‹ Œuvres dramatiques de Camille BernayChapitre 78 sur 391 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

r.HKGOlRE.

Là?

(Il regarde par le trou de la serrure.) LOYS.

Voyez-vous?

GRÉGOIRE, se reculant avec stupeur.

Oh! c'esiiiia femme !

LOYS

Et qui croyez-vous qu'elle attende?

Milord.

GRÉGOIRE, terrassé.

Ma femme ici !

LOYS

Votre surprise est grande, Et vous nravez la mine ébahie.

GRÉGOIRE

En efl'et.

Et Mllord...

Va venir.

GRÉGOIRE

Quoi ! c'est lui qui me fait!..

LOYS

Ce que vous n'avez pas, pour sûr, mérité d'être.

GRÉGOIRE, douloureux.

Oh! non!

LOYS

Mais qu'il apprenne enfin à nous connaître !

GRÉGOIRE

Oui.

LOYS

Pour le prendre en fait, Grégoire, unissons-nous.

GRÉGOIRE

C'est dit! mais qu'est-ce donc qu'il vous a fait, à vous?

LOYS, avec emportement.

Ce <|u'il m'a fait ! —

(cherchant.)

Oh ! rien... quant au prix que j'attache A la chose; — au moins, moi, mon honneur est sans tache. De l'argent qu'il me doit.

GRÉGOIRK.

De l'argent prêté.

GRÉGOlRt: , émerveillé.

Prêté par vous !

LOYS

Par moi. — C'est une pauvreté De sa part, — rien de plus. — Mais vous, c'est autre chose. Et si de me venger j'avais si juste cause. Alors...

GRÉGOIRE

Que feriez- vous?

LOYS , noblement.

Je le verrais venir.

GRÉGOIRE

J'entends ; mais que peut-il au fond m'en revenir ? Pourquoi ne pas plutôt faire ouvrir cette porte ?

LOYS

Et la clé que sur lui toujours Monseigneur porte ! Paquette est renfermée.

GRÉGOIRE

Ah ! oui. —C'est, qu'après tout.

Je puis, le surprenant, pousser mon homme à bout.

LOYS

Tant mieux.

GRÉGOIRE

Du tout. — Je puis, moi, par surcroît de peine, M'attirer sur le dos une très forte aubaine. LOYS, avec un noblo mépris. Ehî qu'importe le dos quand l'honneur est touché!

AC.iE V, SCENE il. «9

URÉGOIBE.

Le dos! le dos! — Faul-il qu'au moins je soi» caché.

LOYS, se frappant sur le froiii.

J'ai votre aflaire.

GRÉGOIRE

Où donc?

LOYS

Une sûre caciielie, Û'où vous pourrez tout voir sans qu'on vous inquiète.

GRÉGOIRE

OÙ cela ?

LOYS, ouvrant le cabinet d'un air satisfait. Là -dedans.

GRÉGOIRE

Dans ce cabinet noir !

Que diantre voulez-vous qu'ici je puisse voii '^

LOYS

Mais, levez donc les yeux, homme trop incrédule ! Cette vitre là haut. —

GRÉGOIRE, le cou en l'air.

Quoi, là! — C'est ridicule.

Est-ce que j'ai div pieds poui' atteindre là haut?

Dix pieds! . . Et cette planche !

GRÉGOIRE

Hein?

LOYS

Cette planche! Il l'aut Tout vous dire, il parait.

GRÉGOIRE

Que dessus Je me huche !

Kt pourquoi pas ?

GRÉGOIRE

Loys, ce n'est pas quoique embûche

Que VOUS me tendez là?

LOYS, offensé.

Qui, moi? qu'est-ce que c'est?

Quel intérêt aurais-je à cela, s'il vous plaît ? Des peines que je prends, voilà donc le salaire ! Eh bien ! allez, allez...

GHÉGOIRE.

Mon Dieu ! pas de colère!

LOYS

Au fait, que nie font, moi, les amours de Milord ? Je suis vraiment bien bon...

GRÉGOIRE, d'un air malheureux.

J'ai tort, Loys, j'ai tort.

Mais, pour grimper là haut, je ne suis pas un singe. Et m'y nicher, ainsi , comme un paquet de linge !.. Est-ce que j'y tiendrai ?

LOYS

Bon ! l'on se fait petit.

GRÉGOIRE

Et puis, quel avantage ?..

LOYS

On vous l'a déjà dit :

De bien voir de ses yeux son fait.

GRÉGOIRE

La belle avance !

LOYS

Comment? mais c'est, Grégoire, un avantage immense ! On grimpe, est-ce pas? — Bon. — Milord arrive?— Bien. Vous, vous observez tout et vous ne dites rien. Puis , voyez-vous la chose en un point convenable, Vite on descend, on fait un vacarme du diable, On frappe, Milord ouvre, ot qui se trouvre pris? Hein?

GRÉGOIRE

Je crois qu'en ellei ils seront bien surpris. Mais monter là, — c'est haut. -

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