ACTE I, SCENE VIL
Mais aussi j'en yeux être également chéri. Pour satisfaire donc à ma délicatesse , le prétends de Jolie éprouver la tendresse ; Avant de l'épouser, je veux être certain Que tout autre que moi l'adoreroit en vain; Que les plus grands efforts d'une ardente poursuite , Que le brillant éclat du plus parfait mérite, Qu'en un mot, il n'est rien qui la puisse engager, Malgré le goût du siècle , au plaisir de changer. Assuré de son cœur, dès demain je l'épouse : Incertain , je me livre à mon humeur jalouse ; Point d'hymen. Aide-moi dans l'exécution D'un projet d'où dépend ma satisfaction, Mon repos , mon honneur.
BAMOW.
Ah ! que viens-je d'entendre !
Que dis-tu ? que veux-tu? que faut-il entreprendre ?
L^ANDRE
Il me faut un rival ; et , pour un tel emploi , Ne m'est-il pas permis de te choisir, dis-moi? Sur tout autre que toi, sans être téméraire, Puis-je me reposer du soin de cette affaire ? En mérite , en vertu , tu n'as guère d'égal ; Et , quand ma jalousie en toi prend un rival , Je présente à Julie un moyen infaillible De prouver que son cœur pour moi seul est sensible. Si près d'elle tes soins ne trouvent point d'accès, Je craindrai peu qu'un autre ait un meilleur succès. Feins donc d'être charmé des attraits de Julie. 1- a
i8 LE CURIEUX IMPERTINENT.
DAMorr.
Moi , je seconderois une telle folie !
Quitte , mon cher ami , ce bizarre dessein.
LÉANDRE
Pour m'en faire changer tu parlerais en vain.
Quoi qu'il puisse arriver, je yeux me satisfaire.
D'ailleurs , je suis très-sûr , si tu parviens à plaire ,
Que tu m'informeras d'un succès trop heureux ,
Qui me préservera d'un hymen dangereux :
Au lieu qu'un autre ami profiterait peut-être
Des dispositions qu'il pourrait foire naître,
Et me les cacherait , pour en goûter l'effet ,
Quand je serais l'époux d'un infidèle objet.
Te voilà bien instruit de ma délicatesse.
Je sens qu'elle est outrée, çt la combats sans cesse;
Mais elle est au-dessus de tout raisonnement :
Contre elle l'amitié combattrait va^aeipent,.
Ma curiosité saura toujours la vaincre.
Voici l'occasion où tu dois me convaincre
Que ce que je désire est ta suprême loi ,
Et que ton cœur est prêt à tout faire pour moi.
DAMON
Je puis, pour te servir, sacrifier ma vie, Mais non pas contenter ta ridicule envie.
LÉANDRE
Ridicule ?
DAMorr.
Oui, mon cher, je dois trancher le mot,
LiAXTDAH,
Je suis, si tu le veux , un ridicule, un sot;