ACTE I, SCENE VIL
Rempli d'égards pour elle, il en est respecté ; Fidèle , il Ja maintient dans sa fidélité. Mille exemples enfin font aisément connoître Que souvent les maris sont ce qu'ils veulent être. Malgré les mœurs du temps, je veux me rendre heureux. En bornant à ma femme, et mes soins, et mes vœux; Et, plus amant qu'époux, toujours la politesse Suivra les doux transports de ma vive tendresse. Voilà le vrai moyen d'être eh repos, chéri , Et de faire au galant préférer le mari.
froNtïw.
La chose en ce temps-ci me parott difficile : Quiconque y réussit peut passer pour habile; Mais ce miracle-là vous étoit réservé.
OOftAtrYg.
Oui, je prétends me faire un bonheur achevé.
FRONTfN.
Voyons donc maintenant à choisir des deux belles. Votre cœur penche-t-il également pour elles?
DORANTE
Si je l'en crois , Frontin , mon choix est déjà fait.
FROKTIBT.
N'aimez- vous point Julie ?
DORANTE
Oui , je l'aime en effet :
Son aimable ettjoûment me ravit et m'enchante. Quel brillant! quel éclat!
FRONTIÎT.
Elle est vive et piquante;
Ses yeux, quoique muets, demandent clairement
Ce que sa bouche n'ose expliquer nettement
DORANTE
Faut-il t'avouer tout? Dès que je l'envisage, Je n'ai plus de raisons contre le mariage.
FRONTIN
Ma foi, ni moi non plus. Or donc, sans biaiser, Il faut nous dépêcher, Monsieur, de l'épouser.
M'y voilà résolu,... Mais pourtant, quand j'y pense, Sa sœur est bien aimable.
froivtin.
Elle est d'une indolence!...
DORANTS.
Tu nommes indolence un gracieux maintien , Une douce langueur,, un modeste entretien, Tout ce qui fait enfin que l'on ne peut, sans crime, Lui refuser au moins la plus parfaite estime. Oui , quoique, malgré moi , Julie ait tous mes vœux, Je sens qu'avec sa sœur je serois plus heureux.
FRONTIN
Prenons donc celle-ci. Bon, le voilà qui pense. Votre choix est-il fait ?
DORANTE
Non , je suis en balance :
Je ne sais que résoudre; et d'une et d autre part...
FRONTIN
Tenez, m'en croirez- vous? choisissez au hasard.