EUGÉNIE, LA GOUVERNANTE
EUGENIE.
Jeté saluC; amie de mon cœur, que j'aime comme une mère j sois la bien venue.
LA GOUVERNANTE
Je te presse avec délices contre mon sein , fille clierie , et je me réjouis de la plénitude de vie et de plaisir qui t'anime. Que ton œil est brillant et calme! Quel ravissement on voit empreint sur ta bouche et sur tes joues ! et que de bonheur oppresse ton sein
agité !
EUGENIE.
Un grand accident m'était arrivé ; le cheval et sa conductrice sont tombés du haut du rochei'.
LA GOUVERNANTE
Ah Dieu î
Sois tranquille^ tu me revois après ce^e chute, gaie et pleine de santé.
LA GOUVERNANTE
Gomment?....
EUGÉNIE
Tu apprendras de quelle manière ce malheur a été pour moi la source d'un bonheur bien grand.
uß LA FILLE JNATLRELLE.
LA GOUVERNANTE
Souvent aussi le bonheur enfante la peine.
EUGÉNIE
]\e profère pas de tristes paroles , et ne m'effraye pas d'avance par la crainte des soucis.
LA GOUVERNANTF.
Tu devrais te confier à moi de tout ce qui t'arrive.
EUGÉNIE
A toi plutôt qu'à tout autre. Mais pour l'instant, elière amie, laisse-moi j je voudrais me retrouver au milieu de mes propres sentimens. Tu sais combien mon père est satisfait lorsque je le surprends par quelque petite pièce de poe'sie, telle que la faveur de la muse m'en voulut inspirer en quelques occasions. Des ide'es riantes voltigent autour de moi , je veux les saisir au passage , autrement elles m'échapperaient.
Quand reviendront ces entretiens qui suffisaient autrefois à nous réunir pendant une longue suite d'heures paisibles? Quand pourrons-nous, semblables à de jeunes filles qui ne peuvent se lasser de se montrer leurs parures , nous ouvrir les replis les plus secrets de nos cœurs, et nous faire jouir mutuellement avec tendresse des trésors qu'ils renferment ^
EUGÉNIE
Ces heures de calme et de confiance , dont on