‹ Œuvres dramatiquesChapitre 23 sur 346 · FERDINAND, LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

FERDINAND, LE PRÉSIDENT

L£ PRléSIDENT.

Ferdinand, le hasard à propos vous amène.

FERDINAND

Je viens m'ouvrir À vous; mon sort, mon avenir, Tout dépend....

LE PRESIDENT

J'ai moi-même à vous entretenir.

48 L'INÏRIGUE ET L'AMOUR,

Écoutez-moi d'abord, mon fils, veuillez m'entendre; De ma tendresse après vous pouvez tout attendre.

FERDINAND

Quels que soient vos désirs, ils sont sacrés pour moi.

LE PRÉSIDENT

Votre intérêt toujours fut ma première loi.

Mon fils. Si Ton m'a vu d'une ardeur peu commune

Poursuivre les honneurs et chercher la fortune;

Si, parmi les dangers me frayant un chemin,

.l'ai captivé le cœur de notre souverain;

Si j'ai rendu le sort à mes projets docile;

Enfin (car avec vous la feinte est inutile;

Vous connaissez, mon fils, la triste vérité)

Si j'ai bravé les lois et trahi l'équité ;

Savez- vous le motif de tant de sacrifices ?

Vers quel but me guidaient mes soins, mes artifices?

Quel dessein important je voulais achever ?

J'ai tout fait pour vous seul , et pour vous élever :

De mon amour pour vous ma vertu fut victime ;

J'ai tout sacrifié, jusqu'à ma propre estime;

En un mot, c'est pour vous que je suis criminel.

FERDINAND

Pour moi ? qu'avez-vous dit? qu'entends-je!... ah ! plût au ciel

Vivre à jamais obscur, en proie à la misère ,

Et que vous n'eussiez pas de reproche à vous faire !

Le remords sans relâche assiège vos esprits :

Le rang et les grandeurs sont trop chers à ce prix.

Li: PRÉSIDENT.

Vous ne m'étonnez pas, j'attendais ce langage, Ferdinand ; comme vous je pensais à votre âge.

Page 1