ACTE II, SC^^NK IV. 3MI
Mirj||<J., tu Miruut.
Je lie pui» exprimer \v bonheur c|uc jVproiivc!
SCKNE IV.
M. DE VKIITKUIL, ROUGEVAL.
M. DK VEHTRUIL.
Vous voilà, Rougcval! à la fiu je vous trouve!
UOUGBVAL.
Oui, Tou mu dit chez moi....
M. DE VERTKUIL.
Vous eo veuez? aiusi Loii vous aura remis mon discours?
HOUGEVAL.
Le voici.
M. DE VEHTEUIL.
Eh bien donc! votre avis? Tarrét irrévocable? Voyons.
HOUGKVAL.
C'est un morceau tout n fait remarquable. Je ne le cache pas, moi-même il me surprend , Et très-haut dans TÉtat il marque votre rang.
M. DE VERTEUIL
Votre approbation me (latte, je l'avoue.
Mais tout en ce discours ne vaut pas qu'on le loue;
Vos éloges ont bien quelques restrictions ,
Et j'ai droit d'exiger vos observations.
ROUGEVAL.
En effet, je vous dois signaler un passage
Qui, vous en conviendrez, n'est ni prudent, ni sage.
M. DE VEIITKUIL.
Lequel ?
ROUGEVAL.
C'est vers la fin.... pas si loin.... permettez.... Intérieur.... c'est là.
M. DE VERTEUIL
Qu'est-ce donc?
Ecoutez :
(Il lit.) « Rendons grâce au souverain qui a voulu mar- « quer son avènement à la couronne par la restitution « de la plus chère de nos libertés , etc., etc. m
Ces louanges, mon cher, ne sont point opportunes. Oui, vous aurez pour vous les journaux, les tribunes. Un public factieux sans morale et sans foi ; Mais vous vous faites tort en approuvant le roi.
M. DE VERTEUIL
Comment? que dites-vous ?
ROUGEVAL.
La vérité me presse :
Le fléau de la France aujourd'hui c'est la presse. C'est un glaive sur nous par un fil suspendu ; Enfin sans la censure un Etat est perdu.
M. DE VERTEUIL
Y pensez-vous, 6 ciel ! qui? vous, un tel langage!
ACTB 11, SCÊMK IV. 361
Quoi ! (le U0& libertés vous réprouvez le gage ? Quoi! le prince au liasiard prodiguerait Sfs soins, Sans connaître nos vœux , nos douleurs, nos lietoins ? Vous voulez, le privant d*un bonheur plein de charmes. De ceux qu'il consolait lui dérober les larmes? A tous les opprimés enlever son appui ? Placer un mur d'airain entre le peuple et lui?... Non , non , lu vérité ne sera point proscrite ! Qu'importent les clameurs des hommes qu'elle irrite? Respectons le flambeau qui brille dans ses maini». Et du tronc h jamais ouvrons-lui les chemins.
ROtJGEVAI..
Phrases que tout cela ! Nouvelles théories
D*un siècle raisonneur pompeuses rêveries!
De cette liberté vous vantez les bienfaits !
Mais qui peut calculer ses funestes effets?
Chaque jour vingt pamphlets prêchent Tindépendance.
Nîrez-vous des journaux la coupable tendance?
Leurs sophismes brillants et leurs malins brocards
D'une jeunesse ardente excitent les écarts.
Que dis-je? la satire, entassant ses outrages.
Attaque impunément les plus saints personnages!
Croit-on les arrêter par d'insolents discours?
Ils ne répondent pas, mais ils marchent toujours!
Cependant on sourit à cet affreux scandale;
Partout on est sans frein, sans pudeur, sans morale;
Et, comme les cités, infectant les hameaux ,
La liberté d'écrire a causé tous ces maux.
M. DE VERTKUIL.
Toujours auprès du bien quelques abus se glissent :
On en reproche même aux arts qui nous polissent ; Mais contre les excès des pamphlets , des journaux , Les lois nous ont donné Tappui des tribunaux.
ROUGEVAL.
Les lois! les tribunaux! oui, brillantes chimères!
A la France , en un mot ses libertés sont chères : Le prince a fait serment de les lui conserver.
ROUGEVAL.
Eh bien ! de ce serment on peut le relever.
M. DE VERTEUIL
Rougeval !
ROUGEVAL.
Effrayé des maux que je redoute.
Tôt ou tard vous viendrez à mon avis.
M. DE VERTEUIL
J'en doute.
J'estime vos vertus; mais ne puis me ranger A des opinions dont je vois le danger.
ROUGEVAL.
Allez donc à la Chambre. Après votre séance Mes conseils seront mieux à votre bienséance. Vous saurez que sur vous on a de grands projets : Plus on est élevé mieux on voit les objets.
M. DE VERTEUIL
Gomment?
ROUGEVAL.
Il n'est pas temps oncor que je nroxplique. Allez, fixez sur vous l'ai h ni Ion publique;
AGTK II, SCÈHE V. 361
Et d^atteindrc au pouvoir si vous êtes jaloux , Votre ëlëvation no dépend que de vous.
M. DE VKRTBUIU
Mais que voulez-vous dire?
HOUCEVAL.
Un peu de patience; Pesez bien mes avis, et prenez confiance.