ACTE IV, SCENE IL 33g
CÉL1BIÈNE
Mais n'allez pas penser qu'écoutant ma foiblesse , Je cherche en votre cœur une égale tendresse. Quoique votre conquête eût de quoi me charmer, Je vous ai toujours cru peu capable d'aimer; Ainsi, je veux me vaincre, et le soin de ma gloire..,.
DOUANTE.
Peu capable d'aimer ! Avez-vous pu le croire ? Quoi donc! peut-on vous voir, et ne vous aimer pas? Vous présumez trop peu de vos divins appas ; Rien ne peut résister à leur éclat suprême : Us sauraient attendrir l'indifférence même.
FRONTIN
L'indifférence même! Ah, morbleu! le beau mot! Vous mentez quelquefois joliment.
DORANTE
Tais-toi , sot.
En vain vous me flattez d'un pareil avantage ;
Ce n'est point votre vabur qui me tient ce langage.
DORANTE
Vous me faites injure et me connoissez peu.
FROWTIW.
Dès que vousp&roissez, mon maître est tout en feu, C'est ce qu'il me disait tout à l'heure.
DORANTE
Moi, feindre!
A cet indigne effort qui pourroit me contraindre? D'ailleurs, quand je voudrois feindre de vous aimer, Mon cœur, à votre aspect, se laisserait charmer;
34o L'IRRÉSOLU.
Et l'éclat de vos yeux que personne ne brave ,
D'un amant supposé sauroit faire un esclave.
FROttTIU.
On ne badine point avec votre beauté.
La peste ! il y fait chaud.
CÉLIMÈNE
Dites la vérité.
Pourquoi donc osiez-vous proposer à ma mère De l'épouser?
DORANTE
De grâce, oublions cette affaire, J'avois quelques raisons pour en user ainsi : Mais....
FRONTIW.
Traitons le sujet qui nous assemble ici.
Oui, Madame, songez que ma plus forte envie, Est de m' unir à vous, et pour toute ma vie : Trop heureux, si , daignant approuver mon dessein, Vous consentez, Madame, à me donner la main. Vous ne répondez rien ! Ah ! rompez ce silence , Et permettez du moins qu'une douce espérance....
CÉLIMÈNE
Une mère a sur nous un pouvoir absolu; Obtenez son aveu , notre hymen est conclu. Mais je crains que ma soeur....
DORANTE
(Julie paroit , et écoute sans être vue. )
Non, belle Célimènç:
Je veux jusqu'au trépas vivre dans votre cbaîne :