SCÈNE Xli
MORANVILLE, PLANTIN
PL A If Tl If.
Enfin nous sommes seuls; je brûle de savoir....
MORANVILLE.
Allons au fait. Ici vous avez du pouvoir ;
Et beaucoup dVlecteurs, guidés par vos lumières
Au collège demain vont suivre vos bannières. Mais vous savez qu'aussi mon nom a quelque poids; Et je peux disposer d'un grand nombre de voix.
PLANTIN
Plus l'obstacle est puissant, plus belle est la victoire.
MOIIANVILLE.
Sans doute. Mais, tenez, si voulez m'en croire, Nous nous réunirons contre le candidat D'un troisième parti qui s'apprête au combat.
PLANTIN
Comment l'entendez-vous ? expliquez davantage....
MORANVILLE.
C'est un arrangement tout à votre avantage.
PLANTIN
Nous allons voir.
Ici vous portez Duronnet; Il ne passera pas, s'il faut vous parler net. Eh bien ! entendons-nous ; c'est moi qui le protège , Et je le fais nommer d'emblée.... au grand collège, Si, de votre côté , vous unissant à nous. Demain mon candidat est appuyé par vous. Faites passer le mien , et je réponds du vôtre.
PLANTIN
Allons, monsieurplaisante,oume prend pour un autre. Moi, donner là dedans! vous ririez bien, je croi! Mais vous me prenez donc pour un novice! Eh quoi! Quand je vais triompher,quand j'ai pourmoi le nombre, J'irais lâcher ma proie, et courir après l'ombre ! Non , parbleu ! |)as si dupe î
ACTK 11, SCP.m Xll. U05
MORAUVILLE.
Ainsi vous refusez....
PI.ANTIW.
D*ailleurs voyez un piui ce que vous proposez.
Ou connaît mon humeur, je n*en fais pas mystère;
Moi, je Huis opposé toujours au Ministère;
C*cst ma règle ; et , changeant et de culte et d*autel ,
^aiderais à nommer un miniiitériel !
Ah!
moranvii.i.i.
Mais enfin, monsieur, qu'est-ce qui vous irrite? A voler contre nous quel motif vous excite ?
PlANTIff.
Que voulez-vous, monsieur? c'est mon opinion : De tout temps on m'a vu dans l'opposition. Des plus faihlos toujours j't-mhrasse la querelle; La minorité change, et je chunge avec elle. Je suis, comme (^ton , du parti des vaincus.
MOIIAXVII.LF.
Ce n*est pas la coutume.
PI.AXTIX.
Enfin, soins superflus.
Je vous le dis encor; chacun a ses maximes: J*ai contrôlé toujours, el sous tous le.s rt'gimes. Oui, quelque gouvernant qui nous donne la loi « Je suis opposant-né , c'est un U^soiii pour moi. Directoire, consuls, convention, empire.
Tant qu'ils ont existe, jVn ai fait la satire. La contradiction a pour moi des appas; Quoi qu'il puisse arriver , j'aime ce qui n'c^st pas.
Enfin , dans ma famille à mon gré tout prospère , Je suis heureux époux, heureux fils, heureux père; On m'estime, je suis et riche et bien portant, Je ne désire rien.... et je suis mécontent.
MÔRANVILLE.
Je vois ce qui vous blesse. A vos talents , sans doute. Des places, des honneurs on a fermé la route. Mais si vous nous servez en cette occasion , La carrière est ouverte à votre ambition.
PLANTIN
Moi ! de l'ambition ? C'est bien mal me connaître : T ai fait des députés , et n'ai pas voulu F être.
MORAIVVILLE.
Cependant, entre nous, n'est-il aucun moyen ?...
PLANTIN
Aucun; je ne suis rien, et ne veux être rien. Je hais les gens en place , oui , tel est mon système , Au point que je ne peux vous excepter vous-même.... Mais c'est du sous-préfet que je suis l'ennemi : Soyez destitué, je deviens votre ami.
MORANVILLE.
Ce serait payer cher cette faveur insigne.
PLANTIN
J'espère bien qu'un jour vous vous en rendrez digne.
MORANVILLE.
Ah! c'est trop....
PLANTIN
Brisons Li. Si vous avez tout dit, Je sors, car, je le crains, le souper refroidit.