Tout cède à mon bonheur ; les douces destinées Ne mêlent que de l'or au fil de mes années. J'aurois plus tôt compté les muets habitants Que la Seine renferme eu ses flots inconstants, Que je ne complerois les plaisirs, les délices, Dont la fidèle Iris a payé mes services.
TIRtlS.
Je nfisiii; pas, Daphiiis, envieux de ton bien; Mais, hélas! (|uc mon sort n'esl-il pareil au lien?
J'aurois plutôt compté le nombre des arènes Qui bornent de la mer les écumeuses plaines, Et de combien de feux brille le firmament Quand le jour est caché sous l'humide élément, Que je ne comiiterois les travaux, les supplices, Dont l'ingrate Diane a payé mes services.
DAPHî^IS.
Quoi! ton cœnr persévère en ses vaines amours?
Oui, j'aime encor Diane, eî l'aimerai toujours. On verra le soleil naître au rivage more, El terminer son cours sur les champs de l'aurore, Avant (pie je l'oublie, et qu'un autre vain(pieur Sous le joug amoureux asservisse mon cœur.