FERDINAND, LOUISE
fi>:hdi!vand.
Enfin je te revoit!
LOUISE
C'est vous ?
FKRDI5AND.
Je vicos bien tard P
LOUISE
En effet.
FKRDIIfAIIO.
Ah! pardonne. Un funeste hasard....
Tu ne m*attendais plus?
LOUISE
Si fait , je vous \v jure.
De VOUS voir ce matin je devais être sûre; Vous me Paviez promis.
FERDINAND
Tu combles tous mes voeux.
J*ëcoute avec transport de si tendres aveux. Conserve-moi toujours la même confiance, Louise; de tromper j*ignore la science; Je t*aime, et de mon cœur rien ne peut te bannir.
LOUISE
Mais, dites-moi, qui donc a pu vous retenir?
Rien de bien effravant; rassure-toi, ma chère.
La comtesse d'Ostheim , liée avec mon père , A quittt^ pour les champs le tumulte des cours: Il a voulu la suivre; et, pendant quelques jours. Nous allons habiter sa maison de plaisance. J'y suis depuis hier. C'est une complaisance Que mon père exigeait, et j'ai dû consentir. Sans pouvoir t'en instruire il m'a fallu partir.
LOUISE
Est-ce loin ?
FERDINAND
Ici près, aux portes de la ville:
j)e te voir chaque jour il me sera facile.
LOUISE
Et quelle est cette dame ?
FERDINAND
Elle est veuve : l'on dit Qu'elle plaît fort au prince, et qu'elle a tout crédit. Elle joue à la cour un très-grand personnage. En courtisan adroit mon père la ménage : D'ailleurs elle est aimable, instruite , et, j'en convien^ J'admire ses talents , j'aime son entretien. A lui rendre des soins le président m'exhorte.
LOUISE
Elle est jeune?
FERDINAND
Vingt ans.
Jolie?
FERDINAND
Eh! que t'importe?
ACrE I, NCÈNE VIII. :»7
Ton cœur , qui te répond de ma fidélité , Par 110 soup^'on jaloux ne peut étro agité.
LOUISE
Oh ! non ; je vous estime autant que je vous aime.
FRRDINAND.
Louise!... mais doù vient cette tristesse extrême ? As-tu quelque chagrin ? parle-moi sans détour.
IXIUISB.
Mon père a tout appris, il connaît notre amour.
FERDINAND
£h bien, par ses conseils nous pourrons nous conduire. Moi-même, tu le sais, je voulais Ten instruire. Trop longtemps de nos vœux on lui fit un secret; £t, si je Tai souffert, ce ne fut qu'à regret. Miller est vertueux, je Taimc, je Thonore; Par lui notre bonheur va s'augmenter encore.
LOUISR.
Ah ! ne l'espérez pas ; non, j'ai vu sa douleur : A ses yeux notre amour est un affreux malheur; Il me croit réservée à rabaudoii, aux larmes.
FKRDINAND.
LOiriisE.
D'un tendre père excusez les alarmes.
Enfin il ne veut plus ici vous recevoir. Et de vous oublier il me fait un devoir.
FKRDIIiAND.
M'oublier ! m'oubher ! le pourrais-tu , Louist^ ? Non , ton cœur m'appartient , ta foi me fut promis<* ; Tu ne parviendrais pas à rompre nos liens.
Et le ciel a reçu tes serments et les miens. Va, je verrai Miller, il me rendra justice: Qu'il m'entende un moment, il nous sera propice; Il bénira des nœuds qu'il ne saurait briser.
LOUISE
Non, l'espoir d'être à vous ne doit plus m'abuser: Je ne jouirai pas d'un destin si prospère.
FERDINAND
Et quel obstacle encor.,..
LOUISE
Ferdinand, votre père !
FERDINAND
Mon père ?... il est trop vrai.... je ne puis le cacher... Mais son cœur m'est connu, je saurai le toucher. Compte sur mes efforts.
LOUISE
On le dit inflexible.
Les prières d'un fils le trouveront sensible.
LOUISE
Il apprendra bientôt, peut-être dès ce jour. Qu'une fille sans nom possède votre amour; Pensez-vous qu'il nous montre alors quelque indulgence? Sur moi, sur tous les miens déployant sa vengeance....
FERDINAND
Sur toi!... quel avenir viens-tu me présenter? Grand Dieu! s'il se pouvait!... lui ! te persécuter! Te poursuivre !.. Ah! crois-moi, s'il l'osait entreprendre. Si son cœur endurci refusait de m'entendre, S'il osait, m'exritant à trahir mon devoir.
ACrK I, SCÈKE Vlll. 39
Abuser contre toi du suprême pouvoir.... Il ne Tosera pas! non, il doit me connaître; D'un horrible secret il sait que je suis maître. ..