‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 123 sur 391 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

(Haut.) Enfln, expliquez- vous, quel sujet vous amène?

Vous êtes fâché ?

uàrras.

Non.

Vous m'en voulez encor De l'autre fois?

BARRAS

Du tout.

Ce serait bien à tort Que vous m'en voudriez. J'avais mal à la tète ; Puis, j'attendais quelqu'un ce soir-là.

BARRAS, furieux.

C'est honnête.

Vous voyez bien : voilà que vous vous emportez ! Si l'on n'avait encor pour vous quelques bontés...

(Lui tendant la main.) Allons, faisons la paix.

BARRAS

Oh ! serpent qui me tente I

Vous refusez?

BARRAS

Je dis que vous êtes charmante ; Que je suis fou de vous, que j'en perdrai l'esprit.

Je le sais; tout cela, vous me l'avez écrit.

BARRAS

Alors, pourquoi douter, cruelle, de ma flamme ?

Mais on n'en doute pas, puisque l'on en réclame

i'ôll UN DlNliR CHEZ BARRAS.

Une preuve.

Une preuve? Et c'est?..

Oh ! rien, mon Dieu !

Rien, sinon de vouloir vous employer un peu Pour quelqu'un, un jeune homme à qui je m'intéresse.

BARRAS, ébouriffé.

Hein?

Oui. Très bien d'ailleurs ; plein d'âme, de noblesse. De belles qualités; un jeune homme charmant.

BARRAS

J'en suis fort réjoui.

Je conçois, et, vraiment, J'ai pensé vous devoir, en cette circonstance. De venir m'adresser à vous par préférence.

BARRAS

A moi ? Je vous sais gré de cette aiieniion.

Du tout, vous auriez tort. La chose en question

Est si peu compliquée : une folle algarade

De ce jeune homme. Ainsi, près d'obtenir le grade

De major, on le flt arrêter ; et pourquoi ?

Pour un rien, pour un fait bien naturel en soi.

Pour avoir dit tout haut, étant un jour à boire

Avec quelques amis : A bas le directoire !

Voilà pourquoi l'on met ce jeune homme en prison,

Pourquoi l'on nous l'enlève.

BARRAS, éclatant.

Et c'est avec raison.

Puisque d'argumenter votre galant se pique. Qu'on lui fasse à loisir cuver sa politique. Qu'il apprenne par là, ce jeune homme charmant, A boire désormais un peu plus sobrement. Et vous, ma belle dame, en vérité, j'admire

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Que l'on me dise au nez ce que vous m'osez dire. Qu'on vienne sans pudeur implorer mon appui : « Mon bon Monsieur, veuillez vous employer pour lui, » Pour mon amant. »

M""* SANCY, d'un air candide.

Comment, mon amant? c'est mon frèro.

Est-ce que j'ai rien dit qui marque le contraire?

BARUÀS.

Ilum ! son Trèrc !

Oui, mon frère.

uAnnAS.

Et son nom ?

Mais, Sancy.

Ah ! l'on vous ignorait ce nom-là justju'ici.

Sans doute, j'ai mon nom de théâtre.

BARRAS

Oui. L'histoire Me semble un peu bien louche et diUicile à croire.

En quoi donc, louche?

HARRAS.

En quoi? Tenez, là, franchement.

Vous vouliez que Barras courût pour votre amant.

M** SANCY, jouant la surprise.

(Avec gravité.) Ob! bien! vous avez cru... Mais, c'est un fort beau rôle.

(Éclatant de rire.) Protéger l'innocence! Ah ! mon amant! Très drùlo!

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