ACTE III, SCENE I
L'ABBÉ
Pendant ce temps, a-t-on pris soin de l'éloignei?
LE SECRÉTAIRE
On Tentraine le plus rapidement possible.
L'ABBÉ
A qui avez-vous confié une lâche aussi difficile ?
LE SECRÉTAIRE
A la femme prudente qui nous appartient.
L'ABBÉ
De quel côté Tavez-vous envoyée?
Au port le plus éloigné de ce royaume.
L'ABBÉ
Et delà^ sans doute, aux. pays les plus lointains?
LE SECRÉTAIRE
Le premier vent favorable remmène.
^ L'ABBÉ
Et ici elle doit passer pour morte?
LÉ SECRÉTAIRE
Ton récit doit le faire croire.
L'ABBÉ
Il faut que l'erreur prenne dés lés premiers moinens pour qu'elle se perpétue à jamais. Il faut que Tiniagiuation soit frappée du cadavre et du tombeau de
î2 1 2 LA FILLE NATURELLE.
cette jeune fîllej jedéeliireiai son imagecliériedcniillc manières , et je graverai ce malheur en traits de feu dans la mémoire de ceux qui m'écouteront. Déjà pour tous elle s'est évanouie ^ elle a disparu sous les cendres du néant. Gliacun s'empresse de reporter èes regards vers la vie^ et dans l'ivresse des désirs mondains , oublie qu'elle aussi elle a été au nombre des vivans.
LE SECRÉTAIRE
Tu te mets à l'œuvre avec beaucoup de hardiesse ; mais ne crains-tu pas des remords pour l'avenir?
Quelle question me fais-tu là? Nous sommes résolus.
LE SECRÉTAIRE
Un malaise intérieur nous trouble malgré nous , à l'heure de Texécution.
L'ABÊÉ,
Qu'entends- je ! toi délicat? ou serait-ce seulement pour essayer si vous avez réussi à faire de moi un de vos élèves?
LE SECRÉTAIRE
On ne réfléchit jamais trop aux choses importantes.
t'ABBÉ.
Il faut y réfléchir avant de les entreprendre.
LE SECRÉTAIRE
On en trouve l'occasion , même pendant l'exécution.