‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 13 sur 391 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

LOYS

Eh! mais... Ton vous pourrait nier la conséquence ; Cependant, on l'accorde. — Eh bien! oui, l'on vous doit. Vous avez droit sur moi,— conservez votre droit, Et donnez-moi du vin.

CnÉGOIRE.

Oui, trêve à vos sornettes.

J'en suis saoul, voyez-vous. — Toujours nouvelles dettes. Jamais un liard. — 11 faut, Grégoire vous le dit. Payer ; —je suis las, moi, de fournir à crédit.

LOYS, caressant.

Ah! Grégoire!

GRÉGOIRE

Payez.

• LOYS

Mon ami !

GRÉGOIRE

Faribole.

Rien qu'un verre.

GREGOIRE

Chansons. — Payez.

LOYS , changeant de ton.

Pas une obole. —

(D'un air pénétré.)

Allez, je vous connais, — vous n'êtes qu'un ingrat !

GRÉGOIRE

Hein !

LOYS, dramatique.

Bien, viltavernier : va, va, fais ton état. Marchand ! — Ah! c'est Loys, c'est moi que tu refuses , Et tu crois!., mais apprends de moi qu'un flis des Muses Sait fort bien se passer d'un méchant vin clairet. Et s'aller mettre au lit sans souper, s'il lui plaît. Et, sur ce, je m'en vais me coucher, cœur sordide !

(Il va pour rentrer dans la taverne.)

GRÉGOIRE, l'arrêtant.

Haltc-Ià ! — niais, de lit pas plus (|uc de liquide ;

la LE MÉNESTREL,

II faut un terme ù tout.

LOYS, lestement.

J'en dois cinq.

GRÉGOIRE

Tous éclius. Payez, ou, dès ce soir, je ne vous loge plus.

LOYS, les mains au ciel.

Jupiter, tu l'entends!

GRÉGOIRE

Voici, compris décembre, Cinq termes sans un sou, et ma chambre...

LOYS, éclatant.

Sa chambre!

Un pigeonnier, le traître ! une niche , un taudis. Où vivent avec vous des peuples de souris !... Qu'il vous faut chaque soir prendre par escalade ! Où se jouent tour-à-tour tourbillon et cascade , Givre et glace en janvier, pluie et vent en avril; Où l'on ne peut glisser son corps que de prolil ; Où les poutres, à moins de heurter à chacune, Vous forcent à marcher comme un croissant de lune ! Ta chambre! y pourrir, ladre, est le seul tort que j'ai; Et, puisqu'il est ainsi, je vous donne congé !

GRÉGOIRE

Fort bien. — Et mon argent?

LOYS

Ton argent, misérable !

Et tant de justaucorps dont l'état déplorable Ne m'atteste que trop l'alTreuse dent des rais. Les paîras-tu ?

GRÉGOIRE

Oui, moi !

LOYS, magnanime.

Je ne l'exige pas ; Au surplus, gardez-les ; — payez-vous sur les restes.

Restes de quoi ! de trois haillons de soubrcvostes Dont pas une, en son neuf, ne valut un denier I

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