‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 154 sur 204 · DEPUIS MARQUISE DE RUTHELIN · texte numérisé non relu

DEPUIS MARQUISE DE RUTHELIN

Je vous rends grâces du tonneau ; Je n'en vis jamais un si beau;

Nos tonneliers de la Couture,

Si savants en architecture,

Un tel n'en feroient en dix ans;

Plutôt prendroient la lune aux dents.

Quant au magnifique rosaire,

Je le dirai, c'est chose claire,

Avec grande dévotion,

A votre bonne intention ;

Mais si ce n'est cette semaine.

Vous attendrez bien la prochaine.

Madame, au reste, dites-nous,

Quand on s'aperçoit qu'un époux

Soigneusement ôle et s'arrache

Tous les poils blancs de la moustache,

Qu'à sa femme il fait les doux yeux,

Lui tient maint propos gracieux ;

En bonne foi que signifie

Une pareille prophétie ?

Par respect, je ne dirai point

Ce que je pense sur ce point,

Car à dame de conséquence

On ne dit pas ce que l'on pense.

Mais enfin vous trouverez bon

Qu'à telle fin que de raison,

De bonne heure l'on vous fournisse

De berceau, langes et nourrice ^ ;

1 C'étoit une tromperie, la nourrice étoit une poupée. (Note du manuscrit.)

Et vous, dans neuf mois au plus lard, Vous nous fournirez de poupard.

(lependant recevez l'hommage De noire aimable voisinage; Malgré vos parlements soudains, Chacun vous y baise les mains ; On vous estime, on vous honore, Peu s'en faut qu'on ne vous adore.

yota. Les vers ci-dessus ayant été faits et écrits, un mois après l'on y ajouta les suivants en envoyant la nourrice, qui s'étoit fait un peu attendre.

LU

A LA MÊME

Encor que nous soyons des gens A vrai dire un peu négligents, N'en faites point de raillerie, Mais considérez, je vous prie, Qu'on ne doit rien précipiter ; Qu'on perd tout pour se trop hàlcr; Etqu'il faut, en bonne justice, Du temps pour faire une nourrice; Quelques-uns y mettent neuf mois, Quelques-uns des ans plus de trois.

Un seigneur qu'on ne nomme mie^

Dont la femme esl fort votre amie,

Depuis long-temps fait son devoir

D'y travailler matin ou soir ;

El pourtant, raaliieur qu'on déplore I

Nourrice n'a pu faire encore.

En un lieu fort proche d'ici,

On vous fit faire celle-ci ;

Mais comme elle est d'humeur civile,

El d'un ahord assez facile,

Prenez garde qu'un marjolel

Ne chifïbnne son bavolet,

El ne vienne troubler le lait.

Adieu, je suis votre valet.

A LA MÊME

Vous pourriez bien vous repentir De n'avoir pas daigne venir A noire incomparable foire, Digne d'avoir place en rhistoire;

1 Modiimo de Berieui u'iauit point (reniants.

Car depuis plus de dix prinîeaips

On n'y vit tant de belles gens.

La jeune beauté de campagne,

Avec l'amant qui l'accompagne,

En ses magnifiques atours

S'y vient promener tous les jours.

On y voit des gens à panaches,

Des cochons, des chevaux, des vaches;

On y vend pain, vin, clous, lacets,

El même de fort bons sifflets.

Pour faire honneur à notre fêle.

Vous saurez qu'une étrange bête

D'un pays qui n'est pas trop près

Est venue ici tout exprès;

Diriez -vous bien comme on l'appelle?

Est-ce un lion, mâ'e ou femelle?

Sans vous tenir le bec en l'eau,

Madame, on l'appelle un chameau;

C'est une bête fort bossue,

Elle a plus long col qu'une grue,

Son poil est tirant sur le gris;

L'animal est des mieux appris,

Il fait fort bien la révérence,

Il ne s'en faut rien qu'il ne danse :

Et même l'on tient pour certain

Qu'il parlera bientôt lalin.

Si Dieu, par sa miséricorde, N'assiste nos danseurs de corde,

DE JIAUCROrX. 147

Ils ne feront pas de vieux os, Encore qu'ils soient bien dispos < ; Ils font cent tours el cent gambades, Se donnent doubles estrapades:

Enfin l'on diroit à tout coup Qu'ils s'en vont se rompre le cou.

Surtout une femme y fait rage ; Elle danse vêtue en page, Sans quoi, comme la corde est haut, On pourroit voir plus qu'il ne faut ; Arlequin est près de la belle, Il veut, parfois, danser comme elle, Mais le butor n'y connoit rien.

Et fait mal ce qu'elle fait bien.

Au reste, ses bouffonneries Et ses froides plaisanteries 2 Font bien rire les villageois Et souvent aussi nos bourgeois.

Mais comme souvent l'allégresse Amène après soi la tristesse, Je crois qu'après ces passe-temps J'aurai bien de mauvais moments, Car P...., la mère et la fille, Avecque toute leur famille,

1 Ma foi, je les trouve en danger

De ne pas longtemps pain manger.

[Texte /raidi.) •2 Ce vers est passé dans l'édition Walck.

148 POÉSIES rtE MALCROIX.

S'en vont quitter notre cité, Et passer aux ciiamps tout l'élé '.

J'en suis en grande déplaisance; Pour la mèreencor, patience, Peut-être on s'en consoleroit; Mais de la tille on ne sauroit.

Quand je pense à celte aventure, En conscience je vous jure.

Illustre dame de Berieux, Que j'en ai les larmes aux yeux.

Mais coniiiie Ip «U-slin encbaine Ici ha.s le Ijieii et lit peine, Tous ces passp-teni|>s en plaisirs Nous vont laisser bien «les soupirs;

Caf P la mère el la fille

S'apprêtent à quitler la ville

Et vont à C demeurer

Tant que l'esté pourra «liuvr.

[■Jcrti' Ifdirk.)

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