LA BARONNE, PAULINE, EUGÈNE, LE VICOMTE
PAULINE
Oui, monsieur, c'est affreux.
EUGÈNE
D'accord , mademoiselle.
PAULINE
Ne me parlez jamais. ^ ^
EUGÈNE. 1^
Tout comme il vous plaira.
Je ne veux plus vous voir.
\CTK i, 5CÊMK IV. 341
On t*eii consolera.
LA BARORfVK.
Qncsl-cc donc ? quavez-voui ?
PAULIN K
Vous Ten tendez, madame.
Ainsi , depuis une heure il déchire mon âme.
LK VICOHTK , k Ka^i-nc.
Mon ami, cest fort mal.
EUGKNE.
Ah ! toujours mepicr, Me contraindre sans ces^e à me justifier, (Uda me lasse enfin !
LA DAKONNK.
Est-il doue vrai, Pauline.-* Quoi ! vous le tourmentez par votre humeur chagrine? Ah! cela n'est pas hien.
PAULINE
Le tourmenter ! (jui? moi?
Hélu! je ne suis bien qu'aux lieux où je le voi! Mais lui, mon amitié ne saurait lui suffire; Lorsque nous sommes seuls il n'a rien à me dire: Il s'ennuie avec moi, me quitte avec plaisir, Et jamais de me voir n éprouve le désir.
LE VlCOftlTK.
Eugène, pouvez-vous....
Oui , jugez-««n, vicomte :
De tout ce que je fais il faut lui rciidrt^ compte. Lui dire quand je sors, où je vais, qui j'ai vu,
Quels devoirs j'ai remplis, à quels soins j'ai pourvu;
Ou plutôt il faudrait, soumis à sa tutelle.
Passer les jours entiers constamment auprès d'elle,
N'agir que par son ordre ou sa permission....
C'est une tyrannie, une inquisition !...
Pour me gouverner seul j'ai du sens, des lumières,
Et je ne suis plus d'âge à porter des lisières.
LA BARONNE
Vous avez tort, Pauline , il faut en convenir.
PAULINE
J'ai tort ?... En sa faveur il sait vous prévenir; Mais il ne dit pas tout! Bien loin d'être exigeante, Je pardonne toujours, et suis trop indulgente.
LE VICOMTE
Eh ! quand même en effet vous auriez exigé
Que tout autre devoir par lui fût négligé
Pour rester près de vous, pour vous voir, vous entendre,
Peut-il se plaindre, ô ciel ! d'un intérêt si tendre ?
Ces reproches enfin qu'il reçoit chaque jour
Sont des aveux touchants, sont des marques d'amour.
Ah! si jamais le sort permettait qu'une femme.
Ayant vos qualités, vos attraits et votre âme.
Daignât me distinguer et me donner sa foi,
Lui plaire, l'adorer, ce serait tout pour moi ;
Soumis, obéissant au gré de son envie ,
En esclave à ses pieds je passerais ma vie.
PAULINE
Oui, voilà comme on aime, et monsieur dit fort bien.
EUGENE
Pure galanterie.
\CTK 1, SCÊMK IV. 34.1
LA BAROMVe.
Ail! ne confoiidoiii rien, Vicomte. Votre avis doit diffërer des nôtres , Car ce nW pas pr vous qu*il faut juger les autres. Tous les hotninos n'ont pas vos S4*ntitnents, vos goûts, Kt ne sont pas aiuiants, sensibles comme vous. Four fixer un amant, je ne puis vous le taire, Pauline, il faut au sien plier son caractère. Approuver ce qu*il dit, trouver bien ce quM fait. Et lui donner raison, eût-il tort en effet ; Jamais de question , de plainte , de reproche; IVun sourire toujours accueillir son approche ; Oui , tel est notre lot, je vous dois cet aveu : Pour obtenir b<*aucoup , il faut exiger peu.
EUGÈNE, à Pauline.
Vous Tentendez ? Eh bien ! sachez donc vous instruire.
Hélas 1 par mon cœur seul je me laisse conduire.
EUGI'.NE.
De reproches sans fin vous tourmentez mes jours.
PAULINE
C est que vous m'oubliez.
EUGÈNE
Vous vous plaignez toujours.
PAUIJNE.
Oui, je me plains, ingrat , parct* que je vous aime.
KUGP.Nfc.
Quoi ! Pauline....
PAULINE
Mais vous, vous n*étes plus le uièuie.
EUGÈNE
Seule lu m'as changé par tes soupçons jaloux.
PAULINE
Ainsi tu ne veux plus devenir mon époux ?
EUGÈNE
Je n'ai pas dit cela! non....
Arrêtez , Eugène !...
Secondez-moi , baronne.... une pareille scène!...
LA BARONNE
Oui, de nous en mêler, vicomte, il est besoin; Ces funestes débats vont en effet trop loin.
EUGÈNE , au vicomte.
Mon ami....
LE VICOMTE, à Eugène.
Non, mon cher, c'en est trop.
PAULI NE , à la baronne.
Il me semble.
LA BARONNE
C'est les aigrir encor que les laisser ensemble.
LE VICOMTE
Il faut les séparer.
EUGÈNE, au vicomte.
J'ai cru....
LE VICOMTE, à Eugène.
Silence !
PAULINE , à la baronne.
Mais....
LA BARONNE, à Pauline.
Voulez- vous avec lui vous brouiller pour jamais?