SCÈNE PREMIÈRE
CAIUS
Non, leurs soins ne sauraient 1 arracher au trépas.
Toutes deux ont couru pour arrêter mon bras;
Mais il nVtait plus temps; et leur vaine assistance
A protégé trop tard sa funeste existence :
Il expire!... Je fais des efforls impuissants
Pour dissiper mon trouble et raffermir mes sens.
Sa voix et ses regards me poursuivent sans cesse!
D^oii naît cette terreur? d'où vient tant de faiblesse?
Je devrais m'applaudir du coup que j'ai porté ;
Et de ce souvenir je suis épouvanté !
Et, quand je prouve à Home un dévoûment extrême,
Je ne rencontre pas, en rentrant en moi-même*.
Ce doux contentement, ce calme bienfaiteur •
Qu'un mortel vertueux doit trouver dans son cœur!...
Ah! j*ai privé du jour un héros, un grand homme!...
Mais enfin son trépas était utile à Rome :
Qu*ai-je à me reprocher? quand ma main a frappe,
J'ai cru servir TEtit.... Si je m'étais trompé!
Si , voulant assurer la liberté romaine ,
J'avais trop écouté ma vengeance et ma haine !
Si , pour finir nos maux, les moyens que je prends
Apportaient dans ces murs des maux encor plus grands!.
Ah ! par quel mouvement étrange , inexplicable , Cherché-je ainsi moi-même à me trouver coupable? Non, je ne le suis pas!... Mon trouble, mon effroi Ne peuvent aujourd'hui déposer contre moi. Si je gémis du sort d'un héros que j'estime , Si je donne des pleurs à ma noble victime. Ce n'est point condamner mes généreux efforts : C'est la pitié qui parle et non pas le remords. Allons, à ma vertu cessons de faire outrage; Pour servir les Romains rappelons mon courage ; Et, d'un effroi honteux enfin débarrassé. Achevons sans retard ce que j'ai commencé. On vient !