ACTE I, SCENE VL i
DAMIS
Ce malheur aujourd'hui n'est qu'une bagatelle : De pareilles frayeurs sont visions de fous.
pasquin.
Je vois beaucoup de gens qui pensent comme vous. y
DAMIS
Mais quel est cet amant que ma future adore ?
|- PASQUIN
Un homme qui vous doit être cher.
DAMIS
Mais encore?
Cléon.
DAMIS
Quel conte !
PASQUIN
Non ; rien n'est plus assuré.
Il adore Isabelle , il en est adoré.
Tout homme d'un haut rang , sentant sa bourse vide, D'une riche bourgeoise est diablement avide. Pourrez-vous disputer Isabelle à Cléon Après ce qu'il a fait pour vous ?
DAMIS
/ Eh! pourquoi non?
Voyons.
PASQUIN
Laissons à part son rang et sa naissance; Mais songez, après tout, que la reconnoissance....
DAMIS
Quelle reconnoissance est-ce que je lui doi , Maraud ?
i44 L'INGRAT.
PASQUIK.
La question est plaisante , ma foi ; Il ne vous a sauvé que l'honneur et la vie, Et ce sont menus droits qu'aisément on oublie.
DAMTS.
Ah, ah! je m'en souviens; l'affaire de Ne vers?
PASQJJIN.
Ah ! qu'à votre louange on char&oit de beaux vers! Vous aviez, disoit-on, d'une âme noble et fière, Tué, pendant la nuit, un homme par-derrière.
DAMIS
J'en étois innocent.
PASQUIW.
Oui, vous avez raison, Je le sais : mais enfin, on vous mit en prison. Le défunt, comme vous, étoit amant d'Orphise; Vous auriez eu tous deux sur cela quelque prise; L'assassin avoit su si bien prendre son temps, Que vous eussiez pour lui payé tous les dépens; Yous périssiez enfin, malgré votre innocence, Si Cléon n'eût écrit en toute diligence , Et n'eût mis tous ses soins à découvrir enfin Qu'un parent du défunt étoit son assassin.
DAMIS
Il est vrai; mais Cléon n'a fait, dans cette affaire, Que ce qu'un galant homme est obligé de faire. L'aetion est si belle, et lui fait tant d'honneur, Qu'il la doit, plus que moi, tenir pour un bonheur. Je sonde les motifs, j'en pèse le mérite.