ACTE II, SCENE IL
C'étoit beaucoup, Madame; et jusques à ce jour, Ma bouche ni mes yeux n'ont point parlé d'amour. A suivre mon penchant Gérante m'autorise, U m'offre votre main. Quelle aimable surprise ! Ai-je dû balancer, Madame, à l'accepter? Étoit-ce vous aimer que de vous consulter ?
pasqui*.
Oh! mon maître a cela,. qu'il va vite en affaires. Quand on est biep pressé , Ton ne raisonne guères*
DAMIS
L'amour et la raison peuvent-ils s'accorder ? Dans ces occasions, l'amour veut décider.
LISETTE
Eh ! ce n'est point l'amour en ceci qui décide ; Dites-le franchement, l'intérêt seul vous guide.
DAMIS
L'intérêt? juste ciel ! Moi qui ne sais qu'aimer !
PASQUIN
Mon maître intéressé! Grand Dieu! c'est blasphémer.
DAMIS
Tu sais que c'est à tort, Pasquin , qu'on me soupçonne , Et que mon cœur n'en veut qu'à sa seule personne.
LISETTE
Vous le direz cent fois, que nous n'en croirons rien; Ma maîtresse est fort riche, et vous aimez son bien : "Voilà tout votre objet.
pasquin.
Rends-lui plus de justice.
(bas à Damis. )
Ma foi, l'on vous connoît, malgré votre artifice.
i5o L'INGRAT.
DAMIS
Que le ciel !...
PA&QUIff. ,
Que l'enfer!... Mais n'allons pas plus loin. C'est à vous de jurer.
DAMIS
Oui , le ciel m'est témoin Que mon cœur, enchanté de ce qu'on me propose....
LISETTE
Eh bien ! on vous croit donc , mais c'est la même chose; Car enfin.... Allons, vous, il est temps de parier, Madame.
ISABELLE, àDamis.
Il faut ici ne rien dissimuler.
Je ne vous aime point, et sens que de ma vie, Monsieur, de vous aimer je n'aurai nulle envie.
PASQUIN
Ce n'est point s'exprimer énigmatiquement,
Et jusqu'au moindre mot j'entends ce compliment
LISETTE va du côté de Damis, et le tire a paît.
Je vous dirai bien plus, mais c'est en confidence, Ma maîtresse vous hait, Monsieur, à toute outrance; Et moi qui parle, moi , je ne vous hais pas moins.
PASQllIff, àDamis.
Vous m'avez dit cent fois que vous perdiez vos soins A chercher en ce monde une fille sincère : En voici deux pour une.
DAMIS, a Isabelle.
Ah ! puisque votre père