‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 168 sur 204 · A PHILIS · texte numérisé non relu

A PHILIS

Reviens, chère Philis; reviens, chère inhumaine ; Ton absence me cause une iiicroyal)le peine. Qui peut te retenir? pourquoi tant difrérer? Ne prc!uls-lu de plaisir ((u'à me désespérer? Je rêve incessamment,. je deviens solitaire. Pour vaincre mon chagrin, je ne sais plus que faire, C'est en vain qu'à Fieury je cherche des secours ; Ah ! j'ai beau m'éloigner, mon mal me suit toujours. Fieury, qui si longtemps m'avoit servi d'asile Contre les vains soucis qui naissent à la ville! On je bravois du sort la haine et l'amitié, Où le bonheur des rois m'a souvent fait pitié! Fieury, ce lieu de paix, ce séjour si tranquille, Philis, est contre vous un refuge inutile : Amour m'y fait sentir la rigueur de ses lois; Le cruel me poursuit jusqu'au fond de no3 bois. Hélas! ni les forêts, ni les prés, ni les plaines, Ne sauroienl dérober un amant à ses peines. Amour, que tu me hais d'un courage constant! Je t'ai si bien servi, pourquoi m'en veux-lu tant?

Quelle autre déité de la troupe immortelle Ai-je honoré jamais d'un culte si fidèle? De quoi, perfide Amour, mesaurois-tu blâmer? Depuis que je respire ai-je cessé d'aimer? Veux-tu donc que jamais je ne fasse autre chose? Hélas! n'est-il pas temps que mon cœur se repose? Mais, qu'ai-je dit, Amour ? garde bien de guérir Un mal qui m'est si cher que j'en veux bien mourir. 11 est vrai qu'à mes vœux Philis est inflexible ; Mais peut-être qu'un jour eile y sera sensible ; De tes feux tôt ou tard les cœurs sont enflammés; Les fidèles amants à la fin sont aimés, Et l'on voit rarement que la plus inhumaine Paie un amour constant d une constante haine. Dieux ! pourrai-je espérer que ma longue amitié Pourra peut-être un jour mériter sa pitié? Quoi! peul-étre qu'un jour j'entendrai ma déesse Me dire en rougissant : Tyrsis, je le confesse. On ne hait pas toujours ce qu'il faudroit haïr, Et souvent la raison se fait mal obéir. Ah ! qu'il est malaisé d'être toujours contraire A ces doux ennemis qui ne lâchent qu'à plaire; Qui par tant de respects attaquent vo^ esprits, Et qui savent aimer jusques à vos mépris ! Quand je vous vois, Tyrsis, je tremble, je soupire, Et je sens... Devinez, je n'ose von'> le dire. » Mais de quoi m'entretiens-je, insensé que je suis? De quels songes trompeurs flatté je mes ennuis?

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Sortez de mon esprit, adorables chimères ;

Vous plaisez, il est vrai, mais vous ne durez guères.

C'est ainsi qu'un berger, les yeux mouillés de pleurs, Aux échos de Fleury racontoit ses douleurs. Les nymphes des forêts plaignirent son martyre, Et blâmèrent Philis de n'en faire que rire.

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