LE ROI, LE DUC
LE ROI
L'objet fugitif qui attire après lui les chiens , les chevaux et les hommes, avides de ses traces, le noble cerf nous a menés si loin à travers les montagnes et les vallées, que moi-même, ici, je ne me retrouve plus, malgré la connaissance que j'ai du pays. Où sommes-nous, mon oncle? Duc, dis-moi, vers quelles collines courions-nous ?
LE DUC
O mon roi î le ruisseau qui murmure autour de nous, traverse les campagnes d'un de tes serviteurs. Comme premier soutien du trône , il les obtint de ta faveur et de celle de tes ancêtres. De Fautre côté de ce rocher, sur une pente verdoyante, se cache une agréable demeure ; elle ne fut pas construite
iGo LA FILLE NATURELLE.
pour le loger j mais, si tu veux Thonorer de ta présence , elle est prête à te recevoir.
LE ROI
Que la voûte seule de ces grands arbres nous reçoive sous son ombre, au moment du repos. Laisse plutôt ce zépLir nous envelopper dans ses réseaux légers et rafraîcliissans; après l'agitation et la fatigue de la chasse, le besoin du repos se fait sentir.
LE DUC
Sous cet abri de la nature , ainsi que toimême , ô mon roi , je me sens détaché de tout^ ici, du moins , n'arrive pas la voix des mécontens ^ ici les hommes sans pudeur ne viennent pas tendre leur main ouverte pour recevoir. Seul et satisfait, tu ne remarques nul ingrat s'éloignant de toi en silence j le monde bruyant ne nous atteint pas jusqu'ici , pour demander toujours et ne jamais rien accorder.
LE ROL
Si je veux oublier ce qui, nuit et jour, me pour* suit , qu'aucufte parole ne vienne donc me le rappeler et troubler ma paix ; que le bruit tumultueux du monde cesse peu à peu de résonner à mon oreille. Oui, mon cher oncle, enlretiens-moi d'objets qui cadrent mieux avec ce lieu tranquille. Ici, des époux '1^ doivent se promener ensemble et voir avec joie leur bonheur s'accroître en des enfans bien élevés ; c'est ici qu'un ami doit s'approcher de son ami pour lui ouvrir son cœur ; et loi-ménje , ne m'as-tu pas fait