ACTE III. SCËNK IV
FUGKIIE.
Kli bien ! appn^ncz donc cet <^trange ftecrel.
Ji! n*y conçois pliiH ricu; oui, plu» je m*cxaminc,
J*aime à In fois, je crois, la baronne et Pauline.
LE VICOMTE
Précisëmcnt.
Jamais a-t-on rien vu de tel ?
Deux femmes a la fois !
Rien n*est plus naturel.
Oui?
LR VICOMTE.
Je veux mettre fin à votre incertitude. Pauline vous inspire un amour d'habitude : Vos liens de son cœur vous ont ouvert Taccès ; Vous Taimez posément, sans trouble , sans excès. Honnêtement, enfin comme on aime sa femme. Mais madame d*Orthis ! elle a fait sur votre âme. Il le faut avouer, toute autre impression ! CVst un amour brûlant, c*est de la passion, C'est un feu qu'à présent le temps seul peut éteindre.
EVGktTE.
Je le crains.
LE VICOMTE
Pourquoi donc? Vous n'avez rien à craindre: Des sentiments si vifs ne doivent pas durer.
tUG^^IE.
Je me suis vu tingt fois près de me déclarer.
LE VICOMTE
Oui , renfermer ce feu , c'est l'irriter peut-être^
EUGèNE.
Oserai-je parler?
LE VICOMTE
Vous en êtes le maître.
Si je pouvais, vicomte, obtenir du retour!
LE VICOMTE
Vous allez un peu vite.
EUGÈNE
Àh ! mon brûlant amour....
LE VICOMTE
Fort bien ; mais la baronne est sévère.
EUGÈNE
Sévère?
LE VICOMTE
Oh! des principes sûrs! une conduite austère!
EUGÈNE
Quel malheur !
LE VICOMTE
En effet, je dois en convenir, Sa vertu....
EUGÈNE
Sa vertu! que vais-je devenir?...
Il n'y faut plus penser, allons, tout me l'annonce.
LE VICOMTE
Je ne dis pas cela. «i
ACTK m, SCÈNE IV. 309
KUGàtlB.
Cen est fait ! j*y renonce ; Je la fuirai !
LE VICOMTR.
Pourtant on peut toujours risquer....
EUGENE
Non , je n*ai plus d^espoir.
LE VICOMTE
Moi , j'ai cru remarquer Qu'elle ne vous voit pas avec indifférence.
ELGfcWF.
O ciel ! que dites-vous? une telle espérance.... Quoi! d*uu tendre retour mes soins seraient payés !
LE VICOMTE
Je ne garantis pas....
EUGENE
Mais que faire ? à ses pieds Faut-il dès aujourd'hui ?...
LK VICOMTE
Je n'ai rien à vous dire.
EUGÈNE
Oui, je parlerai....
LE VICOMTE
Moi, j'aimerais mieux écrire.
Une femme, mon cher, qui se respecte un peu, Doit, dès les premiers mots, interrompre un aveu. Quand même elle pourrait jusqu'au bout nous entendre. On n'est pas éloquent dans un moment si tendre; La crainte, le respect nous mettent en défaut , £t l'on ne dit jamais le quart de ce qu'il faut.
Puis, un discours s'efface; une lettre demeure : Elle est lue en secret, en tout temps, à toute heure ; La vanité triomphe, et séduit la raison; L'on savoure sans crainte un aimable poison ; Cet amour, si bien peint, dans le cœur s'insinue; Chaque mot semble empreint d'une flamme inconnue; C'est un charme enivrant qui presse, qui poursuit, Et que tous vos discours n'auraient jamais produit.
EUGÈNE
Oui, cela vaut bien mieux, je n'en fais aucun doute.
LE VICOMTE
Quand on nous lit d'abord, après on nous écoute.
EUGÈNE
J'écrirai , mon ami , j'emploîrai ce moyen ; Votre conseil....
LE VICOMTE
Qui? moi? je ne conseille rien.
EUGÈNE
N'importe , c'est un soin qu'il ne faut pas remettre ; Et mon cœur à l'instant va tracer cette lettre.
LE VICOMTE
Arrêtez!
EUGÈNE, en sortant.
Quelqu'un vient! adieu.
LE VICOMTE, seul.
J'ai réussi !