SCÈNE PREMIÈRE
JEAN CONDORIER, attabléavecplusieursBOURGEOIS; puis, GRÉGOIRE.
CONDORIER.
Ainsi VOS cœurs...
PREMIER BOURGEOIS
' Sont prêts pour cette noble tâche.
CONDOniER.
Nul de vous qui balance ?
DEUXIÈME BOURGEOIS , impétueusement.
Et quel serait ce lâche !
Celui qui peut vouloir d'un tel joug, quel est-il? Qui de nous tous, ici, porte un cœur assez vil Pour voir patiemment ces Anglais, ces infâmes , Nous voler, à plaisir, et nos biens et nos femmes !
* Les vers guillcmetés ne se disent pas â la représentation ; ils ont presque tous été retranchés par la censure.
8 LE MÉNESTHEL.
T$îte-dieu ! n'est-ce pas de quoi vous mettre à bout ? Et ne vaut-il pas mieux tout risquer d'un seul coup? Agissons.
CONDORIER.
Bien, fort bien ; mais moins de pétulance: Tout complot bien conçu se masque de prudence.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Eh! morbleu !
CONDORIER.
Charles Cinq, du fond de son palais, Fait plus, vous le savez, pour chasser les Anglais, Que n'ont fait, autrefois, son aïeul et son père. Tons deux vaillans pourtant, tous deux hommes de guerre. — Sur cet exemple-là nous devons nous régler. Qui marche prudemment n'a point à reculer. Et c'est ainsi qu'il faut mener notre entreprise.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Comment s'y prendre cnûn ?
CONDORIER.
Par ruse, par surprise.
La citadelle est forte et rend les Anglais forts. Dans ces murs, ils riraient de tous nos vains efforts. Ce qu'il faut donc trouver, c'est quelque bonne amorce Qui, les tirant dehors, annule ainsi leur force.
PREMIER BOURGEOIS
J'entends, mais...
CONDORIER.
Ecoutez. Notre lord gouverneur Est, comme vous savez, un fort vaillant seigneur. Mais orgueilleux, crédule et sot.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Pas un seul doute Sur ce point...
CONDORIER.
Or, je crois...
(Bas, en s'apercevant que Gr<?goirc, qui les observe depuis quelque temps, semble vouloir entendre. )
Ce maraud nous écoule, Messiçurs.
(Tous se rapproclicut.)