‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 58 sur 391 · LE FAUX MESSAGER · texte numérisé non relu

LE FAUX MESSAGER

Oui, mais je ne la doi Donner qu'au gouverneur.

LE GOUVERNEUR, complètement gai.

Eh bien ! maraud, c'est moi Qui suis le gouverneur, — moi seul ! et nul, je pense, Ne l'est que moi.

CONDORIER, lui présentant le billet que tenait le messager.

C'est clair. — Prendiez-vous connaissance De ceci? — lirez-vous?

LE GOUVERNEUR

Qu'est-ce que je lirai ?

Je lirai, par le ciel, tout ce que je voudrai. Je suis iord-gou»ern.eur! — mais, s'il s'agit de lire, Mandez mon chapelain.

COÎSDORIER.

Si Milord le désire, Je serai son lecteur.

LE GOUVERNEUR

Vous lisez ?

CONDORIER.

Pas trop mal.

LE GOUVERNEUR

Eh bien ! rompez, — voyons si c'est le sceau royal.

C'est bien lui, par saint Georges! Allez, — je vous écoule.

DEUXIÈME BOURGEOIS, bas, aux autres.

Notre ruse me semble être en fort bonne route.

CONDORIER, lisant.

« Nous, Edouard III, roi d'Angleterre, savoir faisons à » notre amé et féal lord gouverneur de la Rochelle, que, » dès le lendemain de la réception du présent ordre, il ait » à faire sortir de la citadelle toute la garnison y conte- » nue, et, la passant en revue sur la place publique, qu'il » la maintienne ainsi tout le jour en belle ordonnance, jus- » qu'au moment où l'un de nos lords, commis par nous à » cette fin, viendra inspecter lesditcs troupes et nombrer » leurs forces ainsi que de raison. — En foi de quoi nous » recommandons noire amé gouverneur à la grâce de » Dieu etdenionseigncursainiGeorges. Signe: Edouard.»

LE GOUVERNEUR

Est-ce tout? De par Dieu, cet ordre me plaît fort, Maître? — Tous mes Anglais se rouillaient dans ce fort. — Vive le roi ! — Je veux, dès demain, sur vos places Faire au brillant soleil reluire nos cuirasses.

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