ACTE IV, SCENE IV
J'estime votre soeur, je l'épouse demain. Si votre mère veut approuver ce dessein.
Ma mère? vous venefc de lai foire une offense Qui mérite plutôt qu'elle en tire vengeance.
BORAKTE.
Je ferai mes efforts pour fléchir son courroux.
JULIE
Eh bien! je vous promets.... de lui parler pour vous.
DORANTE
Vous parlerez pour moi, vous, Madame?
JULIE
Moi-même.
D'où vous vient donc, Monsieur, cette surprise extrême?
DOBA.ITTÏ.
C'est que je m'attendois à vous voir tout tenter Pour rompre mon projet.
JULIE
Vous osiez vous flatter Jusqu'à croire, Monsieur, que je serois jalouse De cette préférence ? EL..,
• FROKTIW.
Souvent il se blouse Dans ses opinions.
JULIE
Oh! la plaisante erreur!
Donnez-vous à ma mère, ou demandez ma sœur, Tout cela m'est égal ; et mon indifférence Ira de pair, au moins, avec votre inconstance ,
Qui me réjouit fort, au lieu de m'affliger. C'est l'unique façon dont je veux me venger. Aimer, ou n'aimer pas, rien ne m'est plus facile; Et, si j'ai l'esprit vif* j'ai le cœur fort tranquille.
DORANTE
Je vous sais très-bon gré de sa tranquillité. Elle remet le mien en pleine liberté.
JULIE
Il peut se promener sans le moindre scrupule ; Gela m'amusera : j'aime le ridicule, Surtout quand il excelle ; et le voire est parfait. Nous préférer ma mère, est un excellent trait, Comique, original.
( Elle rît de tonte sa force).
FRONTI1T, à.DoraBte,
Qu'en dites-vous?
DORANTE
J'enrage.
Elle me pique au vif
FRONTIN
Quoi ! pour un badinage , Vous vous déconcertez?
DORANTE
C'est du mépris.
FROWTIIT.
D'accord.
Voulez-vous vous venger? riez encor plus fort. Allons, gai....
DORANTS.
Sais-tu bien que ton impertinence....
Pourroit bien à la fin....
. ACTE IV, SCENE IV. 3i .j
JULIE
Vous me boudez , je pense ; On veut vous égayer, vous prenez l'air grondeur. Est-ce que ma gaîté vous donne de l'humeur ?
FHONTIN , 4 Julie, d'un ton vif.
Vous avez tort aussi de n'être pas fâchée : Il voit que tout à coup vous voilà détachée ; L'amour-propre en pâtit.
DORANTE
Faquin , qui dit cela ?
FRONTIN
Qui me le dit , Monsieur? L'état où vous voilà. C'est assez, croyez-moi , jouer la comédie : Malgré vous et vos dents , vous adorez Julie , Et vous l'adorerez , j'ose vous en jurer.
Non ; il me haïra s'il ne me voit pleurer.
FRONTIN
Cela se pourroit bien.... Vous vous mettez à rire Dans le moment qu'il croit que votre cœur soupire. Je vous le dis tout net, cela n'est point plaisant: Un tendre désespoir est bien plus amusant.
\ JULIE
Puisqu'un air douloureux auroit pour lui des charmes, Je veux bien , par bonté , verser deux ou trois larmes. Mon cher Dorante, hélas! me quitter pour ma sœur! Quel triomphe pour elle, et pour moi quel malheur!
( Elle feint de pleurer.)
Cela vous plaît-il mieux ?
DORANTE
Vous m'insultez , Madame , Ce procède cruel vient d'étouffer ma flamme.
JULIE
Quoi ! vous m'aimiez encore , et vous vouliez changer?
FRONTIN
Eh! vraiment oui, Madame, afin de se venger.
JULIE
De qui?
De vous.
JULIE
Pourquoi ?
FRONTIN
Vous êtes trop charmante , Voilà votre défaut, et cela le tourmente.
JULIE
Et par quelle raison ?
FRONTIN
C'est qu'il veut commander :
Mais quand on aime trop , il faut toujours céder.
JULIE
Monsieur aime l'empire ?
FRONTIN
Et l'empire suprême.
JUXIE.
Comment nous accorder? Je l'aûnerois de même.
DORANTE
Vous l'aimeriez , Madame ?