‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 220 sur 357 · SCENE L · texte numérisé non relu

SCENE L

DORANTE, FRONTIN

FRONTIN

Jlinfin donc, Célimène emporte la balance?

DORANTE

Je me livre au transport d'une juste vengeance. Je veux braver Julie:

FRONTIN

En conscience, là, Combien de temps encor voudrez-vous bien cela ?

DORANTE

Combien je le voudrai ?

FRONTIN

Si pendant un quart d'heure Vous suivez ce dessein , c'est beaucoup , ou je meure.

DORANTE

Moi? je pourrois changer après tous les mépris?... Ah! ne m'en parle point, le dessein en est pris.

frontin.

Mais, Monsieur....

dorante.

Mais, Frontin, la chose est résolue.

Je suis de mon dépit la puissance absolue ,

Et la réflexion , venant à son secours ,

De mes feux , pour jamais, vient d'arrêter le cours.

J'ai fait mille serments de n'aimer plus Julie.

FRONTIN

Mais cependant, Monsieur, vous la trouviez jolie.

DORANTE

Jolie? ah! dis plutôt que c'est une beauté : Qu'on ne sauroit la voir sans en être enchanté; Qu'elle a l'esprit charmant, qu'elle a la voix divine,

FRONTIN

Et vous ne l'aimez plus ?

DORANTE

Du moins je l'imagine*

FRONTIN

Et j'imagine, moi,, que vous en êtes fou.

DORANTE

Va, je te prouverai le contraire.

FRONTIN

Et par où?

Par mes empressements auprès de Célimène. Oui , la reconnoissance auprès d'elle m'entraîne. Elle m'aime, et je vais lui jurer mille fois Que ses divins appas m'ont rangé sous ses lois. As-tu vu Nérine ?

FRONTIN

Oh ! je l'ai désabusée.

La chose, à dire vrai, n'étoit pas malaisée; Elle ne doutoit point que bientôt la maman Ne vous dégoûtât d'elle; et, pour moi, votre plan M'a paru....

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