ACTE V, SCENE II
Nous nous flattons ,- Lisette.
LISETTE
Cléon va revenir, c'est une affaire faite ; Et bientôt nous vivrons dans un autre séjour. Adieu, Paris, ritiieu; nous allons à la cour. Quel plaisir! Nous n'allons plus voir que des comtesses, Des comtes, des marquis, des ducs et des duchesses. Les princes nous viendront visiter quelquefois; Nous ne fréquenterons bourgeoises ni bourgeois ; Et pour mieux ressembler aux gens du haut étage, Nous changerons d'habit , de mœurs et de langage. Le bruit et le fracas seront notre élément ; Plus de soin de ménage, et plus d'arrangement. Deux pages, six laquais, nous, serviront d'escorte: Vingt créanciers toujours garderont notre porte ; Nous veillerons la nuit, nous dormirons le jour. Adieu, Paris, adieu; nous allons à la cour.
PASQUIF.
Voilà tes adieux faits, il faut plier bagage. Damis pourtant encor peut rompre le voyage. Après la paix conclue, il est sorti d'abord Pour aller voir Géronte, et, suivant notre accord, Prendre congé de lui : la trop crédule Orphise L'attend pour l'emmener; mais je crains la surprise.
LISETTE
Pourquoi ?
PASQUIff.
Ce diable d'homme avoit l'air inquiet ; Je sais que dans sa tête il a plus d'un objet;
23o L'INGRAT.
Que c'est son intérêt qui règle ses affaires,
Et qu'ayant compare les biens des deux beaux-pères,
Il donnera la pomme au plus riche des deux.
ISABELLE
Quel indigne mortel !
PASQUIIT.
Car il n'est amoureux Ni de vous, ni d'Orphise. Ah! voici votre père!
LISETTE
Il se parle tout haut, et paroît en colère.