ACTE 11, SCÈNK VI. ftOO
Que Totn* cœur enfin, constamment généreux , Était Tasile ouvert à tous les malheureux. Alors, je Tavoûrai , je bénis votre faute : Elle vaut mieux pour nous qu'une vertu plus haute; D'un tel attachement je rends grâccrs aux cieux. Et le bonheur public vous absout à mes yeux.
LA MARQtlISF.
Quoi! vous m'excuseriez?
DéSORMFATX.
Oui , mon cœur vous l'atteste.
l.\ MARQUISE.
Le peuple cependant minsulte, me déteste; Sa haine....
DÉSURMEAUX.
Vous haïr? ah! ne le croyez point!
Quel rapport mensonger vous abuse à ce point? 11 met à vous chérir son bonheur et sa gloire.
LA MARQUISE
Ah! monsieur Désormeaux , j'ai besoin de vous croire!
DÉSORMEAUX
Vous le pouvez, madame.
LA MARQUISF.
Eh quoi!.... mais, en effet, Pour mériter la haine, hélas! qu'ai-je donc fait? Soulager le malheur est ma constante étude. De s'adressera moi le pauvre a l'habitude.... Le vicomte sans doute était mal informé; Quand on aime le peuple on en doit être aimé.
DÉSORMEAUX
Voilà parler enfin; vous vous rendez justice.
Cependant ma faveur n'est qu'un frêle édifice,
Un souffle le pourra renverser quelque jour;
Sans doute il vaudrait mieux m'éloigner de la cour.
DÉSORMEAtIX.
Que dites-vous? 6 cielî d'un projet si coupable, D'un pareil abandon seriez-vous bien capable? Quoi! lorsqu'à notre sort tout semble vous lier, Quand le bien qui se fait vous est dû tout entier, Lorsque de la licence arrêtant le scandale. Vous faites refleurir les lois et la morale, Vous fuiriez ce pouvoir qu'on bénit en vos mains!..,. Et le prince! sans vous, quels seront ses destins? Qui fera jusqu'à lui parvenir nos prières? D'un peuple qu'il chérit lui dira les misères? Enfin, vous le savez, vous êtes tout pour lui!.... Et vous le quitteriez!.... non, restez notre appui. Notre ange protecteur, la France vous en prie : Fuir, ce serait trahir le prince et la patrie!.... Pardonnez ce transport; mais, plein d'un juste effroi. L'amour de mon pays m'emporte malgré moi.
LA MARQUISE
Un tel emportement n'a rien dont je m'offense : Ma vanité, d'ailleurs, prendrait voire défense. Votre zèle me touche , et je vous en sais gré. Sans doute ce tableau me semble exagéré , Avec prévention votre amitié me loue.
Je le sais; mais pourtant, il faut que je l'avoue , Peut-être qu'en effet mes efforts assidus Pour le bien de l'État n'ont pas été perdus.