ACTE I, SCÈNE II. Û
Je suis venue alors. — Mais, s'il fallait qu'ensemble On nous surprît causant de trop près...
GASTON
11 me semble Qu*à la cour, cependant...
ALINE
A la cour ! beau plaisir !
J'en suis à regretter môme Saint-Cyr.
Saint-Cyr !
ALINE
Sans doute. — Là, du moins, sans qu'on me fît querelle, Parfois je pouvais rire et chanter; mais, près d'elle, Depuis que la marquise ici m'a fait venir...
GASTON
Eh bien ?
ALINE
Vie ennuyeuse à n'y pouvoir lenir !
Pour lectm-c, toujours messe, vêpres, ténèbres. Ou bien, de temps eu temps, des oraisons funèbres.
GASTON
Hélas! —
ALINE
Et qu'on vous prenne à bâiller; des sermons. Un esclavage , enfin ! — Veux-je parler chiJlons, Robes, tout ce qui fait qu'en causant le temps passe; Un sermon. Fredonné-je un petit, à voi\ basse? Sermon. — Dans un miroir me regardè-je un peu? Ce qui n'est point un crime, est-il pas vrai?
GASTON
Parbleu !
Tant qu'on n'est pas ridée.
ALINE
Aussitôt, on sermonne...
Sans cesse! — Et puis, bien mieux...
Û72 D'AIJBIGNÉ.
(Regardant avec inquiétude pour voir si quelqu'un l'observe. )
On va jusqu'à...
GASTON, regardant aussi.
Personne.
ALINE, continuant.
Jasqu'à me maltraiter.
GASTON
Vous, Aline !
ALINE
Et pourquoi?
A cause des bontés du roi.
GASTON, étonné.
Comment? du roi?
ALINE
Oui. —Je suis même au bal grâce à lui seul.
GASTON
Ah ! diable!
Le roi...
ALINE
Souvent me parle, et d'un air tout aimable.
GASTON
Oui.
ALINE
Ce qui, vous sentez, est fort heureux pour nous. GASTON, dont l'inquiétude croit visiblement. Pour nous ! Pour vous, d'accord; mais...
ALINE
Mais quoi ? qu'avez-vous?
Allez-vous, pour cela, me faire aussi la mine ? Ne comprenez-vous pas que, sans bien, orpheline, C'est pour vous seid qu'on veut du roi se faire appui? Car, qui peut me sauver du cloître, sinon lui?
GASTON
Cloitre auquel la marquise...
ACTL I, SCÈNE IL ^73
ALINE
Hélas! oui, me destine.
GASTON
£t j'ai pu...
(Humblement.)
Voudrez-vous me pardonner, Aline?
ALINE, lui tendant vivement sa main.
Sans doute. — A-t-on le temps de refuser ici ?
GASTON, lui baisant rapidement la main.
Cher ange! — et s'offusquant, alors, de tout ceci, La marquise...
ALINE
Oh ! cent fois plus méchante et revôche ! Ainsi qu'une autre encor... vous savez... longue cl sèche... Sa constante alfidéc... un vieux singe...
GASTON
Très bien. Son cx-Nanon changée en madame Dalbien.
ALINE
Justement. Toutes deux, à tout propos, sans causes, D'être à me rai)âchcr toujours les mêmes choses : Coquette! évaporée! et que je me perdrai; Et qu'on y veut mettre ordre, et que je le verrai ! Mais qu'ai-je fait, leur dis-je alors?
GASTON
Pauvre innocente!
ALINE
Sur quoi, redoublement de cris. — On me tourmente De plus belle, sans lin; — ne lue laissant porter Que ma plus vieille robo; allant jusqu'à m'ôlcr Les bijoux qu'en mourant m'avait laissés ma mère... Mille méchancetés, en un mot! et que faire? Personne à qui m'en plaindre ! et, n'osant murmurer. Je n'ai d'autre rcssoui ce, alors, (|ue do pleurer.
àlli D'AIBIGNÊ.
GASTON
ricui's qui irapaiscnt point la marquise.
ALINE
Au contraire, Cela l'irrite encore.
GASTON
Exécrable mégère !
Oh bien! faute de mieux, l'esprit nous vengera. J'en ferai deux.
ALINE
Quoi? deux.
Et que la cour lira.
ALINE
La cour !
GASTON
Oui, oui. Déjà, ce qu'à vous je puis dire, J'ai, contre celle femme, écrit une satire...
ALINE
Contre elle! malheureux! et si Ton savait...
GASTON
Non.
Le libraire lui-même à peine sait mon nom. Brochure très secrète, imprimée en Hollande, Et puis passée en France, après, par contrebande.
ALINE
Fort bien. Mais, à quoi bon cet écrit?
GASTON
A quoi bon ?
Quand je sais...
ALINE
Vous savez?
GASTON
Que celle Mainlcnon...