‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 162 sur 391 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LE MOINE, seul.

Commence donc, alors, par m'ôter la mémoire ; Par m'enseigner l'oubli des princes mes aïeux , Par comprimer ce cœur, par aveugler ces yeux, Ces yeux à qui tout parle ici, double misère! De vous, frères aimés; de toi, ma vieille mère ! 0 souvenir! Hélas! dans ce palais-tombeau,

206 CHLOTAIRE I.

Lorsque j'cnirai, je crus, oui, je crus, de nouveau, Les revoir là tous trois passer comme naguères; I\la mère par la main tenant mes petits frères Qui, détournés vers moi, semblaient dire tout bas : Cher Chlodoald, de nous ne te souvient-il pas? Oh! oui, je me souviens ! et lorsqu'à celte place Je vis Chlotaire, alors, sang royal de ma race!

(Portant la main sur son cœur.) Ici je te sentis tout-à-coup lefluer , El je cherchai des yeux une arme, pour tuer ; Moi, prêtre! — 0 Rédempteur, pardonne! Pour nos crimes. Toi jadis tu priais, divin roi des victimes. Et, sur l'auguste croix, quand lu pouvais punir. Mourant, tu n'étendis les bras que pour bénir. Eh bien! mets dans mon cœur celle force suprême; Car, mon Christ, Chlodoald a bien pu de lui-même Abdiquer à tes pieds ses grandeurs comme roi , Mais non passes douleurs comme frère ; et c'est toi, ïoi seul de qui j'attends cette gloire chrétienne. Ce monde me croit mort à toute chose humaine; A tout haineux penchant fais que je meure aussi. Ne souffre pas, enfin. Dieu clément! lorsqu'ici, Childeberl à mes pieds viendra gémir peut-être. Qu'alors l'homme royal l'emporte sur le prêtre. Que... Mais il vient ! — 0 vous, mauvaises passions. Silence ! — A mon secours, Seigneur! — Prions, prions.

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