‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 156 sur 204 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE BARON , LA VESPIÈRE , M""' DE LA VESPIÈUK. lA VESPJÈRE.

Est-ce toi, cher baron ?

LE BVROIV.

Ton serviteur, ma loi:

la Vespière, je viens dîner avecque loi.

LA VESPIÈRE

Tu sois le bien venu ! mais pourquoi me surprendre. Baron? tu me devois avertir de l'attendre : De te bien régaler j'aurois fait mon devoir.

LE BARO>

Tu te moques, mon cher, je ne viens que te voir.

LA VESPIÈRE

Ma femme est-elle là ? La voici qui s'avance, Et qui le vient, mon cher, faire la révérence.

LA DAME

Vramient, monsieur, vraiment, pourquoi venir si tard? Yraiment, c'est se moquer! vous n'aurez que du lard.

LE BARO?f.

Ah ! madame, on sait bien par toute la Champagne , Que l'on trouve chez vous le pays de Cocagne.

LA DAME au Baron.

Monsieur, permeltez-moi, pour un petit moment," De dire à mon mari quatre mots seulement.

(A son mari.)

Que ferai-je apprêter, monsieur?

LA VESPIÈRB.

Voici; ma chère, La fleur de nos amis, faites-lui bonne chère. Faites-nous préparer un bon cochon de lait. Un cochon bien rôti, voilà notre vrai fait.

LA DAME

Oui, mais où voulez-vous que j'aille vous le prendre? Nous n'en avons plus qu'un, qu'on n'a jamais pu vendre. Je crois qu'il est étique.

LA VESPÏÈRE.

Eh bien ! il le faudra Bien arroser de beurre : allons, il passera. De la cuisine enfin sur vous je me repose. Mais avec le cochon il fout quelqu'autre chose.

LA DAME

Nous n'avons que ce coq...

LA VESPÏÈRE.

Quel coq !

LA DAME

Notre coq, là, Qui tomba dans le puits hier et se néia.

LA VESPïÈRE.

J'ai peur qu'il ne soit dur.

LA DAME

Oh! point.

LA VESPIÈRE

Bien ! qu'on l'apprête ; Mais au moins coupez-lui les ergots et la crête. Peut-être pour chapon qu'on le fera passer.

LA DAME

Notre vin est au bas, en irai-je percer?

LA VESPÏÈRE.

■ Di bien, pour être au bas, faut-il, la ménagère, Percer un tonneau plein ? Qui boira la ])assière ? Tirez de la bassière ; eh ! monsieur le baron Le plus souvent chez lui n'en boit pas de si bon. Voilà mon ordre, allez.

l'Au baron.)

Je te demande excuse, Mon cher : que fais- tu là?

LE BARO:V

Tu le vois, je m'amuse A voir ton almanach.

LA VESPÏÈRE.

C'est le séjour d'Arras.

LE BARO:X

Un boulet y faillit à m'emporler le bras.

L\ VESPIÈRE

Un bigre d'Allemand, avec son grand panache, S'en vient d'un pistolet me friser la moustache. 11 ne s'en vanta pas, je le jiùns à 1 instant, Et vous tire, morbieu ! mon homme à bout portant. A quatre pas de là, je le vois qui chancelle, Et qui ne pouvoit plus se tenir sur sa selle. Le bigre, dis-je, en a tout ce qui lui en faut. Tête-bleu ! c'étoit là, mon cher, qu'il faisoit chaud ; Nos jeunes fanfarons, avec leurs mines fières, Ne parlent aujourd'hui que de leurs janissaires ; Mais s'ils s'étoient trouvés dans la plaine de Lens, C'est là î morbleu! c'est là qu'ils auroient vu des gens !

LE BAROIV.

Les Turcs pourtant font rage avec leur cimeterre.

LA VESPIÈRE

11 n'est rien pliis aisé qu'à les mettre par terre, Pincez-les brusquement quand ils lèvent le bras, Et laissez-les après jouer du coutelas.

LE BAROA.

C'est s'entendre, cela! tête-bleu! La Vespière, Vrai Dieu ! tu t'en démêle à la belle manière, Et suivant ton avis, je pense qu'en eflet Nos preneurs de Candie auroient bientôt leur fait.

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