‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 102 sur 363 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CAIUS

Non, leurs soins ne sauraient 1 arracher au trépas.

Toutes deux ont couru pour arrêter mon bras;

Mais il nVtait plus temps; et leur vaine assistance

A protégé trop tard sa funeste existence :

Il expire!... Je fais des efforls impuissants

Pour dissiper mon trouble et raffermir mes sens.

Sa voix et ses regards me poursuivent sans cesse!

D^oii naît cette terreur? d'où vient tant de faiblesse?

Je devrais m'applaudir du coup que j'ai porté ;

Et de ce souvenir je suis épouvanté !

Et, quand je prouve à Home un dévoûment extrême,

Je ne rencontre pas, en rentrant en moi-même*.

Ce doux contentement, ce calme bienfaiteur •

Qu'un mortel vertueux doit trouver dans son cœur!...

Ah! j*ai privé du jour un héros, un grand homme!...

Mais enfin son trépas était utile à Rome :

Qu*ai-je à me reprocher? quand ma main a frappe,

J'ai cru servir TEtit.... Si je m'étais trompé!

Si , voulant assurer la liberté romaine ,

J'avais trop écouté ma vengeance et ma haine !

Si , pour finir nos maux, les moyens que je prends

Apportaient dans ces murs des maux encor plus grands!.

Ah ! par quel mouvement étrange , inexplicable , Cherché-je ainsi moi-même à me trouver coupable? Non, je ne le suis pas!... Mon trouble, mon effroi Ne peuvent aujourd'hui déposer contre moi. Si je gémis du sort d'un héros que j'estime , Si je donne des pleurs à ma noble victime. Ce n'est point condamner mes généreux efforts : C'est la pitié qui parle et non pas le remords. Allons, à ma vertu cessons de faire outrage; Pour servir les Romains rappelons mon courage ; Et, d'un effroi honteux enfin débarrassé. Achevons sans retard ce que j'ai commencé. On vient !

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