SCÈNE PREMIÈRE
LE BARON , LA VESPIÈRE , M""' DE LA VESPIÈUK. lA VESPJÈRE.
Est-ce toi, cher baron ?
LE BVROIV.
Ton serviteur, ma loi:
la Vespière, je viens dîner avecque loi.
LA VESPIÈRE
Tu sois le bien venu ! mais pourquoi me surprendre. Baron? tu me devois avertir de l'attendre : De te bien régaler j'aurois fait mon devoir.
LE BARO>
Tu te moques, mon cher, je ne viens que te voir.
LA VESPIÈRE
Ma femme est-elle là ? La voici qui s'avance, Et qui le vient, mon cher, faire la révérence.
LA DAME
Vramient, monsieur, vraiment, pourquoi venir si tard? Yraiment, c'est se moquer! vous n'aurez que du lard.
LE BARO?f.
Ah ! madame, on sait bien par toute la Champagne , Que l'on trouve chez vous le pays de Cocagne.
LA DAME au Baron.
Monsieur, permeltez-moi, pour un petit moment," De dire à mon mari quatre mots seulement.
(A son mari.)
Que ferai-je apprêter, monsieur?
LA VESPIÈRB.
Voici; ma chère, La fleur de nos amis, faites-lui bonne chère. Faites-nous préparer un bon cochon de lait. Un cochon bien rôti, voilà notre vrai fait.
LA DAME
Oui, mais où voulez-vous que j'aille vous le prendre? Nous n'en avons plus qu'un, qu'on n'a jamais pu vendre. Je crois qu'il est étique.
LA VESPÏÈRE.
Eh bien ! il le faudra Bien arroser de beurre : allons, il passera. De la cuisine enfin sur vous je me repose. Mais avec le cochon il fout quelqu'autre chose.
LA DAME
Nous n'avons que ce coq...
LA VESPÏÈRE.
Quel coq !
LA DAME
Notre coq, là, Qui tomba dans le puits hier et se néia.
LA VESPïÈRE.
J'ai peur qu'il ne soit dur.
LA DAME
Oh! point.
LA VESPIÈRE
Bien ! qu'on l'apprête ; Mais au moins coupez-lui les ergots et la crête. Peut-être pour chapon qu'on le fera passer.
LA DAME
Notre vin est au bas, en irai-je percer?
LA VESPÏÈRE.
■ Di bien, pour être au bas, faut-il, la ménagère, Percer un tonneau plein ? Qui boira la ])assière ? Tirez de la bassière ; eh ! monsieur le baron Le plus souvent chez lui n'en boit pas de si bon. Voilà mon ordre, allez.
l'Au baron.)
Je te demande excuse, Mon cher : que fais- tu là?
LE BARO:V
Tu le vois, je m'amuse A voir ton almanach.
LA VESPÏÈRE.
C'est le séjour d'Arras.
LE BARO:X
Un boulet y faillit à m'emporler le bras.
L\ VESPIÈRE
Un bigre d'Allemand, avec son grand panache, S'en vient d'un pistolet me friser la moustache. 11 ne s'en vanta pas, je le jiùns à 1 instant, Et vous tire, morbieu ! mon homme à bout portant. A quatre pas de là, je le vois qui chancelle, Et qui ne pouvoit plus se tenir sur sa selle. Le bigre, dis-je, en a tout ce qui lui en faut. Tête-bleu ! c'étoit là, mon cher, qu'il faisoit chaud ; Nos jeunes fanfarons, avec leurs mines fières, Ne parlent aujourd'hui que de leurs janissaires ; Mais s'ils s'étoient trouvés dans la plaine de Lens, C'est là î morbleu! c'est là qu'ils auroient vu des gens !
LE BAROIV.
Les Turcs pourtant font rage avec leur cimeterre.
LA VESPIÈRE
11 n'est rien pliis aisé qu'à les mettre par terre, Pincez-les brusquement quand ils lèvent le bras, Et laissez-les après jouer du coutelas.
LE BAROA.
C'est s'entendre, cela! tête-bleu! La Vespière, Vrai Dieu ! tu t'en démêle à la belle manière, Et suivant ton avis, je pense qu'en eflet Nos preneurs de Candie auroient bientôt leur fait.