ACTE V, SCÈNE II
TAlUft.
Il allait affermir le pouvoir du Sénat :
Aux dépeni( do ses jours j*ai dû sauver TÈlat.
CORNÉLIB.
Voilà donc la vertu que vous m'aviez promise ! Voilà par quels hauts faits Caïus s'immortalise! Vous voulez sur les grands venger leurs cruautés ?... Pouvez- vous les punir, vous qui les imitez?
CAÏUS
11 fallait assurer mes droits et ma victoire.
CORNÉLIE
Non ; il fallait périr et sauver votre gloire. Hélas! de mes enfants j'osais m'euorgueillir: l^ur honte maintenant sur moi va rejaillir. L'univers m'admirait, vous m'avez avilie ! Vous avez fait rougir le front de Cornélie !
CAÏUS
Moi, de honte et d'opprobre environner vos jours! Ma mère, pouvez-vous me tenir ce discours? Vous, qui pour le Sénat encouragiez ma haine; Qui du peuple par moi vouliez rompre la chaîne; Vous qui m'avez transmis dès mes plus jeunes ans L'amour de la patrie et l'horreur des tyrans ! Et lorsque j'affranchis ce peuple qu'on opprime, Quand je brise ses fers, vous m'en faites un crime ! Sans doute je n'ai pu frapper qu'avec terreur Le fils de votre frère et l'époux de ma sœur ; Mais enfin il fallait le priver de la vie , Ou sous le joug des grands laisser Rome asservie. Ah î j'ose interroger votre cœur généreux : I. 13
Oui , vous-même forcée à ce choix douloureux De finir tous nos maux par la mort d'un seul homme, Ou de trahir pour lui les intérêts de Rome , Parlez, qu'eussiez-vous fait?
CORKÉLIE.
Je l'aurais immolé :
La nature n'est rien dès que Rome a parlé. Mais par ce sacrifice, utile à la patrie, Ma gloire , ma vertu n'eût pas été flétrie. Un cœur tel que le mien jamais ne s'avilit. Je n'aurais pas été le frapper dans son lit , Sans témoins de mes coups, dans l'ombre, par surprise; Le jour eût éclairé cette illustre entreprise. Oui , fière de commettre un si noble attentat , J'aurais versé son sang au milieu du Sénat, Devant le peuple entier, devant toute la terre!
CAÏUS
Eh ! pouvais-je éviter la nuit et le mystère? Pouvais-je différer d'accomplir ce dessein ? Choisir l'instant, le lieu de lui percer le sein ? Le péril menaçait , il fallait se résoudre ; D'un retard imprudent rien n'aurait pu m'absoudre. Non, ma mère, Gaïus, digne de votre amour, Ne craint ni les dangers, ni la clarté du jour. Si j'ai porté des coups sans péril et sans gloire, Au milieu des hasards poursuivant ma victoire , Je vais , contre les grands et contre les Cretois , Défendre les Romains , la liberté , les lois. Soutenir une cause et si noble et si belle , Et sauver Rome enfin ou périr avec elle.