SCÈNE IV
Les précédens, UNE ABBESSE, DEUX RELI- GIEUSES.
EUGÉNIE
Vierge vénérable et sainte, tu me vois ici seule, égarée, en horreur au monde et à moi-méme. L'angoisse du présent, la crainte de l'avenir, me forcent X implorer de toi quelque adoucissement aux maux |ui m'accablent,
L'ABBESSE
Si le repos, si l'amour pur, si la paix aTCc Dieu )t avec soi-même peuvent se communiquer , tu ne Goethe, l. 18
à74 LA FILLE NATURELLE.
man(|ueras pas, jeune étrangère, de paroles instructives qui t'enseigneront ce qui fait mon bonheur et celui de mes compagnes, pour le temps présent comme pour l'éternité.
EUGÉNIE
Mon mal est infini ; toute la force des paroles divines ne saurait le guérir de si tôt. Permets-moi seulement d'habiter avec toi , pour qu'en pleurant je desserre mon cœur, ce cœur, plus calme alors, se laissera peut-être consoler.
L'ABBESE.
J'ai vu souvent dans cette enceinte sacrée les pleurs terrestres se changer en un divin sourire , en de célestes ravissemens j mais on n'y entre point de force j il faut que la nouvelle sœur passe par plusieurs épreuves qui nous fassent connaître son mérite.
LA GOUVERNANTE
Un mérite éclatant est prompt a se manifester, et les conditions que tu proposeras seront aisément remplies.
L'ABBESSE
Je ne doute pas de la noblesse de ta naissance , et je veux croire que tu possèdes assez de biens pour acquérir les droits de celte maison, lesquels sont importans et recherchés. Dis-moi donc tout de suite ce que tu voulais me dire.
EUGÉNIE
Acceuille ma prière, reçois-moi; dérobe-moi au