ACTE III, SCENE IL 3i
lia crainte du péril n'étonnoit point mon âme.
FRONTIN
Et quel est ce péril?
DORANTE
Celui d'aimer ma femme.
FRONTIN
Est-ce un si grand malheur ?
DORANTE
Oui , Frontin.
FRONTIN
Et pourquoi ?
DORANTE
C'est que je veux toujours être maître de moi : Si j'étois amoureux, je ne pourrois plus l'être.
FRONTIN
C'est fort bien raisonner; mais songez , mon cher maître , Tout bien considéré , que , n'aimant point chez vous , Vous chercherez ailleurs des passe-temps plus doux. Vous vous rappellerez les charmes de Julie , Et cela vous fera faire quelque folie.
DORANTE
Sais-tu que quelquefois tu raisonnes fort bien ?
FRONTIN
Oh ! je le savois bien , Monsieur. Le seul moyen , Pour sortir d'embarras , est d'épouser la belle Qui sait vous inspirer une ardeur si fidèle : Il faut , de bonne grâce , affronter le danger.
DORANTE
Qui? moi, que par l'amour je me laisse engager! Non : d'ailleurs , je me sens un fond de jalousie....
3i4 L'IRRESOLU.
FRONT IN
Quoi! vous seriez atteint de cette frénésie?
DORANTE
Oui , Frontin, je serois jaloux au dernier point.
FRONTIN
Sur ce pied-là , Monsieur , ne vous mariez point. Plus on craint le malheur, plus le malheur est proche: La femme d'un jaloux, eût-elle un cœur de roche, Si quelqu'un du dépit saisit l'occasion , Ne sauroit résister à la tentation.
Et voilà justement ce qui cause ma crainte. Mais je ne pourrai point résister à l'atteinte Que l'estime ou l'amour porteront à mon cœur, Tant que je serai libre; et, pour fuir ce malheur, J'imagine un moyen.
FRONTIN
Quel dessein est le votre ?
DORANTS.
Qui m'empêche à jamais d épouser l'une ou l'autre.
FRONTIN
Quel est-il ce moyen ? Ne le saurai-je pas ?
DORANTE
Tu seras étonné , lorsque tu l'apprendras.
FRONTIN
Ma curiosité devient impatiente.
DORANTE
Je m'en vais épouser....
FRONTIN
Qui donc?