SCÈNE X
Les Mêmes, UN SEIGNEUR, blessé, tenant Chiodoald d'une main et son épée de l'autre; puis, CHLOTAIUE , puis CHILDEBERT, et enQn divers chefs, partisans de la Reine.
DEUXIÈME SEIGNEUR, précipitamment.
A moi! chefs et guerriers! Reine, sauvez l'enfant !
A(.iL. I, SCfeNE X. 1«7
CHLOTILDE, saisissant Cliiodoald avec un amour forcené.
Mon Cblodoald!
PREMIER SElGiNEUR, apercevant Chlotairequi s'approche.
Fuyez.
Les voici. —
CHLOTILDE, soH enfant dans les bras, court vers l'estrade ou
est le trône.
Terre et cieux ! sauvez-nous.
CULOTAIRE , l'cpée au poinjj et à la tête de ses Francs.
Mort aux traîtres !
Prenez l'enfant.—
CHLOTILDE , le serrant dans ses bras.
Ah ! certe ! — Au nom de vos ancêtres ! Moi , veuve de Clovis, soldats, je vous défends D'obéir à ce tigre , à ce bourreau d*enfans. Sauvez mon Cblodoald !
CULOTAIRE.
Et moi, je vous ordonne De le saisir.
CHLOTILDE.
A Paide ! Eh quoi ! tout m'abandonne !
(S'asscyant sur le trône, son fils dans ses bras.)
Repose donc ici , mon désespoir ! — Et toi , Bas l'épée, assassin, ou bien égorge-moi. Moi , ta mère et la reine !
CHILDEBERT, qui vient d'entrer , s'attachant à Chlotaire. Arrête , arrête , ou frappe Cbildebert.
(Dans ce moment, la porte du fond se trouve pareillement enfoncée, et une foule de Seigneurs francs entrent, l'épée nue , criant ;
Cblodoald ! Cblodoald !
(lis l'entourent elle mettent au milieu d'eux.) cHLorAiRE, avec rage.
Il m'échappe ?
198 CHLOTAIRE I.
CHLOTILDE.
Sauvé. Merci , Seigneur !
(S'adressant à Childebert et à Chlotaire du haut de sou trâue.)
Pour vous , loin de vos yeux , Cblotilde va mourir. — Voici pour ses adieux : Soyez tous deux maudits. — Votre horrible alliance , Mûrie avecle temps, portera sa vengeance. — Le meurtre engendrera le meurtre , Childebert. Je te lègue au tombeau que tes mains ont ouvert. Va donc; et, sans repos, jusques au bord du gouffre , Flagellé par ton crime , et prie , et pleure , et souffre. Et qu'après , Dieu, s'il veut, te pardonne. — Pour toi , Son aîné dans le mal, toi, traître comme roi. Comme flis et chrétien, toi, sans pitié, n'espère Ni pardon dans le ciel , ni repos sur la terre. Vis pourtant , tue et règne. Us viendront quelque jour, Les temps prédestinés , où, parjure à son tour. Un des tiens, tortureur choisi pour ton supplice. Rebelle qu'armera la suprême justice, L'un des tiens, digne en tout d'un père tel que toi. Vengeant et tes neveux, et l'univers , et moi , Ce fils, ton bien-aimé, contre toi , pour salaire. Tournera le tranchant de sa hache. Oui , Chlotaire. Et toi , je le prédis ainsi , retiens cela , Toi, que l'éternel juge, oublieux jusque là, Aura laissé trente ans , par fraude et violence , Monter de crime en crime à la pleine puissance ; Toi, tu croiras pouvoir, jusqu'au bout, sans remords. Monter encor plus haut dans le mal ; mais , alors, A cette sommité des forfaits hors nature , Alors, commencement de ta grande torture. Tandis qu'un long sanglot s'élèvera d'en bas , Plainte des massacrés! alors, tu sentiras. Te marquant pour l'enfer, ton extrême conquête. Une main se poser, Chlotaire, sur ta tête, La main du Tout-Puissant !— Et pourtant, tout à-coup , Tu n'expireras pas. Non. Mais Dieu, juste en tout. Pour l'effroi des médians, pour l'exemple du monde , Dans les convulsions de ta terreur profonde , Te montrant suspendu, loi , criant , mais en vain :