SCÈNE V
FERGUS, seul.
Mon père avait raison. Il est comme un vertige
Qui saisit l'homme au bord de certains attentats.
D'abord, on lutte, on veut, on affermit ses pas
Dans sa force ; on combat l'attraction du crime ;
Mais, bientôt on se lasse; on penche sur l'abîme...
L'œil se trouble; on se dit qu'on est prédestiné;
Le pied manque; on chancelle; on tombe, on est damné!
Damné ! C'est donc le lot de quelques-uns sur terre.
Que la damnation y soit héréditaire?
Je n'aurai point d'enfans ! Moi, damné! Par moment,
Je suis tenté... de tout leur dire!., lit ton serment!
Kappelle toi la nuit, nuit suprême et fatale.
Où, l'œil terne déjà, se soulevant tout pâle,
il te dit : O mon lils, si jamais tu m'aimas.
Garde bien mon secret surtout; ne souffre pas
Qu'on attache à mon nom quelque légende infànic.
Je vais mourir. Que Dieu prenne en pitié mon âme!
Toi, garde mon honneur, mon lils! — Kt je jurai!
Et maintenant, manquant à ce serment sacré...
Non, non, je l'ai promis. Dors en paix, ombre chère.
Et toi, toi, sa victime, apaise la colère,
Bon Robert. — M'écrier : Cet homme est innocent.
Je ne le puis; mais, tout pour épargner son sang.
Tout, pour sauver ses jours. Qu'il s'échappe, qu'il vive!
(Avec ainerlume.)
Oui, vraiment, et, dès-lors, que son Edma le suive! Son Edma! donc, il faut que la force du mal Se double encor pour moi de cet amour fatal. Que tout vienne, à la fois, accabler ma faiblesse ! 0 mon temps d'autrefois ! 6 ma belle jeunesse ! Jours purs où je pouvais, gentilhomme et chrétien, Suivre la grande route ouverte au\ gens de bien ;
ACTK IV , sr.tNK VI. say
Où je m'appartenais, libre en ma conscience,
Où j'honorais mon père avec pleine croyance.
Où mon Kdma pouvait m'aimer, où je Taimais...
Vous ne reviendrez plus, beaux jours... jamais! jamais!
Maintenant, tout est deuil pour moi, tout est misère !
J'ai mis dans un cercueil mon repos et mon père !
DONALD, dans la coulisse.
Es-tu tout-à-falt fou ?
FKUGl'S.
Quel bruit!
(La porte du fond s'ouvre, et l'on aperçoit Patrick se débatlanl contre Donald.)