SCÈNE XVI
MORANVILLE, LAURE, DORLANGE.
DORLANGE , au fond du théâtre.
Oui, madame Godard avait raison.
MORANVILLE.
Ainsi , Près d'un époux chagrin traînant chaque journée, A végéter ici vous serez condamnée ; Et , croyez-moi , l'ennui du malheur est voisin.
Je vous crois en effet; mais j'aime mon cousin.
MORANVILLE.
Mais si vous consentiez qu'un plus doux hyménée A votre sort enfin joignît ma destinée, Vous n'auriez pas le temps de former des désirs; Vos jours s'écouleraient comptés par les plaisirs. Je suis, avant six mois, sûr d'une préfecture : Vous avez votre hôtel, vos gens, votre voiture ; Et, quand je me prépare à de plus hauts emplois, La première partout, dictant partout vos lois. Vous goûtez le bonheur le plus doux de la vie , Le bonheur de briller et d'exciter l'envie. Tel sera votre sort ; qu'il vous décide enfin.
LAURE
Sans doute il me séduit; mais j'aime mon cousin.
MORANVILLE.
Ecoutez , et du moins songez h votre père.