SCÈNE IV
LOYS, RICHARD, pareillement vCtu en ménestrel.
RICHARD
Ab! te voilà...
Vient-elle ?
LOYS
A l'instant.
RICHARD
Bon. — De qui riais-tu là?
LOYS
Oh ! de rien, moins que rien, — d'un rustre qui s'avise De vouloir épouser. — Et qui! — Notre sot vise A nos amours, rien moins. —
RICHARD
Pauvre homme! mais dis-moi, Loys, tout marche-t-il comme il faut, selon toi ?
LOYS
Si tout marche, Messire! — En trois jours, c'est merveille,
Vous avez enchanté le cœur, l'esprit, l'oreille;
Le gros lord vous vénère, et sa femme, bien mieux.
Sa femme vous croyant ici pour ses beaux yeux.
N'a point l'air de trouver que le tour lui déplaise.
Ainsi, fêté de l'un et de l'autre, h votre aise.
Ici comme chez vous vous allez, vous pouvez
Voir celle dont la nuit tendrement vous rêvez;
— Vous l'allez voir ici sans que nul vous dérange,
Messire...
RICHARD
Ah ! n'est-ce pas, Loys, que c'est un ange !
LOYS
Quatre anges. Monseigneur ! — Et voici justement Ce qui fait le plus beau d'un tour aussi charmant. Faire éclore à l'amour si geute bachelette, Et jouer à plaisir la plus line coquette; Tout de bon soupirant et galamment moqueur,
Triompher à-la-fois de l'esprit et du cœur ! Aimé des deux enfln, duper l'une, aimer l'autre. Quel rôle plus divin, Seigneur? et c'est le vôtre !
RICHARD
Et cependant je crains, de tout cet embarras, Loys, qu'à notre honneur nous ne nous tirions pas.
LOYS
Psit! — Laissez donc ! poussez, pressez, hâtez l'affaire. Ne m'avez-vous point là, moi, pour auxiliaire ?
Oui, mais c'est que la dame et ses regards de feu N'ont point l'air de vouloir s'arrêter pour si peu; Et moi je ne veux pas pousser la raillerie Jusque là de tromper ma divine Marie.
LOYS
C'est pourquoi je suis là.
RICHARD
Comment? ce serait bon Si nous pouvions changer de rôle !
LOYS
Et pourquoi non ?
Tout amour. Monseigneur, chimère vaine et folle. Illusion du soir, qui le matin s'envole. Beau fantôme adoré que trop de jour détruit... Donnez, Seigneur, donnez vos rendez-vous de nuit. Et vers elle j'irai, comme ces doux mensonges Qu'apporte aux cœurs brûlans le groupe ailé des songes.
RICHARD
Oh ! le plus grand maraud que la terre ait porté ! Mais... à propos, ce bal où doit être invité Milord? —
LOYS
Par Condorier. — C'est. .
RICHARD, prêtant l'oreille.
Chut ! Loys, c'est elle.—
LOYS
Eh bien ! eh bien !
(Allant voir.)